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[ Les Héros du samedi soir ]

7. Atlas,
le Champion de Thénis

7.1. Roger Corman et l'A.I.P.

7.1.1. Atlas
7.1.2. Aléas de la série B

FILMOGRAPHIE D'ATLAS

GALERIE DE PHOTOS

atlas
Dans la mythologie grecque, Atlas - comme Prométhée, le voleur du feu - était un Titan de la seconde génération. Ce fils de Japet, condamné par les Dieux à porter la voûte céleste sur ses épaules (et non le globe terrestre comme on le représente souvent, fautivement), fut transformé en montagne par Persée, qui lui avait brandi sous le nez la tête pétrifiante de la Gorgone Méduse. Au temps du cinéma muet, les Italiens en avaient fait un hercule de foire sous les traits de Mario Guaita-Ausonia (Atlas, prod; De Gilio (Turin), 1920). Dans les années '60, sous les traits de Michael Forest (ne pas confondre avec Mark !), l'Américain Roger Corman - le roi du «série B» ultra-fauché - l'intégra dans la galerie des muscle-men du péplum, les «Héros du Samedi soir»...

atlas & hercule

A l'extrême-Occident, Atlas soutenait sur ses épaules le globe céleste, fardeau dont Héraclès vient de provisoirement le soulager. A gauche, le père des nymphes Hespérides - ou Atlantides - affronte le serpent Ladon, gardien des fameuses Pommes d'Or. [D'après un vase étrusque.]

7.1. Roger Corman et l'A.I.P.

Atlas est l'unique «Eracleide» que nous ait donné le cinéma américain - où, du reste, les péplums de série B ou Z se comptent sur les doigts de la main. Il est aussi le seul a avoir été tourné in situ, en Grèce.
Nous en sommes redevables à un talentueux artisan, Roger Corman, lequel n'avait pas son pareil pour «bricoler» avec des bouts de ficelle.

Producteur et réalisateur travaillant pour l'American International Pictures (A.I.P.), fondée en 1954 par Samuel Z. Arkoff et James H. Nicholson, il créera en 1970 sa propre compagnie, la New World Pictures, qui deviendra dans les années 80 la plus importante compagnie indépendante des Etats-Unis.
Outre ses propres productions qu'elle finance (1), la N.W.P. distribue aux U.S.A. les films de Fellini, Bergman, Truffaut et Kurosawa... Roger Corman ne restera certainement pas dans la mémoire des cinéphiles grâce à Atlas, mais bien en tant qu'auteur d'un superbe cycle tiré d'Edgar Allan Poe (2), et aussi pour avoir découvert et lancé des gens comme les réalisateurs Francis Ford Coppola et Martin Scorsese, ou des acteurs comme Robert De Niro, Peter Fonda et Jack Nicholson... (3).

7.1.1. Atlas
Aux Ve-IVe s., la démocratique cité de Thénis est assiégée par le cruel tyran de Séronikos, Praximède. Les deux parties finissent par convenir d'un duel qui réglera l'issue de la guerre : le champion de Thénis (sic) sera Indros, fils du roi. Praximède profite de la trêve pour se rendre aux Jeux olympiques, recruter un champion. Son choix tombera sur Atlas. D'abord convaincu de soutenir une cause juste, Atlas accepte d'aider Praximède. Mais bien vite il constatera la duplicité du tyran, qu'il tuera.

7.1.2. Aléas de la série B
Son coproducteur grec ayant fait faillite une semaine avant le début du tournage, Corman, pour sauver sa mise de fonds (20.000 $), dut «bâcler» le tournage, parallèlement à celui d'un autre film (I Flew a U-2 over Russia, non abouti ?) qu'il était en train de réaliser en Angleterre. Ayant réuni 50.000 $ supplémentaires, il assumera lui même la mise en scène, et le résultat de 15 jours de tournage sera ce film ringard, Atlas, ficelé de dialogues philosophiques de quatre sous («Il n'y a pas de différence entre ceux qui détruisent et ceux qui construisent : les deux sont complémentaires»), avec ses grandes batailles rangées de moins de trente figurants - dont les techniciens réquisitionnés et le réalisateur en personne - armés... de boucliers-couvercles de poubelle recouverts de papier d'aluminium, et autres accessoires de même nature.
Les dialogues en clin d'œil expliquent cette pauvreté avec beaucoup d'ironie. Par exemple la maigre figuration : «Mes tactiques de combat prévoient qu'un petit groupe d'hommes bien entraînés et très mobiles peuvent combattre avec succès une armée plus nombreuse.»
Pourtant, on aurait pu espérer une production de quelqu'envergure. De nombreuses scènes ont été filmées, nous l'avons dit, in situ, notamment dans le temple de Poséidon, au cap Sounion. Ce qui nous vaut une savoureuse réplique : «Pourquoi votre pays semble-t-il en ruines ?», demande Atlas. «Nous avons constamment connu des guerres depuis 600 ans. Le temps nous a manqué pour reconstruire», répond Praximède. Le film, hélas, n'est qu'un petit western à l'antique, et comporte quelques grossières erreurs (une femme assiste aux Jeux olympiques, et dans la loge d'honneur encore bien !). Une allusion à l'orateur Isocrate et à son maître Socrate permet de situer cette action imaginaire pendant la guerre du Péloponnèse.

Atlas, le Titan qui portait le ciel sur ses épaules, est ici réduit à un personnage de champion musclé interchangeable avec Maciste, Goliath, etc. Ce sera d'ailleurs sous le titre de Samson que le film sortira au Liban - cependant que plusieurs Maciste feront carrière aux Etats-Unis sous le nom d'Atlas (Atlas vs. the Cyclops, e.a.).

FILMOGRAPHIE D'ATLAS

  • Michael Forest,
    Atlas
    (Roger CORMAN - EU, 1961)
    prod. Filmgroup Productions
  • Gordon Mitchell,
    Atlas vs. the Cyclops
    [Maciste nella Terra dei Cyclopi]
    (Antonio LEONVIOLA - IT, 1961)
  • Kirk Morris,
    Atlas against the Czar
    [Maciste alla corte dello Zar]
    (Amerigo ANTON [= Tanio BOCCIA] - IT, 1963)

GALERIE DE PHOTOS

atlas - michael forest

Cette bataille à 30 figurants réunissait machinos, techniciens et le réalisateur lui-même...

atlas - roger corman

De l'utilisation du péristyle de quelque bâtiment officiel grec néo-classique, héritage d'Othon de Bavière.

atlas - phalange

La phalange grecque, cadrage serré...

atlas - roger corman

... et boucliers-couvercles de poubelle, plaqués de papier d'aluminium !


 

NOTES :

(1) Death Race 2000, Piranha, Les mercenaires de l'Espace, etc. - Retour texte

(2) House of Usher (1960), The Pit and the Pendulum (1961), The Tomb of Ligeia (1964), etc. - Retour texte

(3) Cf. Stéphane BOURGOIN, Roger Corman, Edilig, coll. Filmo, n 2, 1983. - Retour texte