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Obituaire :
Jacques Goimard
(1934-2012)
 

Jacques Goimard est un peu à l'origine de ce site. Enfant, nous avons découvert le péplum dans une salle de quartier à Pâques 1957 (ou était-ce 1958 ?), et ces merveilleux Travaux d'Hercule qui ont déterminé notre intérêt pour la Mythologie grecque d'abord, pour l'Antiquité gréco-romaine ensuite. Sans doute à l'époque étions-nous encore trop jeune pour lire Fiction mais une ou deux décennies plus tard, à la faveur de nos errances aux Puces, ce fut la redécouverte et l'étonnement. Sur un ton mi-ironique mi-amoureux quelqu'un donc avait ausculté ce genre étrange que fut le cinéma historico-mythologique ? La lecture des Classiques du cinéma fantastique de Jean-Marie Sabatier, suivi des «Dossiers de l'écran» d'Armand Jammot où souvent, un panel d'universitaires — dans la fin des années '70 — était invité à débattre d'un péplum, acheva de nous convaincre.

Et c'est ainsi qu'à l'époque où nous «fanzinions-papier», nous eûmes — à l'occasion d'un colloque des paralittératures à Chaudfontaine (Liège) — le privilège de rencontrer ce prodigieux érudit qui, aimablement, nous autorisa à reproduire sa critique d'Hercule à la conquête de l'Atlantide (Péplum, 3/4). Mais laissons à notre «moranement» camarade Bruno Peeters, le soin de plus en détail en évoquer la carrière...

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Disparition d'un Géant

Coup de tonnerre dans le monde de la SF ce 25 octobre : Jacques Goimard est mort ! Même le pape n'est pas immortel. Car Goimard était le pape non seulement de la SF mais de tous les mondes de l'Imaginaire et plus loin encore : cinéma, musique... esprit encyclopédique, il savait TOUT. Et nous voilà tous sans lui.

Né en 1934, il a suivi toute l'évolution littéraire française : journaliste, critique, anthologiste, essayiste, préfacier, conférencier, directeur de collection, que n'a-t-il pas été ? Ses collaborations à Fiction, au Monde, à Métal hurlant, aux Enfants du Rock même, ont fait date, et ses articles se comptent par milliers. Comme anthologiste, peut-être sa plus belle incarnation, il aura mis sur pied trois séries essentielles, La Grande anthologie de la SF, La Grande anthologie du fantastique, et Le Livre d'Or de la science-fiction, séries qui ont fait découvrir les univers imaginaires à des milliers de lecteurs, et qui aujourd'hui encore, restent la base de toute bibliothèque bien constituée. Grâce à elle, le public francophone a pu faire connaissance avec toute la SF anglo-saxonne dès les années 1970 et redécouvrir les textes de base du fantastique. On ne pourra jamais assez le louer pour cette oeuvre pionnière. Au début de ce siècle, encore, il récidivait avec deux parfaits et exemplaires recueils, tous deux chez Omnibus : Nouvelles des siècles futurs (2004) et Chefs-d'oeuvre du fantastique, de Hoffmann à King (2007), toujours en vue de faire connaître à tous les plus grands récits de la littérature de l'imaginaire, rééditant souvent des nouvelles célèbres mais devenues introuvables. Ses articles, d'une rare pertinence, ont été publiés dans de très nombreuses revues. C'est là le risque terrible que prend le critique : voir ses textes perdus dans un monde de revues souvent appelées à disparaître. Grâces soient rendues aux Editions Pocket qui, de 2002 à 2004, ont réuni un florilège de ses articles sous le titre kantien de «Critique»: Critique de la science-fiction, Critique du fantastique et de l'insolite, Critique du merveilleux et de la fantasy, et Critique des genres. L'oeuvre est sauvé, pour toujours. Il y a là à picorer durant des heures. J'ai été rapidement relire ce qu'il dit sur Voltaire, Lovecraft, Leiber, Silverberg ou la SF au cinéma, sur Todorov, le film fantastique, la vie des morts (fantômes et vampires), ou le théâtre de l'absurde, sur le mythe de l'Atlantide, le péplum italien, E.R. Burroughs, Jack Vance, Star Wars, ou le peintre Siudmak : rien ne lui échappait. Avec ce regard toujours critique, lucide, cet enthousiasme sérieux qui caractérisait parfaitement l'esprit universitaire de cet agrégé d'histoire, à la voix grave et monocorde et à la science infinie. Son Grand Oeuvre devait être formé par un gigantesque dictionnaire encyclopédique destiné à remplacer l'ouvrage mythique de Pierre Versins de 1972. Il avait dans ce but lancé un appel à tout ce qui compte dans le monde de l'imaginaire francophone. Mis en route en 2004, il est toujours en cours : ne serait-ce pas le plus bel hommage à lui rendre que de faire prendre corps à ce projet fabuleux ? Trop tôt pour le voir apparaître, hélas, le Goimard est rentré dans sa Nuit, à jamais...

Bruno Peeters
Phenix Web

Quelques critiques de péplums...

  • GOIMARD, Jacques, «Atlantis terre engloutie» (George Pal, Atlantis, Terre engloutie), in Fiction, ní 100, mars 1962, pp. 184-187;
  • GOIMARD, Jacques, «Néo-mythologisme et paléo-science-fiction» (V. Cottafavi, Hercule à la conquête de l'Atlantide), in Fiction, ní 101, avril 1962, pp. 139-144;
  • GOIMARD, Jacques, «Un fantastique peu nocturne» (Henri Levin & Mario Bava, Les Mille-et-Une Nuits), in Fiction, ní 103, juin 1962, pp. 139-143; ;
  • GOIMARD, Jacques, «L'aube du rococosmique» (Mario Bava, Hercule contre les vampires), in Fiction, ní 105, août 1962, pp. 135-139;
  • GOIMARD, Jacques, «Mythrobolant, mythrologique, ni trop glycériné» (Antonio Leonviolà, Maciste l'homme le plus fort du monde), in Fiction, ní 107, octobre 1962, pp. 141-144;
  • GOIMARD, Jacques, «Les Grands-Bretons en quête de péplums» (Bert I. Gordon, L'épée enchantée — Nathan Juran, Jack le tueur de géants), in Fiction, ní 108, novembre 1962, pp. 169-171;
  • GOIMARD, Jacques, «Place aux barbus» (Duccio Tessari, Les Titans), in Fiction, ní 111, février 1963, pp. 165-168;
  • GOIMARD, Jacques, «Trois petits Maciste (1)» (Guido Malatesta, Maciste contre les monstres — Riccardo Freda, Maciste en Enfer), in Fiction, ní 112, mars 1963, pp. 160-167;
  • GOIMARD, Jacques, «Trois petits Maciste (2)» (Giacomo Gentilomo, Maciste contre le fantôme), in Fiction, ní 113, avril 1963, pp. 159-165;
  • GOIMARD, Jacques, «La terre tremble» (R. Freda, Le Géant à la cour de Kublaï Khan), in Fiction, ní 115, juin 1963, pp. 162-164;
  • GOIMARD, Jacques, «Les bénédictins de la bande dessinée», in Fiction, ní 115, juin 1963, p. 173;
  • GOIMARD, Jacques, «Revue des revues», in Fiction, ní 118, septembre 1963, pp. 167-174, en particulier pp. 169-173;
  • GOIMARD, Jacques, «Notules» (Marino Girolami, La colère d'Achille), in Fiction, ní 119, octobre 1963, pp. 155-159, en part. pp. 157-158;
  • GOIMARD, Jacques, «Notules» (Michele Lupo, Maciste contre les géants [p. 157] — Alberto De Martino, Persée l'Invincible [pp. 157-158]), in Fiction, ní 120, novembre 1963, pp. 157-158;
  • GOIMARD, Jacques, «Une caméra folle de son corps» (Emmimo Salvi, Le géant de Métropolis), in Fiction, ní 124, mars 1964, pp. 151-152;
  • GOIMARD, Jacques, «Petit vademecum du peplocole amateur», in Fiction, ní 124, mars 1964, pp. 155-157;
  • GOIMARD, Jacques, «Petit salmigondis ébouriffé : Beaucoup de péplums», in Fiction, ní 127, juin 1964, pp. 153-154;
  • GOIMARD, Jacques, «Coup d'oeil sur les revues», in Fiction, ní 129, août 1964, pp. 153-155;
  • GOIMARD, Jacques, «Notules : Les dieux sont gros. Renouveau de la Romance» (Don Chaffey, Jason et les Argonautes — Domenico Paolella, Maciste contre les Mongols), in Fiction, ní 132, novembre 1964, pp. 150-151;
  • GOIMARD, Jacques, «La Bible» (John Huston, La Bible), in Fiction, ní 158, janvier 1967, pp. 151-153