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Rome
[TV : HBO - BBC]
(Michael Apted, Allen Coulter, Julian Farino, etc. -
EU-GB, 2005)

(page 5/18)

 

Pages précédentes :

Rome, unique objet de mon assentiment...

INTRODUCTION

I. PAVÉS MOUILLÉS, RUELLES INTERLOPES...

II. QUELQUES THÈMES À LA LOUPE

III. NAISSANCE D'UN EMPIRE

IV. LE TRIOMPHE

V. LA LÉGION

VI. UN PEU D'EXOTISME : L'ÉGYPTE GRECQUE

Ô ROME ET CÆTERA...
LES PERSONNAGES

DEUX DE LA XIIIe LÉGION

LUCIUS VORENUS - TITUS PULLO

AUTRES PERSONNAGES DE FICTION

ERASTES FULMEN - GLABIUS - NIOBÉ
POSCA - QUINTUS POMPÉE - TIMON le JUIF

Sur cette page :

LES PROTAGONISTES HISTORIQUES

ANTOINE (James Purefoy)

Zone d'ombre
Les femmes de Marc Antoine

1. Antonia
2. Fulvia
3. Cléopâtre
4. Octavia
5. Les maîtresses d'Antoine

Dans la minisérie
Chronologie de Marc Antoine

ATIA (Polly Walker)

BRUTUS (Tobias Menzies)

Fils de César ?
Le républicain pur et dur
La conjuration
Porcia, femme de Brutus
Decimus Brutus (Decimus Junius Brutus Albinus)

Pages suivantes :

CASSIUS (Guy Henri)
CATON D'UTIQUE (Karl Johnson)
CÉSAR (Ciaran Hinds)
CICÉRON (David Bamber)
CLÉOPÂTRE VII (Lyndsey Marshall)
METELLUS SCIPIO (Paul Jesson)
OCTAVE (Max Pirkis)
OCTAVIA (Kerry Condon)
POMPÉE (Kenneth Cranham)
PTOLÉMÉE XIII DIONYSIOS (Scott Chisholm)
SERVILIA (Lindsay Duncan)

APPENDICES : CLODIA & CLODIUS

Fiche technique

Résumés de la première saison

BIBLIOGRAPHIE

 

Forum consacré à la série Rome

LES PROTAGONISTES HISTORIQUES

ANTOINE (James Purefoy)
(14 janvier 83-1er août 30)
Marc Antoine est l'amant d'Atia. Beau, courageux, charismatique, il est adulé par ses soldats et adoré par les femmes. Mais il peut être arrogant et impatient devant le peuple et ses représentants. James Purefoy (Vanity Fair) interprète le rôle de Marc Antoine.

 

rome hbo - marc antoine

Antoine

Marcus Antonius était né un 14 janvier de 86, ou 83, ou 81, on ne sait. (Pour la facilité, nous retiendrons 83.) Il était le fils de M. Antonius Creticus, préteur en 74; le cognomen de ce dernier lui avait été attribué par dérision car sa campagne contre les pirates, en Crète, avait été un échec. Creticus mourut en 72-71, quand Antoine devait avoir onze ou douze ans.

Sa mère, qui était une Julia, se remaria avec le sénateur P. Lentulus Sura, impliqué dans la conjuration de Catilina, et que le consul Cicéron fit exécuter sans jugement. De cette époque (c'était en 63) date la haine d'Antoine pour Cicéron, alors ami de Jules César. Plus tard, il lui faudra ravaler sa rancœur, Jules César ayant convaincu Cicéron de soutenir la candidature d'Antoine à l'augurat, qu'il obtint en 50.

Marcus Antonius avait deux frères plus jeunes : Gaius était le cadet et Lucius le dernier. Il mena une adolescence dissipée, amant de son aîné C. Scribonius Curio. Le père de Curion y mit bon ordre en réglant toutes les dettes d'Antoine (250 talents) contre promesse de ne plus fréquenter son fils. Plus tard néanmoins, il se retrouveront tous deux sous les aigles césariennes. Tandis que César poursuivait les Pompéiens en Espagne et que Pompée passait en Grèce, le jeune Curion débarqua en Afrique et s'y fit massacrer par les Numides de Juba, avec toute sa légion (cf. Steven Saylor, La dernière prophétie, une enquête de Gordien le Limier).

C'est une «trouvaille» du scénariste de Rome (HBO) que de faire de Marc Antoine un plébéien ambitieux, qui a besoin d'Atia pour mettre son pied dans l'étrier de l'aristocratie. Il y avait à Rome une gens Antonia qui se subdivisait en deux branches, l'une patricienne, l'autre plébéienne. Marc Antoine appartenait évidemment à la seconde, puisqu'il obtint le tribunat de la plèbe. Sa famille plébéienne était toutefois des plus honorables et avait donné à la république un consul en 99 (et un magister equitum en 332). Sans doute à cause de sa réputation de soudard ivrogne, le scénariste de Rome (HBO) va donc nous le présenter comme un plébéien qui aurait bien besoin de redorer son blason en y raccrochant les quartiers de noblesse d'Atia. De fait, c'est la pauvre Atia (1), dont le père était originaire d'Aricie, non de Rome, qui aurait bien eu besoin de quelque lustre. Le scénariste contourne la difficulté - cette simplification était indispensable, dans une série à la matière aussi riche - en réélaborant le jeux des sept familles et en rattachant l'intrigante directement aux Julii : il y a donc Atia des Julii et Servilia des Junii, qui l'une comme l'autre se croit socialement supérieure à sa vieille ennemie, sans qu'il soit nécessaire d'expliquer pourquoi (2). Les aristocrates romains levaient-ils le petit doigt en plongeant leur petite cuiller dans le pot à garum ? Il est permis d'en douter. «Il avait reçu une excellente éducation, avait étudié la rhétorique en Grèce. On ne saurait donc se contenter du portrait du soudard qui a été brossé plus tard. Grand et courageux, beau et barbu (3), il se signalait par un tempérament exceptionnel et ne craignait d'abuser ni du vin ni des hommes ni des femmes. Le lecteur comprendra que ces goûts ne répondaient pas seulement à un choix personnel. Ils exprimaient une vraie religiosité : si César était protégé par Vénus, Antoine cherchait l'appui de Dionysos», note Yves Le Bohec (4).

 

marc antoine

Antoine, Musée du Vatican (ph. Roger-Viollet)
(extr. Benoist-Méchin, Cléopâtre ou le rêve évanoui,
Clairefontaine, 1964)

 

marcus antonius

Antoine (Musée du Vatican - ph. Rap.)
(extr. A. Weigall, Cléopâtre, Payot, 1952)

Zone d'ombre
Quelques historiens s'interrogent sur le rôle exact d'Antoine lors de l'assassinat de César. Son alibi est trop parfait : un des conjurés, C. Trebonius (5), l'entraîne à l'écart tandis que l'on assassine César. L'assassinat de César laisse subsister des zones d'ombres qu'on n'est pas près d'élucider. On s'est demandé si Antoine n'était pas le vrai commanditaire du meurtre de César, Antoine qui se laissait complaisamment (?) entraîner hors du Sénat pendant qu'on assassinait son patron ! Et qui ensuite trahissait la faction sénatoriale...

La romancière Margaret George (Les mémoires de Cléopâtre [6]) a, elle, soutenu la thèse inverse, prêtant à Octave le noir dessein d'arracher le pouvoir à son père adoptif. Bien sûr, dans son optique - qui est celle de la reine d'Egypte -, c'est Octave l'ennemi à abattre, le responsable de tout. Dans le téléfilm qui fut tiré de son roman, Octave tenait des propos odieux à Cléopâtre et se trouvait à Rome pendant qu'on assassinait César (7), tandis qu'Antoine étant proprement assommé à l'entrée du Sénat. Ce scénario diverge d'avec les sources anciennes. Octave, comme questeur de César chargé de superviser les préparatifs de la guerre contre les Parthes, se trouvait depuis quelques mois déjà à Apollonia, en Dalmatie, lorsque César fut assassiné. Magnifique alibi, mais alibi incontournable.

Les femmes de Marc Antoine
Marc Antoine a aimé le changement. Gageons que, passant d'un film à un autre, le spectateur moyen ne s'y retrouve plus entre l'exotique Cléopâtre et la vertueuse Octavia, au temps de sa bigamie Orient/Occident, qui le retrouve encore affligé d'une revêche Fulvia (dans Empire (ABC)) ou, ici, d'une amorale Atia. Antoine a sans doute été l'amant de nombreuses femmes dont l'Histoire n'a pas cru devoir retenir le nom, et rien ne s'oppose à ce qu'il ait aussi été celui de la nièce de César... surtout si cela permet de ficeler un bon scénario de téléfilm ! L'ennui c'est qu'aucun texte ne le confirme; bien au contraire nous savons qu'au moment du pronunciamiento de César, Marc Antoine était encore marié avec Antonia - qui le cocufiait et qu'il s'apprêtait à répudier - et aussi qu'il était très amoureux d'une actrice spécialisée dans les pantomimes salaces, répondant au nom de scène de Cythéris. La manière éhontée avec laquelle il s'affichait en la compagnie de Cythéris avait le don de susciter la plus vive irritation de Cicéron (CIC., Phil., II, 58, 61; Ad Att., XV, 22) comme celle de Voltaire (8), qui pourtant n'y était pas, et même de Vorenus (9) dans la série-TV HBO (cf. aussi Steven Saylor, La Dernière Prophétie, qui met en scène Antonia et Cythéris.)
Rome (HBO) a donc remplacé Cythéris par Atia, dont les scénaristes ont fait une jeune femme passablement désalée elle aussi... quoique d'un tout autre niveau social. Dont acte.

Après avoir été l'amant d'une Fadia, fille de l'affranchi Q. Fadius, dont il eut des enfants, Marc Antoine songea à se marier «sérieusement». On imagine mal en effet l'héritier de la gens Antonia épousant selon la solennelle confarreatio une affranchie tout au plus digne de servir de concubine. Lorsque Cicéron utilise à son sujet le mot uxor («épouse») il ne faut rien y voir de plus qu'un abus de langage de sa part. Ainsi Antoine n'épousa jamais Cythéris, que Cicéron désigne quand-même comme mima uxor («ton actrice d'épouse») (cf. CIC., IIe Philippique, 3).

 

antonia

Antonia (British Museum - ph. Mansell)
(extr. A. Weigall, Cléopâtre, Payot, 1952)

 
1. Antonia
Il épousa d'abord sa cousine Antonia, fille de C. Antonius Hybrida, le frère de son père Creticus. Collègue de Cicéron au consulat de 63, cet Hybrida était un sacré personnage, préfet de cavalerie en cette Grèce qu'en tant qu'amateur d'art, il pilla sans vergogne. Le jeune avocat Jules César lui intenta un procès qu'Hybrida perdit (en 77-76).
Antoine la répudia en 47, la soupçonnant d'être la maîtresse du gendre de Cicéron, P. Cornelius Dolabella.
   
2.

Fulvia
Ayant divorcé d'Antonia, Antoine se retourna vers Fulvia, fille de M. Fulvius Bambalio, qu'il épousa en secondes noces, en 45.
Fulvia était la veuve de l'agitateur P. Clodius Pulcher, tribun de la plèbe, qu'Antoine avait naguère poursuivi l'arme au poing sur le Forum. Huit mois avant que ne démarrent les événements traités par le feuilleton Rome (HBO), ce Clodius avait été assassiné sur la voie Appienne par Birria, un des gladiateurs de Milon, autre chef de bande, au service des conservateurs quant à lui (janvier 52). Cicéron défendit Milon au cours d'un procès fameux, qu'il perdit. Et Fulvia déclencha une émeute, au cours le laquelle la Curie s'envola en fumée. Fulvia en conservera de la haine pour Cicéron. Après qu'Antoine eut mis son nom sur la liste des proscriptions, c'est elle qui obtint la tête de l'orateur, lui fit couper les mains et lui perça la langue d'un poinçon. Faut pas l'emm... la Fulvia !
Fulvia connut décidément une vie matrimoniale mouvementée. Son second mari, Curion, avait été massacré par les Numides en 48.

Toutefois, Fulvia n'était pas que rancunière; elle avait aussi un sacré caractère ! Pendant qu'en compagnie d'Octavien, son mari Antoine pourchassait les meurtriers de César, elle faisait la pluie et le beau-temps à Rome, nommant des préteurs, distribuant des provinces, faisant même décerner un «Triomphe» immérité à son beau-frère Lucius Antonius. Après la bataille de Philippes, son mari ayant jeté son dévolu sur Cléopâtre, elle excita Octavien contre lui. N'ayant pu décider le futur Auguste à déclarer la guerre à Antoine, elle monta Lucius contre Octavien. Revêtue d'une cuirasse, elle marchait à la tête des troupes de son beau-frère et donnait son avis dans les conseils de guerre. Finalement, Octavien la bloqua dans Pérouse, qu'il réduisit par la famine (en 41). Alors Fulvia passa en Grèce pour retrouver son mari infidèle. Antoine la reçut avec tant de dédain, qu'elle se laissa mourir de chagrin et de jalousie à Sicyone... (en 40).

La présence de cette virago dans les derniers épisodes de la Première Saison de Rome (HBO) aux côtés de ces franches garces d'Atia et de Servilia n'eût point constitué une hérésie historique, loin de là ! Mais sans doute soucieux de ne pas être taxés de misogynie primaire par les puissantes ligues féministes américaines, les scénaristes hésitèrent-ils à présenter un «triumvirat» féminin de ce calibre ? Plus vraisemblablement ne jugèrent-ils pas plutôt qu'il y avait déjà suffisamment de personnages ? Dans la Seconde Saison (10), qui traite des mêmes événements que Empire (ABC), Atia reste auprès d'Antoine et s'approprie les faits de Fulvia. Economie d'un personnage.

   
3.

Cléopâtre
Cléopâtre avait rencontré Antoine à l'occasion de sa visite à César, à Rome, quelques mois avant l'assassinat de ce dernier. Peut-être même s'étaient-ils déjà rencontrés en Egypte, en 55, lorsque Antoine servait sous les ordres d'Aulus Gabinius. C'est en 41, à Tarse de Cilicie, que Cléopâtre vint proposer son alliance à Marc Antoine. L'histoire est suffisamment connue pour que nous nous y attardions. Marc Antoine fit cadeau à sa belle de territoires orientaux appartenant à l'Empire romain, et entreprit en 36 une expédition contre les Parthes qui fut vouée à l'échec. Vaincu à la bataille d'Actium le 2 septembre 31, le couple se suicida le 1er août 30. Marc Antoine devait avoir cinquante-six ou cinquante-trois ans au moment de sa mort et Cléopâtre trente-huit.
Célébré selon le droit égyptien, le mariage d'Antoine avec Cléopâtre n'avait aucune valeur au regard du droit romain; ce mariage était considéré comme nul. Toutefois nous ignorons la date à laquelle il fut célébré : en 37, après les retrouvailles d'Antioche ?, en 34, au moment des donations d'Alexandrie ?

Cléopâtre et Marc Antoine eurent trois enfants : des jumeaux nés en 40 - une fille Cléopâtre Séléné et un fils Alexandre Hélios - et un autre fils, né en 36, Ptolémée Philadelphe. Antoine et Cléopâtre morts, leurs trois enfants furent confiés par Octavien à leur belle-mère Octavia, qui les éleva. Plus tard (en 19), Séléné fut mariée avec le roi de Maurétanie Juba II - le fils de ce Juba Ier qui avait embrassé le parti de Pompée contre César et massacré le brave Curion.

A noter qu'une coproduction égypto-italienne, El Kébir, fils de Cléopâtre (prod. Seven-Tiki - IT-Egypte, 1964), réalisée par Ferdinando Baldi, a imaginé une variante locale de Robin-des-Bois interprété par Mark Damon, qui combat le méchant gouverneur romain et finit par obtenir de Rome justice pour son peuple. Ce film ne fait pas mention du nom de Cæsarion, mais seulement celui de «El Kébir», fils de César et Cléopâtre.

   
4.

Octavia
Les relations entre Octavien et Antoine furent chaotiques.
Une première fois, les deux rivaux s'étant fait la guerre les armes à la main, se réconcilièrent : ce furent les accords de Bologne et la fondation du Second Triumvirat (27 novembre 43).
Une seconde fois, les deux rivaux devant faire face à la guérilla navale que menait contre eux le dernier fils du Grand Pompée, Sextus Pompée et ses escadres pirates, les deux se réconcilièrent en signant les accords de Brindisium (en 40). Ceux-ci furent scellés par le mariage d'Antoine avec Octavia. Octavia demeura en Grèce, tandis que Marc Antoine faisait la fête - ou la guerre - en Egypte, aux côtés de Cléopâtre.
Une nouvelle entrevue avec Octavien à Tarente permit aux deux beaux-frères de tant bien que mal réaccorder leurs violons, tout aussi provisoirement que précédemment (en 37). Antoine, en effet, finit par répudier Octavia (en 32), ce qui déclencha de nouvelles hostilités avec Octave (qui, depuis son adoption par César, se faisait appeler Octavien), qui allaient le conduire à sa perte.

(Plus de détails sur Octavia : CLICK)

   
5.

Les maîtresses d'Antoine
Des nombreuses maîtresses attitrées ou éphémères d'Antoine, deux seulement sont expressément nommées par les sources. L'une est Glaphyra, reine de Cappadoce, dont il plaça sur le trône le fils Sisinas «parce qu'il avait trouvé belle [sa] mère, Glaphyra», comme nous le dit délicatement Appien (APP., V, 1). Mais Martial nous a conservé une épigramme d'Octavien qui s'en prend à elle en des termes autrement plus crus (MART., XI, 20).

Une autre bonne fortune d'Antoine fut l'actrice de pantomimes érotiques susévoquée, connue à la scène sous le pseudonyme de Cythéris. De son véritable nom, elle se prénommait Volumnia, car elle était une affranchie d'un certain Volumnius Eutrapelus. Elle devint la maîtresse d'Antoine en 49, quand celui-ci, tribun de la plèbe, gouvernait Rome en l'absence de César parti guerroyer en Espagne. «Il voyageait dans un char gaulois, le tribun de la plèbe, des licteurs couronnés de laurier le précédaient, au milieu desquels une actrice de mime était portée dans une litière découverte, et des hommes honorables, magistrats municipaux, contraints de sortir des villes pour aller à sa rencontre, la saluaient, en lui donnant, non pas son nom de théâtre, si connu, mais celui de Volumnia. Suivait un chariot avec des proxénètes, une escorte de vauriens. Rejetée à l'arrière, sa mère suivait la maîtresse de ce fils impudique, comme s'il s'agissait de sa bru» (CICÉRON, Phil., II, 58).
Il semble qu'Antoine lui était très attaché, au point que dans une lettre à son ami Atticus datée de juin 44, cette mauvaise langue de Cicéron surnomme le lieutenant de César, «Cytherius». Mais Cicéron lui-même ne semble pas avoir été insensible au charme de la jeune femme, demeurant toutefois sur sa faim (Ad fam., IX, 26) (en 46).
Cythéris devait néanmoins être d'une toute autre envergure que l'insignifiante Cynthia du feuilleton Rome (HBO) car, délaissée par Antoine qui entre-temps venait d'épouser la redoutable, la magistrale Fulvia, elle devient en 46 la maîtresse du vertueux Brutus, avant de passer vers 44-43 dans la couche de C. Cornelius Gallus, poète et ami de Virgile - qui dans la Xe Bucolique nomme sa maîtresse «Lycoris» - désigné par Octavien comme le premier gouverneur romain de l'Egypte. On n'entendra plus jamais parler d'elle à partir de -38.

 

rome hbo - strigile

Dans la minisérie
Dans Rome (HBO) James Purefoy incarne un Marc Antoine dévoué et loyal à son chef, qui de prime abord ne rejette pas les propositions pompéiennes mais, tout bien réfléchi, ne peut les accepter. Il est paillard, plein de vie, trousse les bergères qu'il rencontre sur la route et est l'amant de la pire catin de Rome, la propre nièce de César, Atia. A la guerre, c'est un fonceur, qui ne badine pas avec la discipline. Il a besoin de Vorenus mais supporte de plus en plus mal les réserves de ce «mur catonien» (catonian stonewall).

Pour les gens de notre génération, Richard Burton restera l'incarnation absolue de Marc Antoine, avec Marlon Brando à qui nous décernerions un prix d'excellence. Charlton Heston a beaucoup donné, incarnant Antoine à trois reprises. Le prix du Jury ira à Georges Marchal qui est prêt à mourir pour que vive l'Egypte, et que vive Cléopâtre qui est l'Egypte. Marchal campait un Antoine romantique, physiquement très proche du buste de basalte de l'Ashmolean Museum (Oxford). La thèse de Cottafavi était assez étonnante. Selon lui, avec Antoine disparaissait la République - ainsi que le proclamait son général Vetius, chargeant devant Alexandrie pour le baroud d'honneur (11). La chute d'Antoine laissait les mains libres au vainqueur Octavien, qui allait établir l'Empire (toutefois, ce serait un peu vite oublier qu'Antoine-Dionysos, marié à Cléopâtre-Isis, aspirait au modèle de la monarchie hellénistique théocratique !). Plus pragmatiquement, mais c'est une opinion personnelle, deux ans après la nationalisation du canal de Suez et la confiscation des biens de tous les résidents étrangers - dont une importante colonie italienne à Alexandrie - nous y verrions plutôt de la part du cinéaste l'expression de la déchirure et de l'exil, douloureuse épreuve (12)...

On a pu voir à l'écran quantité d'interprétations de Marc Antoine, notamment parmi celles dont le nom de l'acteur nous est connu :

Frank Benson, dans Julius Cæsar (prod. Cooperative Cinematograph C - GB, 1911. Réal. : Sir Francis Robert Benson);
Mr. Sindelar, dans Cleopatra (prod. Helen Gardner Picture Players - EU, 1912. Réal. : Charles L. Gaskill & J. Stuart Blackton (superv.));
Orlando Ricci, dans La Conspiration de Jules César (prod. Cines, Roma - IT, 1914. Réal. : Enrico Guazzoni);
Badr Lama, dans Cleopatra (prod. Condor-Film, Le Caire - Egypte, 1943. Réal. : Ibrahim Lama);
Raymond Burr, dans Le Serpent du Nil (prod. Sam Katzman, 1953. Réal. : William Castle);
Leo Genn, dans Julius Cæsar (Theatrecraft («Famous Scenes from Shakespeare» - GB, 1945. Réal. : Henry Cass), court métrage;
Charlton Heston, dans Julius Cæsar (EU, 1950; Réal. : David Bradley), adaptation de Shakespeare;
Paul Newman, dans The Assassination of Julius Cæsar (TV) (Série «You Are There», CBS 08.03.1953 - EU, 1953);
Ettore Manni, dans Deux Nuits avec Cléopâtre (IT, 1953. Réal. : Mario Mattoli);
Marlon Brando, dans Julius Cæsar (prod. M.G.M. - EU, 1953. Réal. : Joseph L. Mankiewicz), adaptation de Shakespeare;
Georges Marchal, dans Les légions de Cléopâtre / Las legiones de Cleopatra (prod. Alexandra - IT-FR-SP, 1959. Réal. : Vittorio Cottafavi);
Richard Burton, dans Cleopatra (prod. 20th Century-Fox - EU, 1960-63. Réal. : Joseph L. Mankiewicz);
Totò, dans Toto et Cléopâtre (prod. Liber-Euro Intern. - IT, 1963. Réal. : Fernando Cerchio), comédie;
Bruno Tocci, dans Jules César, conquérant de la Gaule (Giulio Cesare, il conquistatore delle Gallie. De bello gallico) (prod. Metheus - IT, 1963. Réal. : Amerigo Anton [= Tanio Boccia]), quasi figuration;
Sidney James, dans Arrête ton char, Cléo / O.K. Cléo ! (Carry on Cleo) (prod. Anglo-Amalgamated - GB, 1964. Réal. : Gerald Thomas), parodie;
John Rocco, dans Les Orgies sexuelles de Cléopâtre (The Notorious Cleopatra) (EU, 1970. Réal. : A.P. Stootsberry), film X;
Charlton Heston, dans Julius Cæsar (prod. CUE - GB, 1970. Réal. : Stuart Burge), adaptation de Shakespeare;
Charlton Heston, dans Antony and Cleopatra (prod. Folio-Transac-Izaro-Rank - GB-CH-IT, 1972. Réal. : Charlton Heston), adaptation de Shakespeare;
?, dans Les Nuits chaudes de Cléopâtre / Les Orgies de Cléopâtre (Cleopatra, regina d'Egitto - Cleopatra, regina dell'amore - Gli) (prod. 2 T [Camillo Teti & Ugo Tucci] - FR-IT, 1984. Réal. : Cesar Todd), film X;
Hakan Serbes, dans Cleopatra (The Love Nights of Anthony and Cleopatra) (prod. Pico Motion Pictures - IT-EU, 1996. Réal. : Joe D'Amato), film X hardcore;
- Billy Zane, dans Cléopâtre (prod. Hallmark, 1999. Réal. : Franc Roddam), téléfilm d'après le roman Mémoires de Cléopâtre de Margaret George;
Massimo Ghini, dans Augusto, il Primo Imperatore (Lux Vide [Matilde & Luca Bernabei] - RAI - A2, 2003. Réal. : Roger Young), téléfilm.
 

(Cette filmographie est celle de Marc Antoine, pas celle de Cléopâtre. Nous n'avons cité que les titres où la présence d'Antoine, même fugace, est attestée et connue de nous.)

 

mark antony

Mark Antony is a coward

Chronologie de Marc Antoine

83 (14 janvier) Naissance d'Antoine - ou était-ce le 14 janvier 86, ou 81 ?
57 [Antoine a 26 ans] Marc Antoine débute dans la carrière des armes en suivant en Syrie un ami de Pompée - rencontré par hasard en Grèce, où il étudiait «l'éloquence asiatique» -, le proconsul Aulus Gabinius.
Avec le grade de præfectus equitum, il participe à l'invasion de l'Egypte - s'illustrant à Péluse, à la tête de la cavalerie - dont le but visait à établir un protectorat romain à travers le pharaon fantoche Ptolémée XII Aulète. Il paraît qu'il aurait alors rencontré Cléopâtre, alors âgée de 14 ans (en 56).
54 [Antoine a 29 ans] Son «patron» Aulus Gabinius est rappelé à Rome afin d'y être jugé pour concussion. Marc Antoine - désormais sans emploi - fait voile vers la Gaule et se met au service de Jules César, qu'il rejoint à Samarobriva (Amiens) (printemps).
53 [Antoine a 30 ans] Réconcilié avec Cicéron, il poursuit l'épée au poing l'agitateur populiste P. Clodius Pulcher, qui doit se cacher dans la boutique d'un libraire, près du Forum.
52 [Antoine a 31 ans] (Août-septembre) Il est à Alésia. Marc Antoine et C. Trebonius repoussent l'armée de secours gauloise.
(Hiver 52-51) Antoine commande en l'absence de César son Q.G. du mont Beuvray, près de Bibracte (Autun).
51 [Antoine a 32 ans] (Printemps) Il est questeur (13), commandant la XIIe légion contre les Eburons, en Belgique. Puis avec quinze cohortes, il écrase Comm l'Atrébate dans la région de Beauvais (Picardie).
50 [Antoine a 33 ans] (10 décembre) Il succède à son ami Curion comme tribun de la plèbe, pour 49. Il a pour collègue Q. Cassius Longinus.
49 [Antoine a 34 ans] Tribun de la plèbe.
(7 janvier) Comme le montre très exactement la série-TV HBO, sauf que Cassius et Curion sont «oubliés», [Curion puis] Antoine proposent au Sénat - de la part de César - «que les rivaux César et Pompée résignassent leurs commandements respectifs». Les partisans de Pompée s'y opposent.
Le Sénat projette de donner à César des successeurs en Gaule : le proconsulat de la Gaule transalpine à L. Domitius Ahenobarbus, beau-frère de Caton, et celui de la Gaule citérieure (la Gaule celtique) à M. Considius Nonianus. Antoine oppose son veto.
Le consul L. Cornelius Lentulus Crus expulse Antoine du Sénat. Curion, Cassius et Antoine s'éclipsent discrètement et courent rejoindre leur patron César, en Gaule cisalpine.
(10 janvier) César franchit le Rubicon. La grande aventure commence...
     
    (...)
     
44 [Antoine a 39 ans] Maître de cavalerie du dictateur César, et consul.

La chronologie de la première confrontation d'Antoine et Octave, qui s'achèvera sur les accords de Bologne et la fondation du second triumvirat (27 novembre 43) : CLICK.

ATIA (Polly Walker)
Nièce de César, elle est la mère d'Octave et d'Octavia. Snob, amorale, habile stratège, elle attise les haines. Mais elle a réussi à devenir puissante par son réseau d'amants. Polly Walker, vue dans Sliver ou encore Emma, est Atia de la famille des Julii. Née en 1966 en Angleterre, elle se destinait à une carrière de danseuse mais une blessure la contraignit à renoncer à la danse. Elle se consacra alors à la comédie, débutant dans de petits rôles au théâtre à Londres, avec la Royal Shakespeare Company. Elle s'essaye ensuite à la télévision, dans la série Lorna Doone (1990). Son premier rôle marquant au cinéma fut, aux côtés d'Harrison Ford, celui d'une terroriste irlandaise dans Patriot Games (Jeux de Guerre) de Phillip Noyce (1992), d'après le roman de Tom Clancy. Polly Walker fut, pour son rôle d'Atia dans Rome (HBO), fut nominée «Meilleure actrice de série» aux Golden Globes 2006 (le trophée récompensant, finalement, Geena Davis dans Commander in Chief).
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rome hbo - atoa - polly walker

Atia, celle que l'on aime haïr..

Atia Balba Cæsonia était la fille de M. Atius Balbus d'Aricie (un parent de Pompée) et de Julia, sœur de Jules César. Atia - ou Attia, ou Accia - fut la seconde épouse de Caius Octavius Thurinus. Elle lui donna deux enfants : Octavia Minor (Octavie-la-Jeune) et Octave, le futur empereur Auguste.
C. Octavius décédé en 58, son fils le jeune Octave, âgé de quatre ans, eut pour tuteur l'ancien édile de son père, C. Toranius, et vécut jusqu'à sa douzième année chez sa grand-mère Julia. Atia se remaria avec le banquier L. Marcius Philippus, qui plus tard aidera financièrement la prise du pouvoir par son beau-fils.
Une première remarque s'impose, il n'est pas exact de montrer Octave (onze ans en septembre 52, quand tombe Alésia) et Octavia vivant auprès de leur mère Atia (tous les détails chronologiques ici [CLICK]).

Tacite, peut-être dans un but hagiographique, compare Atia à d'autres romaines vertueuses comme Cornelia, mère des Gracques, et Aurelia, mère de Jules César (TAC., Dialogues des orateurs, 28). Une autre belle légende veut qu'Atia endormie dans le Temple d'Apollon Guérisseur (14) vit en songe le dieu sous la forme d'un serpent et s'unit à lui, quelques temps avant de mettre Octave au monde. Plus tard, devenu empereur, Octavien endossera la prêtrise d'Apollon, plaçant son règne plus spécialement sous le signe de ce dieu. Détail curieux : selon Suétone, sitôt fécondée par Apollon «apparut sur son corps une tache qui ressemblait à l'image d'un serpent [qu']elle ne put jamais effacer, si bien que rapidement elle renonça pour toujours à se rendre dans les bains publics» (SUÉT., Aug., 94). C'est un détail que la minisérie HBO a oublié, elle qui pourtant laisse l'occasion d'examiner sous toutes les coutures l'académie d'Atia.

Il semble que ce soit à la demande d'Atia qu'Octave intercéda auprès de César en faveur du frère de son ami Agrippa, fait prisonnier avec d'autres partisans de Pompée.

Selon Appien, c'est avec soulagement qu'Atia apprit de retour de son fils, revenu de Dalmatie revendiquer l'héritage de son père adoptif César; soulagement de le voir toujours vivant. Car loin d'être ambitieuse, elle aurait déconseillé à ce dernier d'accepter l'héritage césarien (15). Et pendant qu'Octavien guerroyait à Modène contre Marc Antoine, Atia et Octavia-la-Jeune trouvèrent refuge chez les Vestales. Elle décéda en 43.

Nous voyons donc se dessiner l'image d'une Romaine vertueuse, suffisamment en tout cas pour être hébergée par les Vestales dans un moment difficile de la Guerre Civile, et dénuée d'ambitions politiques, non seulement pour elle-même, mais aussi pour son fils. L'image d'Atia que révèle la minisérie Empire (ABC) est plus conforme au vrai personnage historique, même si pour les besoins de la cause on lui a prêté quelques péripéties, comme d'avoir été jetée en prison par Cassius pour avoir soustrait à ses ennemis du Sénat le testament de César).

Rome (HBO) est beaucoup plus romanesque. Atia est la maîtresse de Marc Antoine, et sans doute se verrait-elle ravie de devenir celle de son oncle Jules César qu'elle essaie de détourner de Servilia. A défaut d'ainsi pouvoir parvenir à ses fins, elle prostituerait volontiers son fils Octave afin d'avoir barre sur le proconsul des Gaules. Comploteuse, elle fait assassiner par son amant Timon l'insignifiant mari de sa fille Octavia, afin de lui trouver un meilleur parti (plus tard, en -40, son frère Octave, la donnera en mariage à son associé Marc Antoine). Pauvre Octavia !
Atia est délicieusement amorale, méchante, égoïste et incapable de voir le mal qu'elle fait autour d'elle. Un tel personnage est un véritable bonheur, dans un film dramatique !

(La vérité historique nous oblige de préciser ici qu'au moment où démarre le feuilleton, c'est-à-dire quand - Alésia tombée - Antoine rentre à Rome pour prendre ses fonctions de tribun de la plèbe, le 1er janvier 49, il est toujours marié à Antonia, et que sa maîtresse de l'époque était l'actrice Cythéris, non Atia.)

atia

Atia is a tramp

BRUTUS (Tobias Menzies)
(ca 85-42) (ou 78-42 ?)
M. Junius Brutus junior est le fils de Servilia, la maîtresse de César. Il est partagé entre loyauté et méfiance à l'égard du dictateur. Son ancêtre - un héros de la République - tua Tarquin, ancien despote. Brutus est écartelé entre sa passion pour la philosophie stoïcienne, l'idée obsessionnelle de descendre du célèbre tyrannicide, son amitié pour César (dont on a dit qu'il était peut-être le fils, mais cela semble peu crédible chronologiquement parlant) et son filial devoir de venger son père traîtreusement assassiné par Pompée, pendant la guerre civile qui opposa marianistes et syllaniens. «Malmené par la propagande impériale, voué par Dante, qui en fit un traître, au dernier Cercle de l'Enfer, détourné par la Révolution française au nom d'une vertu terrorisante», comme le résume sa biographe, Anne Bernet, Brutus a suscité les passions. Une Internaute notera à propos de la série-TV HBO : «J'ai adoré la «revisitation» du personnage de Brutus, qui m'a épatée. Au fil du temps, on a fait de Brutus une sorte de hideuse caricature du traître. Là le traitement très nuancé m'a conquise... Sa relation avec César est passionnante et magnifique...»
Tobias Menzies (Foyle's War, Neverland) campe un gandin aux poses affectées, partagé entre son rôle historique et son affection pour celui qui l'avait toujours considéré comme un fils.

 

rome hbo - Brutus

brutus

Brutus (Rome, Palazzo del Conservatori - ph. Alinari-Giraudon) (extr. Benoist-Méchin, Cléopâtre ou le rêve évanoui, Clairefontaine, 1964)

C'est lui le célèbre Brutus du «Tu quoque, fili me ?», dans les pages roses du dico, mais Rome (HBO) n'a pas cru devoir reprendre à son compte ce «bon mot» historique attesté seulement par Suétone (SUÉT., Cæs., LXXXII, 3). C'est par un billet doux qui arriva sous les yeux de son demi-frère Caton que la liaison de sa mère Servilia avec César fut révélée en plein Sénat débattant de la conjuration de Catilina (décembre 63). Veuve de son premier époux, la maîtresse de César était alors remariée avec D. Silanus Junius, le consul désigné pour 62. Ce Silanus, avec son collègue Murena, avait approuvé Cicéron et son senatum consultum ultimum condamnant à mort cinq suspects catiliniens au nombre desquels était Lentulus Sura, le beau-père de Marc Antoine.

Fils de César ?
Les différentes sources que nous avons consultées font naître Brutus vers 85, ce qui pose un problème eu égard à sa filiation césarienne supposée. Si Brutus est bien né en 85, César (né en 101) aurait seulement eu quinze ans lorsqu'il engendra ce fils ! «Le problème de la date de naissance de Brutus fait, depuis deux mille ans, l'objet de querelles féroces entre historiens, selon qu'ils l'aiment ou le détestent, et veulent ou non qu'il soit le bâtard de César», note Anne Bernet (16). Il y a d'une part la thèse de Carcopino, qui s'appuie sur un passage de Cicéron - un intime de Brutus - selon qui le fils de Servilia serait né en octobre 85. C'est ainsi que l'ex-ministre vichysois révoque en doute la paternité de César.
Mais la date cicéronienne serait due à une erreur de copiste, et - invoquant Plutarque, Appien et Velleius Paterculus -, d'autres historiens déduisent que Brutus serait né sept ans plus tard, en octobre 78; il se serait donc suicidé à trente-sept ans, non à quarante-trois. Selon cette thèse, César aurait donc engendré Brutus à 22 ans et Servilia à 21, ce qui est nettement plus plausible. Reste à savoir si Servilia, maîtresse de César en décembre 63 (puisque la date est attestée), l'était déjà en 79-78... et l'était encore en 49. Trente années - voire davantage - d'illégitime passion, c'est bien sûr toujours possible, même si cela confine à l'abnégation !

Quoi qu'il en soit de cette zone d'ombre, M. Junius Brutus est officiellement fils de M. Junius Brutus - dont il porte les prénom, nom gentilice et surnom. Le père de notre Brutus était un éminent jurisconsulte, auteur de trois livres sur la guerre civile (CIC., Orat., II, 12.3). Plébéien, il y avait participé en embrassant le parti de Marius, mais avait dû se rendre à Pompée. Après la mort de Sylla, suite à de nouveaux événements, la guerre reprit et il se retrouva assiégé par Pompée dans Modène, ville qu'il défendit assez mollement du reste. Il se rendit une seconde fois à Pompée, qui le fit assassiner (en 77).
Ce meurtre explique probablement le manque d'enthousiasme de Brutus à rallier le camp pompéien lorsque César se déclara l'ennemi du Sénat.

Le républicain pur et dur
Brutus, c'est le psychodrame dans toute sa splendeur ! Sa position n'était pas facile à assumer. Porter le nom de M. Junius Brutus, n'était pas une sinécure ! Cinq siècles plus tôt, un L. Junius Brutus s'était fait passer pour idiot, d'où son cognomen de «Brutus», afin d'endormir la suspicion du dernier roi de Rome, le tyrannique Tarquin le Superbe - pour finalement le renverser et fonder la République. Ce L. Junius Brutus fut le premier consul de Rome, magistrature nouvellement créée pour remplacer le roi. Depuis lors, une bonne vingtaine de générations de Junii Bruti ont dû défiler dans l'Histoire, confits dans leur rôle de garants de la République, le pouce sur la couture de la toge. La République, c'était le fonds de commerce des Junii, en quelque sorte.

En fait, il n'est pas du tout certain que les Junii Bruti appartenaient à la même illustre famille que l'aïeul tyrannicide revendiqué et plus ou moins mythique, L. Junius Brutus. Comme celui-ci passait pour avoir également mis à mort ses deux fils comploteurs, il ne pouvait avoir eu de descendance, se gaussaient les Romains. «Nous descendons de son troisième fils, né après», rétorquaient dignement les Junii Bruti, dont la lignée, en vérité, ne semblait pas remonter beaucoup plus haut que quatre générations - jusqu'à un aïeul plébéien qui aurait exercé le métier de portier (17).

Toutefois Marcus Brutus n'était pas moralement lié qu'au seul fondateur de la République. Il pouvait également revendiquer au nombre de ses ancêtres, côté maternel, Servilius Ahala, le meurtrier de Spurius Melius, autre aspirant à la tyrannie.
En outre, philosophe stoïcien, il était non seulement le neveu de Caton d'Utique mais aussi son gendre, puisqu'il en avait épousé la fille, Porcia. C'est, en fait, Caton qui contraignit son neveu a embrasser le parti de Pompée. Brutus n'était pas chaud pour faire la guerre à César et, du reste, Pompée ne lui confia aucun commandement, n'ayant qu'une confiance limitée par son engagement.

rome hbo - brutus

Brutus is a traitor

Il ne participa même pas à la bataille de Pharsale, étant resté dans une ville voisine, à enfiler des perles philosophiques «plongé dans la lecture de son Polybe, pendant qu'à côté se jouait le sort de son chef et du parti auquel il était censé appartenir» (G. Walter). Dans une lettre adressée à César, «le fils de sa maîtresse Servilia, Brutus, lui disait qu'il se trouvait également à Larissa, et demandait l'autorisation de paraître devant lui, rapporte un biographe de César, Gérard Walter. (...) Plutarque rapporte qu'avant la bataille, César avait recommandé instamment à ses officiers de l'épargner, «de ne pas le tuer dans le combat s'il se rendait volontairement, de le lui amener s'il se défendait contre ceux qui l'arrêteraient, de le laisser aller et de ne lui faire aucune violence». D'où venait cet intérêt particulier que César portait à Brutus ? Le même Plutarque, se réfugiant derrière un «on dit» prudent, suggère qu'«il voulait en cela obliger sa mère, Servilia». On sait qu'alors le bruit avait couru à Rome, avec une singulière insistance, que Brutus était le fils de César. Le problème est délicat à résoudre. On n'a pu arriver à le trancher définitivement, et pour cause... Toujours est-il que Plutarque prétend que César en était convaincu, «parce que Brutus était venu au monde à l'époque où sa passion pour Servilia était dans toute sa force». L'empressement avec lequel il lui répondait qu'il pouvait venir et qu'on le recevrait avec joie, laisse entrevoir en tout cas chez César un sentiment qui dépasse les limites d'un attachement ordinaire. Il n'avait pas vu Brutus depuis près de vingt ans. Il avait gardé le souvenir d'un sombre et farouche adolescent. Il vit à présent devant lui un homme dans la force de l'âge, l'air un peu gauche mais singulièrement attrayant, au regard ferme et volontaire. Il causa longuement avec lui, seul à seul, marchant le long d'un chemin solitaire, hors des oreilles indiscrètes. Plutarque affirme que César voulait apprendre de Brutus le trajet emprunté par Pompée et que Brutus le lui communiqua. Cette question, de la part de César, est possible, sinon vraisemblable. Il n'en est pas de même de la réponse de Brutus, qui ne pouvait guère renseigner César sur ce sujet, étant, personnellement, dans la plus complète ignorance des projets de son ancien chef, lequel, d'ailleurs, n'était pas fixé lui-même sur ses propres intentions. Le fait, du reste, constaté par le même Plutarque, que l'entrevue en question avait eu lieu en l'absence de tout témoin, ne permet d'accorder à cette allégation que la valeur d'une simple hypothèse (18).»

 

rome hbo - brutus et ciceron

Brutus (à gauche) et son ami Cicéron (à droite). Le célèbre orateur le fera intervenir dans un de ses ouvrages philosophiques, justement intitulé «Brutus»...

Mais sa filiation ultra-républicaine hanta Brutus au point de finalement se joindre aux assassins de César. La série-TV montre Brutus, au contraire des autres officiers de Pompée en Grèce, très modéré lorsqu'il s'agit de conspuer César, (CLICK et (CLICK) de qui il se déclare redevable. Et plus tard, à Rome - compromis par les intrigues de sa mère avec Cassius - il exposera très clairement ses griefs au dictateur. Il faut relire le Jules César de Shakespeare et l'antienne «car Brutus est irréprochable !» Serions-nous dans notre jugement plus «Romains» que ceux qui furent les proches de César ?

Quel drame affreux que de devoir choisir entre les sentiments et le devoir. Brutus et Cassius se suicidèrent, après leur défaite à Philippes contre Octavien et Antoine (Brutus le 23 octobre 42, Cassius quelques jours avant). Mais Marc Antoine rendit les honneurs au seul Brutus, dont il couvrit la dépouille de son propre manteau : «C'était un homme !»
Quand à Octavien - qui s'était fait porter pâle pendant la bataille - il en fit décapiter le cadavre en vue d'exposer la tête aux Rostres (19), et ordonna l'exécution de tous les républicains prisonniers, leur refusant même la sépulture...

La conjuration
Quelque soixante personnes furent impliquées dans le complot contre César, dont une vingtaine nous sont nommément connus : six étaient notoirement des césariens, dix pompéiens, quatre sans appartenance avouée (SUÉT., Cæs., LXXX, 7; LXXXII, 1) et vingt-trois coups de poignard lui furent portés. Shakespeare a retenu les noms des sept principaux, outre Brutus : Cassius, Casca, Trebonius, Ligarius, Deci[m]us Brutus, Metellus Cimber et Cinna. Cicéron fut tenu à l'écart du complot.
P. Servilius Casca porta le premier coup, au dessus de la clavicule, Cassius le second - au visage ou à la poitrine, nos sources se contredisent -, et M. Junius Brutus le dernier. Un seul aurait été réellement mortel. Le préteur C. Cassius Longinus était un survivant du désastre de Carrhæ. C. Trebonius et Decimus Brutus, étaient deux anciens légats de César en Gaule. C. Trebonius, qui avait avec Antoine brillamment repoussé l'armée de secours gauloise devant Alésia, avait administré Rome en l'absence de ce dernier parti en Grèce épauler César. C'était un précurseur du complot, ayant huit mois auparavant déjà essayé de circonvenir Antoine. C'est à lui qu'il incomba de retenir au dehors, sous un prétexte quelconque, son ami Antoine, pendant que l'on exécutait César. Decimus Junius Brutus, qui s'était magnifiquement battu contre les Vénètes, puis avait pris Marseille, s'était tenu aux côtés de César dans son char, lors de son triomphe ex Gallica. Comme préteur, il avait, pour les fêtes d'Anna Perenna, rassemblé une importante troupe de gladiateurs qui se tenaient prêts... à épauler les conspirateurs. Tillius Cimber [Metellus Cimber], dont le frère était proscrit, se chargea de détourner l'attention de César tandis qu'on l'entourait. Enfin, le préteur L. Cornelius Cinna, frère de la première femme de César et un de ses protégés, complétait l'équipe de choc.

C'est à l'intervention de Brutus qu'Antoine dut de ne pas être exécuté en même temps que César. «Presque tous les conjurés, au temps où ils délibéraient sur leur entreprise, avaient été d'avis de faire périr Antoine après César, à cause de ses tendances monarchiques, de sa violence et de la puissance qu'il s'était acquise par sa familiarité habituelle avec la soldatesque, et surtout parce qu'il joignait à un naturel impétueux et entreprenant l'autorité consulaire, étant alors collègue de César. Seul, Brutus avait combattu ce projet, en s'appuyant d'abord sur la justice, puis en conjecturant l'espoir d'un changement chez Antoine; en effet il ne désespérait pas que, César une fois disparu, un homme aussi bien doué, aussi ambitieux et épris de gloire que l'était Antoine, ne voulût contribuer à la liberté de sa patrie, entraîné par le noble zèle des conjurés» (PLUT., Brutus, 18.).
«Cependant, comme ils redoutaient la force d'Antoine et le prestige de sa charge, ils placèrent auprès de lui quelques-uns des conjurés, qui devaient après que César serait entré dans le Sénat et que viendrait le moment de passer à l'acte, le retenir au dehors par une conversation animée» (PLUT., Antoine, 13).

 

julius caesar - shakespeare

John Gielgud (Cassius) et James Mason (Brutus) en couverture d'une édition de la pièce de Shakespeare imprimée à l'occasion de la sortie à l'écran du film de Mankiewicz en 1953 (Julius Cæsar and the Life of William Shakespeare (Introd. Sir John Gielgud), Londres, The Gawthorn Press Ltd, 1953, 234 p. - nombreuses photos du film ou relatives à l'œuvre de William S.).

Mais Antoine manœuvra habilement pour mettre dans sa poche les assassins de César. C'est dans le passage de Plutarque, ci-dessous, que Shakespeare trouva l'argument de son Jules César, où Antoine prononce un magnifique éloge funèbre, qui lui permettra de retourner l'opinion de la populace versatile («car Brutus et ses amis, tous gens irréprochables, ont dit que César était coupable...»). «Puis, ayant réuni le Sénat, il [Antoine] parla lui-même en faveur d'une amnistie et de l'attribution de provinces à Cassius, à Brutus et à leurs complices. Le Sénat ratifia ces propositions et décréta que l'on ne changerait rien à ce qu'avait fait César. Antoine sortit du Sénat comme le plus glorieux des hommes : il paraissait avoir évité la guerre civile et traité avec la prudence d'un politique consommé des affaires difficiles et qui pouvaient entraîner de grands troubles. Mais la popularité dont il jouissait auprès de la foule le fit rapidement changer de projets, et il conçut le ferme espoir de devenir le premier, s'il abattait Brutus. Lors du convoi funèbre de César, il eut à prononcer, comme c'était l'usage, l'éloge du mort au Forum : voyant le peuple singulièrement ému et attendri, il mêla à ses louanges des paroles faites pour exciter la pitié et souligner le caractère révoltant de ce meurtre, et, à la fin de son discours, il agita les habits du défunt tout ensanglantés et percés de coups d'épée, en appelant les auteurs de l'attentat assassins et scélérats. Il inspira ainsi aux assistants une telle colère qu'après avoir brûlé le corps de César au Forum en entassant les bancs et les tables, ils prirent au bûcher des tisons enflammés et coururent aux maisons des meurtriers pour leur donner l'assaut» (PLUT., Antoine, 14).

Antoine, toutefois, saura honorer la mémoire de Brutus mort. «Quelques jours après, une nouvelle bataille s'engagea, et Brutus vaincu se donna la mort. Antoine retira de cette victoire la plus grande part de renommée, car César [c'est-à-dire Octavien] était alors malade. Mis en présence du cadavre de Brutus, Antoine lui reprocha en peu de mots la mort de son frère Gaius, que Brutus avait fait périr en Macédoine pour venger le meurtre de Cicéron, mais il ajouta qu'il accusait plutôt Hortensius, que Brutus d'avoir tué son frère, et il fit égorger Hortensius sur le tombeau de Gaius. Quant à Brutus, Antoine jeta son manteau de pourpre qui était d'un grand prix sur son corps, et ordonna à l'un de ses affranchis de prendre soin de ses funérailles. Plus tard, ayant appris que cet homme n'avait pas brûlé le manteau de pourpre avec le cadavre et qu'il avait détourné une grande partie de la somme destinée aux obsèques, il le fit périr» (PLUT., Antoine, 22).

Porcia, femme de Brutus
Quelques mots à propos de Porcia (ou Portia), la femme de Brutus, qui intervient dans la tragédie de Shakespeare et le film de Mankiewicz - mais que Rome (HBO) a éludée. «Porcia était, comme je l'ai dit - écrit Plutarque -, fille de Caton, et Brutus, son cousin, l'avait épousée, non pas vierge, mais déjà veuve, bien qu'elle fût toute jeune encore, d'un premier mari [M. Calpurnius Bibulus, consul en 59 avec César], dont elle avait eu un petit garçon nommé Bibulus, qui écrivit un bref ouvrage conservé et intitulé Mémoires sur Brutus. Femme affectueuse et attachée à son mari, Porcia était pleine de grandeur d'âme et d'intelligence. Elle ne voulut pas questionner Brutus sur ses secrets avant d'avoir fait sur elle-même l'épreuve que voici. Elle prit un de ces petits couteaux avec lesquels les barbiers coupent les ongles, et, ayant fait sortir de sa chambre toutes ses servantes, elle s'entailla si profondément la cuisse qu'il coula beaucoup de sang et que, peu après elle fut saisie de violentes douleurs et des frissons de la fièvre causée par sa blessure. Brutus était dans une inquiétude insupportable, lorsqu'au plus fort de la souffrance elle lui parla ainsi : «Brutus, moi qui suis fille de Caton je suis entrée dans ta maison, non pas comme les concubines, pour partager seulement ton lit et ta table, mais pour être associée à tes chagrins comme à tes joies. Ta conduite envers moi a toujours été celle d'un mari irréprochable; mais, en ce qui concerne mes propres sentiments, quelle preuve ou quelle marque de reconnaissance puis-je t'en donner, s'il ne me revient pas de supporter avec toi un malheur caché ou un souci qui exige de la confiance ? Je sais que la nature féminine paraît trop faible pour porter un secret, mais, Brutus, une bonne éducation et la fréquentation des gens vertueux influent beaucoup sur les mœurs. Moi, de plus, j'ai l'avantage d'être fille de Caton et femme de Brutus. Je m'y fiais assez peu jusqu'à ce jour, mais maintenant je me connais moi-même comme étant supérieure même à la douleur.» Cela dit, elle lui montre sa blessure et lui raconte l'épreuve qu'elle s'est infligée. Brutus, stupéfait, leva les bras vers le ciel et pria les dieux de lui accorder le succès de son entreprise pour se montrer le digne époux de Porcia. Après quoi il fit donner des soins à sa femme» (PLUT., Brutus, 13).

«Porcia, qui devait de là, retourner à Rome, s'efforçait de cacher l'extrême douleur qu'elle ressentait, mais, en dépit de tout son courage, un tableau l'amena à se trahir : le sujet était tiré de la littérature grecque; Hector était reconduit par Andromaque, qui recevait de ses mains leur petit enfant et avait les yeux fixés sur son mari. La vue de cette peinture, qui rappelait à Porcia son malheur, la fit fondre en larmes; elle alla la regarder à plusieurs reprises dans la journée, et chaque fois elle pleurait. Acilius, un des amis de Brutus, récita les vers qu'Andromaque adresse à Hector :

«Hector, tu es pour moi tout à la fois un père, une mère chérie,
Un frère, en même temps qu'un fort et jeune époux.»

Quant à moi, répliqua Brutus en souriant, il ne me viendra pas à l'idée de dire à Porcia les paroles d'Hector :

«A tes servantes dis de filer et tisser»,

car si sa faiblesse physique ne lui permet pas les mêmes exploits qu'à nous, elle a autant que nous la résolution de se distinguer au service de la patrie. Voilà ce que rapporte Bibulus, le fils de Porcia» (PLUT., Brutus, 23).

Decimus Brutus (Decimus Junius Brutus Albinus)
Des photos de pré-production publiées notamment dans Paris-Match présentent Benoît Poelvoorde et Alain Delon respectivement dans les rôles de Brutus et Jules César pour Astérix aux Jeux Olympiques. Dans la BD, on voyait un officier de César, répondant au nom de Brutus, qui n'arrêtait pas de tripoter des couteaux. Légat de César pendant la guerre des Gaule, Decimus Brutus dirigea la campagne contre les Vénètes, dans le Morbihan, et, au siège d'Alésia, commandait une des deux légions de réserve. Pour les besoins de la cause, Goscinny confondit Decimus Junius Brutus avec notre «parricide» Marcus Junius Brutus, dont il était un cousin.

Il était le fils de Decimus Junius Brutus, consul en 77, et de Sempronia, qui joua un rôle si célèbre dans la conjuration de Catilina.
Toutefois, adopté par A. Postumius Albinus, le consul de 99, il endossa le cognomen d'Albinus, par lequel on le trouve quelquefois désigné. «Quand César l'emmena dans les Gaules, note Napoléon III, il était encore fort jeune : les Commentaires lui donnent l'épithète d'adulescens. Il devait être de retour à Rome en janvier 50, puisqu'une lettre de Cicéron y signale sa présence à cette époque (Lettres familières, VIII, 7). L'année suivante il commandait la flotte de César devant Marseille (CÆS., Guerre civile, I, 36. - DION CASSIUS, XLI, 19). Il remporta, bien qu'avec des forces inégales, une victoire navale sur L. Domitius Ahenobarbus (CÆS., Guerre civile, 51).» Comme vainqueur de Marseille, Decimus Junius Brutus Albinus fut, avec Antoine et Octave, associé au triomphe que César, à son retour d'Espagne, célébra en 48. Il monta avec eux sur le char du consul (PLUT., Antoine, 13).

Ayant reçu de ce dernier le gouvernement de la Gaule transalpine (48), il réprima ensuite une insurrection des Bellovaques (46) (TITE LIVE, Epitomé, 64). Et Napoléon III d'ajouter : «Il fut l'objet des faveurs les plus particulières de son ancien général, qui éprouvait pour lui une vive affection.» César, en effet, l'avait couché sur son testament, au second rang de ses héritiers, et désigné comme co-tuteur d'Octave. Cela ne l'empêcha point de se laisser entraîner dans la conspiration contre César : c'est à lui qu'échut la mission d'aller quérir le dictateur à son domicile et de l'accompagner au Sénat, où l'attendaient ses meurtriers.

En 42, il voulut prendre possession du gouvernement de la Gaule cisalpine, que César lui avait assignée, mais que Marc Antoine convoitait. Celui-ci vint l'y assiéger dans Modène, où les consuls Hirtius et Pansa, accompagnés du propréteur Octavien, vinrent le délivrer. Mis sur la liste des proscriptions par les triumvirs, abandonné par ses troupes, trahi par son hôte le chef celte Camillus, Decimus Brutus fut exécuté par des hommes envoyés par Antoine.

Suite…

NOTES :

(1) ... qui avait épousé des banquiers, soit successivement C. Octavius Thurinus puis L. Marcius Philippus. En matière de noblesse, il y a mieux que ces gens d'argent ! - Retour texte

(2) Atia est une provinciale par son père, mais sa mère Julia - une Julii Cæsares -, appartenait à la plus ancienne noblesse patricienne. Comme fille d'un Servilii Cæpionis, Servilia pouvait elle aussi se prévaloir de ses origines patriciennes, quoique ayant épousé un plébéien des Junii Bruti elle soit, ipso facto, devenue plébéienne comme son mari. En fait, les scénaristes, partagés entre la lettre et l'esprit, doivent jouer aux funambules pour se faire comprendre des téléspectateurs. C'est ainsi que dès le premier épisode, Octave se présente comme Octavius Julii, ce qui est une anticipation aberrante, mais qui a le mérite de le situer dans son réseau d'alliances... - Retour texte

(3) Marc Antoine porte la barbe dans la Seconde Saison de Rome (HBO). - Retour texte

(4) Y. LE BOHEC, César Chef de guerre, Editions du Rocher, coll. «L'Art de la Guerre», 2001, p. 371. - Retour texte

(5) Légat de César, Trebonius avait, devant Alésia et de concert avec Antoine, repoussé l'assaut de l'armée de secours gauloise. Lorsque Antoine quitta Rome pour aller renforcer César en Grèce, ce fut Trebonius qui le remplaça comme gouverneur de la ville. Antoine et Trebonius étaient de solides compagnons de débauche. - Retour texte

(6) M. GEORGE, Les mémoires de Cléopâtre - 1. La Fille d'Isis; 2. Sous le signe d'Aphrodite; 3. La morsure du serpent, Albin Michel, 3 vols, 1999. Ce roman a fait l'objet d'un téléfilm Hallmark Cléopâtre (Franc Roddam, 1999), avec Leonor Varela dans le rôle de Cléopâtre et Timothy Dalton dans celui de César. - Retour texte

(7) Dans la série-TV HBO Rome, comme dans celle ABC Empire, Octave se trouve également à Rome au moment des Ides de Mars. Raccourci commode. - Retour texte

(8) Voltaire, à propos des appétits génésiques d'Antoine, se couvre des voiles de la pudeur et verse volontiers dans le ragôt : «Antoine n'était pas moins connu par ses débordements effrénés. On le vit parcourir toute l'Apulie dans un char superbe traîné par des lions, avec la courtisane Cithéris, qu'il caressait publiquement en insultant au peuple romain. Cicéron lui reproche encore un pareil voyage fait aux dépens des peuples, avec une baladine nommée Hippias et des farceurs. C'était un soldat grossier, qui jamais, dans ses débauches, n'avait eu de respect pour la bienséance; il s'abandonnait à la plus honteuse ivrognerie et aux plus infâmes excès. Le détail de toutes ces horreurs passera à la dernière postérité, dans les Philippiques de Cicéron : «Sed jam stupra et flagitia omittam; sunt quædam quæ honeste non possum dicere», etc. (Philip., 2). Voilà Cicéron qui n'ose dire devant le Sénat ce qu'Antoine a osé faire; preuve bien évidente que la dépravation des mœurs n'était point autorisée à Rome, comme on l'a prétendu. Il y avait même des lois contre les gitons, qui ne furent jamais abrogées. Il est vrai que ces lois ne punissaient point par le feu un vice qu'il faut tâcher de prévenir, et qu'il faut souvent ignorer. Antoine et Octave, le grand César et Sylla, furent atteints de ce vice; mais on ne le reprocha jamais aux Scipion, aux Métellus, aux Caton, aux Brutus, aux Cicéron : tous étaient des gens de bien; tous périrent cruellement.
Leurs vainqueurs furent des brigands plongés dans la débauche. On ne peut pardonner aux historiens flatteurs ou séduits qui ont mis de pareils monstres au rang des grands hommes.»
(C'est nous qui mettons en évidence.) - Retour texte

(9) Dans Rome (HBO), Antoine s'affiche avec une prostituée nommée non pas Cythéris, mais Cynthia (CLICK et CLICK). - Retour texte

(10) Dans l'état actuel de nos informations, il semble que ce ne sera pas le cas. - Retour texte

(11) De fait, après la dissolution de leur cause, de nombreux républicains choisirent de rallier le parti d'Antoine afin de marquer leur opposition à Octavien. - Retour texte

(12) Cottafavi était un Italien de la péninsule. Notre hypothèse aurait certainement été plus probante si le réalisateur des Légions de Cléopâtre avait été son confrère es-péplum Riccardo Freda, natif, lui, d'Alexandrie. - Retour texte

(13) En juillet 52, il a été élu questeur à Rome pour l'année 51. Marc Antoine, comme César et les autres officiers supérieurs font de fréquents aller-retours de Gaule en Italie, pour leur carrière politique. - Retour texte

(14) Au sud du Champ de Mars, à côté du Théâtre de Marcellus (pas encore construit à l'époque) et à proximité du Cirque Flaminius. - Retour texte

(15) P. COSME, Auguste, p. 52. - Retour texte

(16) A. BERNET, Brutus, op. cit., p. 17, n. 13. - Retour texte

(17) A. BERNET, Brutus, op. cit., p. 12. En fait, on s'est interrogé sur l'origine de ces grandes familles plébéiennes, en particulier celles qui comptaient aussi une branche patricienne. Il est vraisemblable que, les affranchis reprenant le nom gentilice de leurs anciens maîtres, les branches plébéiennes decendaient desdits clients affranchis. - Retour texte

(18) Gérard WALTER, César, Marabout Université, n 49, 1964, pp. 329-330. - Retour texte

(19) Elle n'arriva jamais à Rome, le bâteau qui la rapportait ayant été pris dans une tempête. - Retour texte