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Salomé
(William Dieterle, EU - 1953)

 

Comme la Princesse Salomé est belle, cette nuit !

Introduction

Archéologie du mythe

La version 1952

Analyse du DVD [Francis Moury]

1) Image
2) Son
3) Interactivité
4) Critique
 Notes additionnelles sur les sources littéraires

Fiche technique [Michel Eloy]

Fiche artistique
Scénario
Filmographie de Salomé

salome

Comme la Princesse Salomé est belle, cette nuit !
(Wie schön ist die Prinzessen Salome, heute Nacht !)
(1)

A l'occasion de son édition DVD VF, Francis Moury a analysé pour Ecran Large le film de William Dieterle, et en fait profiter nos visiteurs...

C'est pour nous l'occasion de rappeler cette grande pécheresse dont, sans la nommer, parlent les Evangiles (Mt., 14 : 1-13; Mc, 6 : 21-29), qui font également allusion à sa mère Hérodiade (Lc, 3 : 19). En effet, c'est à Flavius Josèphe que nous sommes redevables d'avoir préservé de l'oubli le nom de la fille d'Hérodiade et du Tétrarque Hérode Philippe : «Salomé» (JOS., Antiq. jud., XVIII, 7 [2]).
Demeurée en nos mémoires pour sa fameuse «Danse des Sept Voiles», Salomé est l'illustration parfaite de l'«éros & thanatos» : après avoir enflammé les sens incestueux de son oncle et beau-père, le roi Hérode Antipas, elle baise les lèvres glacées du prophète Jean-Baptiste dont on lui a, sur un plateau d'argent, amené la tête tranchée. Un geste qui marquera notre imaginaire d'un sceau indélébile.

Dans ce film - qui valut à Rita Hayworth d'être saluée par la critique comme «stripteaseuse biblique» - Salomé, donc, a vécu à Rome, sous Tibère. De retour en Judée, elle devient l'instrument involontaire de la vengeance de sa mère, Hérodiade, éprise de Jean le Baptiste qui l'a dédaignée. Salomé devient chrétienne par amour pour un beau centurion romain adepte de la nouvelle foi, et s'enfuit avec lui.

On le voit, le film de William Dieterle illustre parfaitement ce que nous pourrions appeler le «révisionnisme hollywoodien». Comme il était «éthiquement» [id est commercialement ?] impossible de donner un mauvais rôle à Rita Hayworth, le scénariste opéra les «retouches» qui s'imposaient pour faire de la sulfureuse Salomé un personnage positif. Ce au déni de la tradition chrétienne établie. Le bon peuple des spectateurs n'y vit que du feu ?

Salomé, comme Salomon, signifie «la paix», en hébreu shalom. A noter que dans Le Cantique des Cantiques (Ct., 7 : 1), poème érotique attribué à Salomon, il est question de la Sulamite (Shlumit, féminin de Shlomo, «Salomon»), type de la beauté féminine, vraisemblablement Abishag la «S(h)unamite» - parce qu'originaire de Shunem (1 R., 1 : 3) -, qui sur le tard épousa le vieux roi David et réchauffa sa couche.
Mutatis mutandis, l'exhibition de son homonyme Salomé pareillement enflamme les sens du roi Hérode, de beaucoup plus âgé qu'elle. Le générique indique : «D'après une histoire originale pour l'écran de Harry Kleiner et Jesse L. Lasky jr.» Mais en réalité William Dieterle, sous le pseudonyme de William Sidney, avait déjà ébauché ce scénario dans un roman, The Good Tidings (éd. Farrar Straus, New York [3]).

Introduction

Fille d'Aristobule et petite-fille d'Hérode le Grand, la reine Hérodiade a épousé son oncle Hérode Philippe I, dont elle a eu une fille - Salomé. Cependant, encore du vivant de son époux et en accord avec lui, elle en «divorce» pour se... euh... «mettre en ménage» avec son autre oncle, Hérode Antipas.
Bien évidemment, parangon de toutes les vertus, le prophète Jean le Baptiste dénonce publiquement son attitude éhontée.

Bien évidemment aussi, Hérodiade conçoit de la haine pour le saint homme; alors que, plus nuancé ou conscient de sa faute, son nouvel «époux» Hérode Antipas hésite à se rendre impopulaire en sévissant trop rigoureusement.
Salomé sera l'instrument de la vengeance d'Hérodiade bafouée. Par sa fameuse «Danse des Sept Voiles» - cet ornement est rajouté par Oscar Wilde au succinct texte biblique -, Salomé restera fameuse comme étant la parfaite illustration de l'«éros & thanatos». Après avoir, par sa danse érotique, enflammé les sens de son royal oncle et beau-père, elle obtient de lui l'exécution de Jean-Baptiste et baise les lèvres glacées du prophète dont on lui a apporté sur un plateau la tête tranchée. Un baiser qui marquera notre imaginaire d'un sceau indélébile; notamment Stendahl, lorsqu'il nous montre Mathilde de La Mole embrassant le chef de son amant guillotiné, Julien Sorel (Le rouge et le noir). Exaspéré par l'attitude de sa nièce qui à sa générosité préfère le martyr supplicié, Hérode Antipas ordonnera à ses gardes de l'écraser sous leurs boucliers (4)...

Signalons qu'au XIIIe s., l'hagiographe Jacques de Voragine dans La légende dorée voyait différemment la fin de Salomé et de sa mère Hérodiade. «Or, de même qu'Hérode, qui avait fait couper la tête à saint Jean, et que Julien [l'Apostat], qui brûla ses os, furent punis, de même aussi Hérodiade, qui avait suggéré à sa fille de demander la tête de Jean, reçut la punition de son crime, ainsi que la fille [que Voragine ne nomme pas] qui avait fait la demande. Quelques uns disent qu'Hérodiade ne mourut pas en exil comme elle y avait été condamnée, mais alors qu'elle tenait dans les mains la tête de saint Jean, elle se fit un plaisir de l'insulter; or, par une permission de Dieu, cette tête elle-même lui souffla au visage, et cette méchante femme mourut aussitôt. C'est le récit du vulgaire; mais ce qui a été rapporté plus haut, qu'elle périt misérablement en exil avec Hérode, est affirmé par les saints dans leurs chroniques : et il faut s'y tenir.
Quant à sa fille, elle se promenait un jour sur une pièce d'eau gelée dont la glace se brisa sous ses pieds, et elle fut étouffée à l'instant dans les eaux. On lit cependant dans une chronique qu'elle fut engloutie toute vive dans la terre. Ce qui peut s'entendre, comme quand on parle des Egyptiens engloutis dans la mer Rouge, on dit avec l'Ecriture sainte : «La terre les dévora.» (5)»
Cette histoire de souffle émanant de la tête tranchée, annonce l'échange du baiser auquel se livrera Salomé dans des versions ultérieures.

Salomé est une figure archétypale qui hanta l'œuvre de Gustave Moreau (e.a. Apparition, 1876; Salomé dansant devant Hérode, 1876 également; Hérodias-Salomé, 1888 [6]) et de Gustave Flaubert («Hérodias», dans Trois contes, 1877). En 1909, jouant Salomé, Ida Rubinstein se mettait complètement nue au terme de l'effeuillage de la Danse des Sept Voiles; en 1941, Jean Choux la croisa avec la conteuse Shéhérazade (Gli amori di Salome / La nascità di Salome); et en 1953, le cinéaste indien Mohamed Hussein combina le personnage avec She/Antinéa (Malika Salomi). En 1963, Pietro Francisci montrera une «Danse des Sept Voiles» exécutée par Dalila - l'exquise Liana Orfei - devant le Seren des Philistins avec, petit piment sadomasochiste, cette particularité que chacun des voiles porté par la danseuse était détaché par la mèche d'un fouet manié par un acolyte (Hercule, Samson et Ulysse). On en fit même l'héroïne d'un western, à travers l'histoire d'une troupe de comédiens itinérants (Les amours de Salomé/Salome where she danced, Charles Lamont, EU - 1945), tandis que le Français Claude D'Anna, l'incarnant sous les traits androgynes de Jo Champa, la situera dans un monde intemporel, entourée de notables habillés de bric et de broc, et de soldats en capotes de l'armée soviétique, la clope au bec... (Salomé, FR-IT - 1985).

 salome 1986, claude d’anna  salome 1986, jo champa,

La Salomé de Claude D'Anna (1985), quoique distribuée par la Cannon, ne connut qu'une diffusion très confidentielle... Bienheureux les cinéphiles qui ont eu la chance de la voir. A droite : l'androgyne Jo Champa incarne Salomé

 

 salome 1986, gladiateurs

La version de Claude D'Anna a pour décor une civilisation uchronique, où évoluent notamment d'étranges gladiateurs...

... «la rédaction de ce drame fin 1891 ne saurait étonner a priori si on prend garde qu'elle a eu lieu en plein cœur de la période 1880-1900, et donc dans cette fin de siècle qui voyait triompher en France les mouvements décadents et symbolistes. Hérodiade et Salomé, en effet, ont été les héroïnes chéries des artistes d'alors.
Ces derniers sont las du réalisme et du naturalisme et ne le sont pas moins de l'époque qu'ils vivent, époque jugée plate et triviale parce qu'elle est celle du suffrage universel, de la vulgarité bourgeoise, de l'esprit de lucre, des idées «utilitaires». Pour eux, la réalité n'est que laideur. Ce sont des esthètes désenchantés que n'anime aucune espèce de foi, qu'elle soit patriotique, religieuse ou morale. La civilisation où ils vivent, estiment-ils, est sur son déclin, épuisée et exsangue, minée par la décomposition, menacée de mort»
(7).

Le poète de la décadence, Oscar Wilde en tira un drame fameux (1891-1892), écrit directement en français, mis en musique par Richard Strauss, et - depuis - maintes fois porté à l'écran. On se souviendra également de l'hiératique version de Carlos Saura, filmant les répétions d'une représentation théâtrale avec Aida Gomez (Salomé, 2002); également l'excellente version de Ken Russel où l'on voit O. Wilde, complètement déjanté, montant son œuvre avec la complicité des pensionnaires d'un bordel londonien (Salomé/Salome's Last Dance, 1985).

A noter que dans le roman de Félicien Champsaur, Le Crucifié (1930), biographie très ironique et irrévérencieuse du Christ, ce sera Hérodiade éprise de Jean qui séduit sans peine l'ascète lubrique dans son cachot. Transfert de Salomé d'après Wilde ?
Quant à Salomé chrétienne, il se peut que, pour bâtir sa fiction fantasmatique en diable, le romancier se soit abusivement inspiré d'un détail de L'évangile de Thomas (8). Il est question, en effet, au Logion 61, d'une Salomé qui devient disciple du Christ, dont elle partage la couche et la table. Salomé fut-elle une disciple très intime de Jésus, ou faut-il entendre par-là le lit, ou plus probablement le canapé des banquets romains, où l'on mangeait deux par deux ?
On sait en effet que le Christ ne dédaignait pas la fréquentation de pécheurs tels les publicains, qui étaient des Juifs hellénisés.

Archéologie du mythe

A noter que l'usage de faire danser nues des prostituées ou des esclaves pour agrémenter un banquet remonte à la nuit des temps; mais Salomé, justement, n'était ni l'une ni l'autre. Et les bonnes mœurs d'alors comme celles d'aujourd'hui voulaient qu'une princesse ou n'importe quelle jeune fille nubile de bonne famille dansât habillée du cou à la cheville. Remarquons que le texte grec du N.T. la qualifie de koraison, c'est-à-dire «petite fille prépubère», et aussi bien sa danse est une orxeomai, un «jeu d'enfant».(8a)

L'offre d'Hérode Antipas obnubilé par une irrépressible passion incestueuse d'offrir à la jeune fille «ce qu'elle voudra, même la moitié de son royaume» est un vieux thème des contes populaires, celui de la promesse imprudente. On la trouve fréquemment dans les légendes, notamment celtiques, mais aussi dans Le Livre d'Esther (Esth., 5 : 3 et 6; 7 : 2). Ce qui pourrait rattacher l'épisode néotestamentaire à une danse sacrée en l'honneur de la déesse Ishtar - dont Esther est l'avatar biblique (charmé par Esther qui a organisé un banquet [on ne nous dit pas si elle y dansa], le roi Assuérus lui tient cette promesse, sur quoi son hôtesse réclame l'exécution de son ministre félon, Haman).

La version 1952

Officiellement reconnue, donc, comme la première strip-teaseuse de l'imaginaire occidental, Salomé fut d'abord incarnée à l'écran par celle qui sera également la première «vamp» du cinéma, Theda Bara - Arab Death, une anagramme qui est tout un programme (Salomé, 1918) ! Pour William Dieterle, ce sera une enfant de la balle, la danseuse latino Margarita Cansino, mieux connue à Hollywood sous le nom de Rita Hayworth, qui va en 1952 reprendre le flambeau et, pour nous, esquissera quelques pas de danse respectueux du sacro-saint Code Hays...

salome 1952, code hays

Détail de l'affiche britannique. Le Code Hays proscrivait notamment le nombril féminin à l'écran. Le gus devait confondre avec autre chose, un peu plus bas : l'Enfer, «parce que Satan l'habite»...
mais à chacun son «truc», n'est-ce pas ?

En cette année 1952 donc, la 20th Century-Fox était entrée dans l'ère de l'écran large avec La Tunique et la Warner avec Le Calice d'argent. Pour la Columbia, ce sera Salomé. Hervé Dumont, qui lui consacre une copieuse notice dans son ouvrage de référence L'Antiquité au cinéma, note à ce propos : «Un ancien projet d'Orson Welles - annoncé en 1946 déjà, puis programmé en 1950 à Cinecittà - pour son ex-épouse Rita Hayworth, dans lequel il devait aussi interpréter Hérode aux côtés de Dolores Del Rio (Hérodiade, autre compagne de Welles), et Michael Redgrave (Jean-Baptiste). Mais le montage d'Othello prend du retard, et Welles renonce. La Columbia, qui a la resplendissante Miss Hayworth sous contrat, reprend l'affaire, marquant ainsi sa première incursion dans le film à grand spectacle en Technicolor. On entend relancer ainsi la carrière de la star, 35 ans, qui avait débuté comme danseuse après un intermède prolongé dans les mondanités extra-cinématographiques (le mariage très médiatisé avec le prince Ali Khan). Les extérieurs sont tournés en Israël, sur les rives du Jourdain, près des collines de Menahamieh et à Akko (Acre) avec le soutien des studios de Herzliya et GEVA à Tell-Aviv, puis en intérieurs aux ateliers Columbia de Gower Street à Hollywood.»
La production reçoit des pressions de toutes parts; le «Motion Pictures Projects», fondé en 1947, est soucieux de ce que le film ne donne pas au public une image dépréciative des Juifs, susceptible d'alimenter l'antisémitisme chrétien toujours latent : on gomme le Sanhédrin, on insiste sur le fait qu'Hérode Antipas n'était pas juif mais régnait sur ceux-ci comme un potentat étranger. Et il ne faut pas non plus donner un rôle négatif à la vedette, susceptible de ternir l'image de Rita Hayworth; elle dansera donc pour obtenir la grâce, non la condamnation de l'anachorète Jean (!).
Quant aux Romains - derrière lesquels, malgré tout, s'inscrit en filigrane la Ville Eternelle -, ils chercheront à tirer le prison Jean-le-Baptiste bien qu'il soit leur farouche opposant politique. Cette invraisemblance, une parmi d'autres, est facilitée par le fait que le beau centurion de service incarné par le sémillant Stewart Granger, s'était secrètement converti...

 

Analyse du DVD [par Francis Moury]

SALOMÉ [Salome]
William Dieterle (EU - 1953)

1 DVD-5 Zone 2 PAL édité le 07 octobre 2009 par Columbia, coll. «Columbia Classics»
Durée vidéo PAL du film : 98'35" - Image 1.37 4/3 Technicolor - Son Dolby Digital Mono 2.0

salome dvd salome dvd

Salomé, de William Dieterle : DVD français et DVD anglais

1) Image
Format d'origine respecté en 1.37 4/3 Technicolor. Copie chimique presque parfaitement restaurée et numérisation admirable : certains plans ont presque l'air en relief tant la définition est stupéfiante. Belle direction classique de la photographie et montage régulièrement spectaculaire.
Note : 9/10

2) Son
VOSTF et VF d'époque Dolby Digital Mono 2.0 : offre complète pour le cinéphile francophone. Autres langues disponibles : allemand, italien. Autres sous-titres disponibles : anglais, allemand, italien, grec, turc, arabe. VF d'époque en excellent état. Musique flamboyante de George Dunning et grande scène des sept voiles composée par Daniele Amfitheatrof, en partie inspirée par La Danse des sept voiles de l'opéra Salomé de Richard Strauss (1864-1949) composé d'après la pièce de théâtre d'Oscar Wilde, écrite en 1890, que Strauss et son ami Romain Rolland avaient traduite ensemble, et dont Sarah Bernhardt avait créé le rôle en 1892 (9). A noter que la pièce comme l'opéra reposent sur une histoire plus proche de celle mentionnée dans le Nouveau testament que l'histoire du film de Dieterle.
Note : 9/10

salome, william dieterle

3) Interactivité
Menu simple et fonctionnel, navigation aisée mais... absolument rien d'autre mis à part un chapitrage.

Résumé du scénario
An 30 après Jésus-Christ : la princesse Salomé avait été envoyée à Rome par sa mère, la reine Hérodiade, pour échapper à la corruption qui sévissait en Galilée. Elle en est bannie par l'empereur Tibère pour avoir voulu épouser un jeune chevalier romain. Sur la galère qui la ramène en Galilée, elle tombe amoureuse de Claudius, un centurion converti secrètement au christianisme et qui est l'adjoint du nouveau gouverneur romain Ponce Pilate. Claudius tente de protéger saint Jean-Baptiste de la colère d'Hérodiade à qui Jean ne cesse de reprocher publiquement sa mésalliance avec le roi Hérode, réticent à l'idée de faire mettre à mort un prophète. Il le fait jeter en prison. Claudius raconte, en présence de Salomé, à Jean-Baptiste sa rencontre avec le Christ puis prépare son évasion. Hérodiade comprend que le désir d'Hérode pour sa fille Salomé pourrait renverser la situation : elle demandera la tête de Jean-Baptiste en échange lors du prochain banquet. Salomé exécutera de son côté la " danse des sept voiles " dans l'espoir d'obtenir sa grâce...
Note : 0/10

salome, william dieterle

4) Critique
Tourné par William Dieterle entre le film noir Turning Point [Cran d'arrêt] (USA 1952) et le plastiquement beau film d'aventures Elephant Walk [La Piste des éléphants] (USA 1954), Salomé est un passionnant exemple d'adaptation par Hollywood d'un fait célèbre du Nouveau Testament en grand spectacle. Valeur philologique, historique vont de pair avec la grande beauté plastique et le soin méticuleux apporté au moindre détail. Et l'essentiel est pourtant changé mais d'une manière qui laisse une impression tout aussi forte que dans l'histoire rapportée.

Alors que Salomé est, dans les Evangiles, le simple instrument érotique d'un assassinat déterminé par sa propre mère, elle se convertit ici au christianisme et son innocence ne cesse de lui être restituée par le scénario, du début à la fin du film et d'une manière qui va crescendo. En somme, on lui accorde une personnalité autonome et vivante, capable de choix, d'évolution et elle est si bien écrite qu'on y croit sans peine. D'autant plus que la plupart des faits rapportés par les Evangiles relatifs à l'intrigue sont très scrupuleusement respectés, qu'ils soient filmés (la danse des sept voiles) narrés (le baptême de Jésus par Jean) ou encore modifiés mais d'origine exacte (Jean, en prison, envoya des messagers vers Jésus mais aucun d'eux n'était un centurion romain converti) selon les cas. Il suffit de deux ou trois idées novatrices pour bouleverser la psychologie des personnages et leur assise dans l'histoire religieuse comme dans l'histoire générale. La véritable reine Hérodiade ne se souciait probablement pas davantage de sa fille qui lui devait obéissance que de Jean Baptiste qui avait le tort à ses yeux de la vexer régulièrement en public. Ici Hérodiade est d'abord une reine-mère soucieuse de conserver la couronne... afin de pouvoir la transmettre à sa fille. Quelle transformation ! In extremis, après la décapitation, sa démente satisfaction laisse transparaître l'impression originelle qu'elle a toujours produite à la lecture des sources. Mais tout le reste du film contredit avec une surprenante originalité ce dernier instant. Hérode Antipas comme saint Jean-Baptiste sont pour leur part conformes aux traits qui les peignent. Aussi bien Jean Steinmann (10) que Daniel-Rops (11), s'accordent relativement à la psychologie, aux discours et à l'apparence physique de Jean-Baptiste. Ils s'accordent aussi relativement au Hérode incarné par Charles Laughton, qui croyait très probablement à la nature messianique de Jean-Baptiste et qui répugnait à son exécution. Restent à considérer historiquement les deux civilisations au sein desquelles naît le christianisme : la civilisation juive et la civilisation romaine. Le gouverneur romain Ponce Pilate est campé d'une belle manière, énergique mais lucide tandis que Claudius est plausible bien que un peu trop providentiel relativement à Salomé. Les conseillers d'Hérode mais surtout le Sanhédrin qu'il consulte au cours d'une séquence assez belle, demeurent fidèle à l'esprit pharisien qui s'opposait vivement à la genèse christique qu'avait préparée Jean-Baptiste d'une manière foncièrement opposée à leur propre attente.

Il faut noter enfin le thème de l'inceste redouté durant tout le film, et dont pourrait être victime, à mesure qu'elle prend conscience de sa situation, Salomé. La mort de Jean-Baptiste coïncide avec la sauvegarde de Salomé mais le thème lui-même est une sorte de contrepoint obsessionnel, durant tout le film, avec celui de l'avènement du Christ préparé par Jean-Baptiste. Pour une superproduction religieuse hollywoodienne de cette époque, l'ensemble est d'une virulence rare, supérieure encore à celle des péplums religieux de Cecil B.DeMille, déjà exploités avant 1953. Le scénario conserve non seulement une grande partie de l'esprit original des récits testamentaires mais encore un peu du sulfureux qui émanait de la pièce de théâtre d'Oscar Wilde traduite et adaptée en opéra par Richard Strauss vers 1890.

danse des 7 voiles danse de salome

Un mot enfin sur la séquence spectaculaire de la danse qui demeure le point nodal de la narration, celui vers lequel l'ensemble du suspense converge. On peut l'analyser un crayon à la main mais sa réalisation comme sa vision produisent un effet profondément supérieur à l'idée qu'on peut en avoir à partir de sa construction sur le papier ou d'un quelconque story-board. Elle est aujourd'hui devenue, outre le plaisir procuré par son efficacité au premier degré, un pur objet esthétique d'histoire du cinéma, fascinant par sa multidimensionnalité (on y mélange les danses, les temps et les civilisations en une seule séquence) et qui semble avoir traversé le scénario lui-même, en demeurant le secret accomplissement.

  Notes additionnelles sur les sources littéraires
Nous n'avons pas mentionné une source littéraire plus classique aux yeux d'un lecteur francophone, à savoir le remarquable «Hérodias» faisant partie des Trois contes (écrits de 1875 à 1877) de Gustave Flaubert car nous ne sommes pas certains que William Dieterle en ait eu connaissance. Peut-être le livre d'Hervé Dumont, William Dieterle, un humaniste au pays du cinéma, édité par la Cinémathèque française en collaboration avec le C.N.R.S en 2002 contient-il une information sur ce point ? Nous ne l'avons hélas jamais reçu en SP malgré notre demande à l'éditeur. Flaubert aussi avait pris certaines libertés avec les Evangiles et s'inquiétait, en outre, du résultat de l'alliage entre son érudition ahurissante et la simplicité testamentaire. Il fut, sans doute, rassuré par la lettre de Taine qui lui écrivait : «Hérodias est la Judée trente ans après J.-C., la Judée réelle», commente Edouard Maynial (12).

Nous n'avons pas mentionné non plus, pour les mêmes raisons, le poème symboliste et hermétique Hérodiade (§ 1. Ouverture - § 2. Scène - § 3. Cantique de saint Jean) que Stéphane Mallarmé composa de 1864 à 1867. L'idée plaisait tellement autour de lui que son maître Théodore de Banville lui demandait dans une lettre adressée le 31 mars 1865 de transformer son poème en «pièce poétique» pour la Comédie Française ! Son ami Eugène Lefébure - qui avait entrepris un peu avant Mallarmé de traduire les poésies d'Edgar Poe - lui signalait pour sa part, dans une lettre datée du 30 décembre 1864, qu'il était en train de lire une tragédie latine d'Hérodiade, contemporaine de Shakespeare et composée par un Anglais (Buchanan) pour le collège de Bordeaux. Il ajoutait : «Le sujet, naturellement, n'a aucun rapport avec le vôtre (...)». La troisième section du poème de Mallarmé est un monologue de saint Jean au moment même de sa décapitation. On ne résiste pas au plaisir de communiquer ce fragment d'un commentaire (13) de Charles Mauron, le fondateur de la psychocritique qui a publié plusieurs beaux livres sur Mallarmé : «L'idée essentielle du poëme [sic] fut évidemment suggérée à Mallarmé par le fait que la Saint-Jean correspond assez exactement au solstice d'été. Cette idée consiste en une simple métaphore qui met en parallèle d'une part la trajectoire du soleil, d'abord ascendante puis descendante, après une halte imperceptible... et d'autre part la trajectoire tracée par la tête de saint Jean au moment de la décollation» (14).
Note : 8/10

FRANCIS MOURY

 
salome au bain
 

Fiche technique [par Michel Eloy]

Salomé

Etats-Unis, 1952-1953

Prod. : Beckworth Corporation (un film Columbia) / Technicolor / 103' (15) ou 98'35"

Fiche technique
Réal. : William DIETERLE; Scén. : Harry KLEINER (Hist. : Jesse L. LASKY JR et Harry KLEINER - Dialogues : Harry KLEINER); Images : Charles LANG A.S.C. (Conseiller technique Technicolor : Francis CUGAT); Prod. : Buddy ADLER (Backworth Corporation Prod.); Assist. réal. : Earl BELLAMY; Dir. art. : John MEEHAN; Montage : Viola LAWRENCE A.C.E.; Décors : William KIERNAN; Conseiller technique religieux : Millard SHEETS; Robes par : Jean LOUIS; Costumes masculins : Emile SANTIAGO; Maq. : Clay CAMPBELL; Coiffure : Helen HUNT; Danses de Miss Rita Hayworth créées par : Valerie BETTIS; Directeur musical : Morris W. STOLOFF; Ingénieur du son : Lodge CUNNINGHAM; Orchestrations : Arthur MORTON; Chorale : Roger WAGNER; Danses orientales : SUJATA et ASOKA; Musique : George DUNING (Musique pour les danses : Daniele AMFITHEATROF).

Fiche artistique
Rita HAYWORTH (VF : Claire GUIBERT) (Salomé) - Stewart GRANGER (VF : Raymond ROGNONI) (Claudius) - Charles LAUGHTON (VF : Jean DAVY) (Hérode) - Judith ANDERSON (Hérodiade) - sir Cedric HARDWICKE (VF : Jean MARTINELLI) (Tibère) - Alan BADEL (VF : Roger RUDEL) (Jean-Baptiste) - Basil SYDNEY (VF : Louis ARBESSIER) (Ponce Pilate) - Maurice SCHWARTZ (VF : Marcel RAINE) (Ezra, conseiller d'Hérode Antipas) - Rex REASON (VF : Jacques THÉBAULT) (Marcellus Fabius) - Arnold MOSS (VF : Jean VIOLETTE) (Micha, conseiller de la reine Hérodiade) - Robert WARRWICK (messager) - Carmen D'ANTONIO (servante de Salomé) - Michael GRANGER (capitaine Quintus) - Karl «Killer» DAVID (maître des esclaves) - Joe SCHILLING (conseiller 1) - David WOLD (conseiller 2) - Ray BELTRAM (conseiller 3) - Joe SAWAYA (conseiller 4) - Anton NORTHPOLE (conseiller 5) - Carlo TRICOLI (conseiller 6) - Franz ROEHN (conseiller 7) - William MCCORMICK (conseiller 8) - Mickey SIMPSON (capitaine des gardes d'Hérode) - Eduardo CANSINO (garde romain) - Lou NOVA (bourreau) - Fred LETULI (danseur épée 1) - John WOOD (danseur épée 2) - William SPAETH (avaleur de feu) - Abel PINA (acrobate 1) - Jerry PINA (acrobate 2) - Henry PINA (acrobate 3) - Henry ESCALANTE (acrobate 4) - Gilbert MARQUES (acrobate 5) - Richard RIVAS (acrobate 6) - Miguel GUITIEREZ (acrobate 7) - Ramiro KIVAS (acrobate 8) - Ruben T. RIVAS (acrobate 9) - Hector URTIAGA (acrobate 10) - Duke JOHNSON (prestidigitateur) - Earl BROWN (soldat galiléen 1) - Bud COKES (soldat galiléen 2) - George KHOURY (assassin 1) - Leonard GEORGE (assassin 2) - Eva HYDE (servante d'Hérodiade) - Charles WAGENHEIM (Simon) - Italia DE NUBLIA (converti 1) - David AHDAR (converti 2) - Charles SOLDANI (converti 3) - Dimas SOTELLO (converti 4) - William WILKERSON (converti 5) - Mario LAMM (converti 6) - Tina MENARD (converti 7) - Leslie DENISON (serviteur de la cour); Henry DAR BOGGIA (politicien 1) - Michael COUZZI (politicien 2) - Bobker BEN ALI (politicien 3) - Don DE LEO (politicien 4) - John PARRISH (politicien 5) - Eddy FIELDS (politicien 6) - Robert GARABEDION (politicien 7) - Sam SCAR (politicien 8) - Tris COFFIN (garde 1) - Bruce CAMERON (garde 2) - John CRAWFORD (garde 3) - Michael MARK (vieux fermier) - David LEONARD (vieux lettré 1) - Maurice SAMUELS (vieux lettré 2) - Ralph Moody (vieux lettré 3) - Saul MARTELL (lettré dissident) - Paul HOFFMAN (patron du bateau) - Stanley WAXMAN (patricien) - Franz ROEHN (citadin 1) - Jack LOW (citadin 2) - Bert ROSE (citadin 3) - Tom HERNANDEZ (citadin 4) - Trevor WARD (aveugle) - Barry BROOKS (garde romain) - Roque BARRY (esclave) - George KEYMAS (marin 1) - Fred BEREST (marin 2) - Rick VALLIN (marin 3) - Carleton YOUNG (officier 1) - Guy KINGSFORD (officier 2).

DISTRIBUTION
INT/Columbia

salome salome, rita hayworth, stewart granger

Ciné-photoroman (Les Films pour Vous, ní 151, 4e an., 2 novembre 1959)
et film raconté (Film complet, ní 403, 19 mars 1953)

SCÉNARIO
Au temps du Christ, alors que le monde civilisé tout entier est sous la domination de Rome, la province de Galilée, en Terre Sainte, est gouvernée par le roi Hérode et par son intrigante épouse Hérodiade, femme divorcée du frère d'Hérode.
Tous deux vivent dans la crainte d'un prophète du nom de Jean-Baptiste dont les paroles contre «la reine adultère et le roi païen» trouvent auprès de la populace une audience de plus en plus large.

Hérodiade, qui redoute d'être détrônée, suggère inlassablement à Hérode de faire exécuter le prophète. Hérode, extrêmement superstitieux, craignant une prophétie qui promet une mort atroce au meurtrier du Messie, se refuse à obéir aux injonctions de sa femme.
C'est alors que la princesse Salomé, fille du premier mariage d'Hérodiade, revient de Rome, bannie par César parce que le neveu de l'Empereur, Marcellus, conquis par le charme de la princesse, a demandé à son oncle la permission de l'épouser. César a refusé d'autoriser cette union avec une princesse étrangère qui, à ses yeux, n'est qu'une barbare. Salomé avait quitté la Galilée, encore enfant, éloignée par sa mère qui craignait l'éclatante beauté de cette femme-enfant, déjà remarquée par Hérode.

Salomé, bannie, conçoit une haine irréductible pour les Romains, Marcellus ayant refusé de s'enfuir avec elle. Pendant le voyage de retour vers la Galilée, la fière princesse Salomé reporte son dépit sur le beau Claudius, jeune aristocrate romain secrètement converti aux enseignements de Jean-Baptiste.
Claudius regagne son poste de commandement en Galilée. Avant même d'être arrivé au château d'Hérode, il est amoureux de Salomé : sentiment qu'il s'efforce de cacher à son chef direct, Ponce Pilate, gouverneur en Terre Sainte.

salome 1952

Pavé de presse allemand

Lorsque Salomé voit sa mère terrorisée par les prédications de Jean-Baptiste et de ses disciples, elle s'efforce d'accroître son empire sur Claudius afin de l'amener à se saisir du prophète, sans autre résultat cependant que de plonger le jeune Romain dans une grande colère.
En désespoir de cause, Hérodiade et son âme damnée, Micha, dressent un plan pour l'assassinat de Jean. Bien que ces sombres projets soient finalement contrecarrés grâce à Claudius, Hérode est effrayé à un tel point qu'il ordonne l'arrestation de Jean pour trahison, afin de le soustraire aux assassins soudoyés par sa femme. Mais cet acte est désapprouvé par son conseiller Ezra.

Alors que les disciples de Jean s'assemblent en manifestant un vif mécontentement devant les grilles du palais, la reine, au désespoir, et croyant sa vie en danger, demande à Salomé de danser devant Hérode et de céder à son désir pour obtenir du roi la tête du prophète.
Révoltée et désillusionnée, Salomé trouve un réconfort moral auprès de Claudius qui revient de Jérusalem où il s'est efforcé, sans succès, de plaider devant Ponce Pilate la cause de Jean. Claudius descend avec Salomé auprès de Jean, dans son cachot, et leur annonce à tous deux qu'il a rencontré un homme, un charpentier du nom de Jésus, né à Nazareth, qui guérissait les estropiés, les boiteux, les aveugles, et qui avait ressuscité un homme du nom de Lazare, quatre jours après sa mort. Jean dit alors qu'enfin le Messie est arrivé.

Sachant qu'Hérode n'hésiterait pas à faire exécuter Jean lorsqu'il apprendrait l'existence du nouveau Messie, Salomé décide de danser sa «danse des sept voiles» devant le roi, dans l'espoir d'obtenir la libération du prophète sans avoir à céder aux instances d'Hérode.
Un somptueux banquet donné en l'honneur de l'anniversaire d'Hérode se déroule lorsque Salomé commence à danser. Le roi est sous l'emprise du charme sensuel de cette danse, et Hérodiade - ayant pressenti un changement dans le cœur de Salomé -, dit au roi que la jeune femme lui appartiendra en échange de la tête de Jean-Baptiste.

herode et salome, charles laughton
 
herode et herodiade, charles laughton

Hérode, partagé entre sa peur devant la mort et le désir qu'il éprouve pour Salomé, hésite entre ces deux sentiments jusqu'au moment où le sixième voile tombant aux pieds de la tournoyante danseuse, il accorde à Hérodiade la tête de Jean-Baptiste.
Pendant ce temps, Claudius et ses légionnaires ont réussi à libérer Jean de sa prison, mais avant qu'ils ne puissent fuir hors du château, Jean est capturé par les soldats d'Hérode.

Salomé est immobile devant le trône royal, ses doigts se portent vers l'agrafe du dernier voile. Elle est sur le point de demander la liberté pour Jean, lorsqu'un cri d'horreur jaillit dans la salle du festin : un bourreau arrive, portant sur un plateau d'argent la tête de Jean-Baptiste.
Une immense lamentation s'élève de la foule qui attend devant les portes du palais. Lorsque Claudius, survivant à son combat, la rejoint, Salomé accuse sa mère d'être une vile meurtrière qui mérite d'endurer mille morts. Claudius fustige, lui aussi, le roi et la reine, puis il sort du palais avec Salomé.

Hérodiade demeure impassible devant ces événements, n'ayant pour seul et unique souci que la sauvegarde du trône. Mais Hérode, prenant enfin l'exacte mesure de son crime s'enfuit hors de la salle du festin, tremblant et gémissant, pour rejoindre, terrorisé, Ezra qui, auprès d'une baie, prie pour Jean-Baptiste.
La dernière image représente les pentes d'une colline où le peuple écoute dans l'extase le Christ prêchant. Parmi cette foule qui écoute, se tiennent debout, la main dans la main, Salomé et Claudius.

sermon sur la montagne, jesus-christ
 

salome, rita hayworth, stewart granger, charles laughton

Pavé de presse belge

 

Filmographie de Salomé

  • Salomé / Tanz der Salome (Oskar MESSTER, AL - 1902)
  • Salomé (prod. Gaumont, FR - 1907)
  • Salome (American Mutoscope & Biograph, EU - 1907)
  • Great Salome Dance (The) (prod. Walter Tyler, GB - 1908)
  • Salome or the Dance of the Seven Veils (James Stuart BLACKTON, EU - 1908). Florence LAWRENCE : Salomé
  • Salomé (Albert CAPELLANI, FR - 1908). Stacia NAPIERKOWSKA : Salomé
  • Salomé / L'inconsciente Salomé (Louis FEUILLADE, FR - 1908 ?); Renée CARL : Salomé
  • Salomé (Ugo FALENA, Italie-France - 1910). Vittoria LEPANTO : Salomé
  • Hérodiade (Victorin JASSET & Georges HATOT, FR - 1910). Marie VENTURA : Salomé
  • Hérodiade [Erodiade / Salomè] (Oreste MENTASTI, IT - 1912). Suzanne de LABROY : Salomé
  • Herod / John the Baptist (Theo FRENKEL (= Th. BOUWMEESTER), GB - 1912). Julie MEIJER : Salomé
  • Christus (comte Giulio De ANTAMORO, Ignazio LUPI & Enrico GUAZZONI, IT - 1916). Lina De CHIESA : Salomé
  • Fille d'Hérodiade (La) [Figlia di Erodiade (La)] (Ugo FALENA, IT-FR - 1916). Stacia NAPIERKOWSKA : Salomé / princesse Piya
  • Salomé contre Shenandoah [parodie] (Mack SENNET, Etats-Unis - 1917). Phyllis HAVER : Salomé
  • Salomé (J. Gordon EDWARDS, Etats-Unis - 1918). Theda BARA : Salomé
 
 
  • Rédemption de Marie Madeleine (La) / Redenzione di Maria di Magdala (La) / Redenzione (Carmine GALLONE, IT - 1919). Pépa BONAFÉ : Salomé
  • A Modern Salome (Léonce PERRET, EU - 1920). Hope HAMPTON : Salomé
  • Salome (Malcolm STRAUSS, EU - 1923). Diana ALLEN : Salomé
  • Salome (Charles BRYANT, EU - 1923). Alla NAZIMOVA : Salomé
  • Berceau de Dieu (Le) [épisode] (Fred LEROY-GRANVILLE, FR - 1926). Stacia NAPIERKOWSKA : Salomé
  • Amours de Salomé (Les) / Naissance de Salomé (La) [Amori di Salomè (Gli) / Nascita di Salomè (La)] (Jean CHOUX, Italie-Espagne - 1940). Maria GOMEZ : Salomé / Conchita MONTENEGRO : Dalia, fausse Salomé
  • Salomé (William DIETERLE, Etats-Unis - 1952-1953). Rita HAYWORTH : Salomé
  • Malika Salomi (Mohamed HUSSEIN, Inde ? - 1953)
  • Salomé [captation de l'opéra de Richard Strauss] (Samuel CHOTZINOFF (th), Kirk BROWNING (TV), Peter Herman ADLER (dir. musicale), EU - 1954). Elaine MALBIN : Salomé et Carmen GUTTIEREZ : Salomé dansante
  • Salome [tv] (prod. CBS «Omnibus», EU - 1955). Eartha KITT : Salomé
  • Roi des rois (Le) [King of Kings] (Nicholas RAY, EU - 1961). Brigid BALZEN : Salomé
  • Evangile selon Saint Mathieu (L') [Il Vangelo secondo Matteo] (Pier Paolo PASOLINI, IT-FR - 1964). Paola TEDESCO : Salomé
  • Prophète Jean Baptiste (Le) [t/trad.] [Yahya Peygamber] (Hüseyin PEYDA, Turquie - 1965)
  • Herodes und Marianne (TV) (Wilhelm SEMMELROTH, AL - 1965). Marlene RIPHAHN : Salomé
  • Saint Jean-Baptiste sur la voie de Dieu [Hak Yolunda Hazreti Yahya] (Muharrem GÜRSES, Turquie - 1965). Sevda FERDAG, Salomé
  • Nascita de Salomè (La) (Guglielmo MORANDI, Italie - 1967). Ave NINCHI : Salomé / Ombretta De CARO : Dalila, fausse Salomé
  • Salomé (TV) (Pierre KORALNIK, France - 1969). Ludmilla TCHERINA : Salomé
  • Salomé (Rafael GASSENT, SP - 1970)
  • Salomé (Werner SCHROETER, RFA - 1971 (1988)). Mascha ELM-RABBEN : Salomé
  • Salomé (Clive BARKER, EU - 1973). Anne TAYLOR : Salomé
  • Salomé [captation de l'opéra de Richard Strauss] (Götz FRIEDRICH, Karl BÖHM (dir. musicale), Autriche - 1974). Teresa STRATAS : Salomé
  • Salomé (Carmelo BENE, Italie - 1972). VERUSCHKA : Salomé
  • Messie (Le) [Il Messia] (Roberto ROSSELLINI, IT-FR - 1975). Cosetta PICHETTI : Salomé
  • Jésus de Nazareth [Gesù di Nazareth / Jesus of Nazareth] (Franco ZEFFIRELLI, IT-GB-EU - 1977). Isabel MESTRES : Salomé
  • Salomé [captation de l'opéra de Richard Strauss] (Teatro de la Zarzuela-House of Opera, Julius RUDEL (dir. musicale), Espagne - 1979). Monserrat CABALLÉ : Salomé
  • Nativity (The) [tv] (Bernard L. KOWALSKI, EU - 1978). Kate O'MARA : Salomé
  • Salomé (Claude D'ANNA, France-Italie - 1985). Jo CHAMPA : Salomé
  • Hérodiade [captation de l'opéra de Jules Massenet] (Gran Teatro de Liceu (TV), SP - 1985). Montserrat CABALLÉ : Salomé
  • Secondo Ponzio Pilato (Luigi MAGNI, IT - 1987). Rita CAPOBIANCO : Salomé
  • Salomé [Salome's Last Dance] (Ken RUSSEL, Grande-Bretagne - 1988). Imogen MILLAIS-SCOTT : Salomé/Rose
  • Salomé [captation de l'opéra de Richard Strauss] (Petr WEIGL (th), Brian LARGE (TV), Giuseppe SINOPOLI (dir. musicale), AL - 1990). Catherine MALFITANO : Salomé
  • Salomé [captation de l'opéra de Richard Strauss] (Peter HALL (th), Derek BAILEY (TV), sir Edward DOWNES (dir. musicale), GB - 1992). Maria EWING : Salomé
  • Salomé [captation de l'opéra de Richard Strauss] (Harry KUPFER (th), Jellie DEKKER (TV), Edo de WAART (dir. musicale), NL - 1994). Josephine BARSTOW : Salomé
  • Hérodiade [captation de l'opéra de Jules Massenet] (Lofti MANSOURI (TV), Valery GERGIEV (dir. musicale), EU - 1994). Renée FLEMING : Salomé
  • Marie de Nazareth (Jean DELANNOY, France-Maroc - 1995). Nezha ZAKARIA : Salomé
  • Salomé [captation de l'opéra de Richard Strauss] (Luc BONDY (th), Hans HULSCHER (TV), Christoph von DOHNÁNYI (dir. musicale), GB - 1995). Catherine MALFITANO : Salomé
  • Jésus - La Bible [tv] (Roger YOUNG, EU-IT-AL-FR-GB - 1999). Gabriella PESSION : Salomé
  • Cross (The) (Lance TRACY (TV), EU - 2001). Loretta SHENOSKY : Salomé
  • Salomé (Carlos SAURA, Espagne - 2002). Aída GÓMEZ : Salomé
  • Salomé (3') (Andrew BELLWARE, EU - 2004). Melissa RIKER : Salomé
  • Salomé [captation de l'opéra de Richard Strauss] (Luc BONDY (th), Daniel HARDING (dir. musicale), IT - 2007). Nadja MICHAEL : Salomé
  • Salomé [captation de l'opéra de Richard Strauss] (David McVICAR (th), Jonathan HASWELL (TV), Philipps JORDAN (dir. musicale), GB - 2008). Nadja MICHAEL : Salomé
  • Visages [Salomé, t/trav.] (Ming-liang TSAI, Taïwan-BE-NL-FR - 2009). Laetitia CASTA : la vedette/Salomé
 
salome, ken russell salome, carlos saura

VHS de la Salomé de Ken Russel (1992) et DVD de celle de Carlos Saura (2002)

 

Curiosa

  • Amours de Salomé (Les) [Salome, where She danced] (Charles LAMONT, Etats-Unis - 1945). Yvonne DE CARLO : Anna-Marie/Salomé
  • Concile d'amour [Liebes Konzil] (Werner SCHROETER, Allemagne - 1981). Dagmar ABERLE : Salomé 1 & Susanna GOIHL : Salomé 2
  • Salomé (Laurice GUILLEN, Philippines - 1981). Gina ALAJAR : Salomé [version contemporaine avec flash-backs - la version philippine de Rashomon d'Akira Kurosawa !]

NOTES :

(1) C'est par cette réflexion du capitaine des gardes Narraboth, amoureux transi, que démarre la pièce d'Oscar Wilde, Salomé. Ecrite en français, elle ne sera traduite en anglais que trois ans plus tard (1894). En 1905, Richard Strauss en fera un opéra, le livret étant traduit en allemand par Hedwig Lachmann. Pour la juxta allemand-français, cf. «Strauss - Salomé», L'Avant-scène Opéra, ní 47-48, janvier-février 1983. - Retour texte

(2) A noter que Flavius Josèphe ne mentionne aucunement la danse de Salomé, fille d'Hérodiade, mais seulement ses mariages successifs avec Hérode Philippe II, Tétrarque de Trachonitide, puis Aristobule de Chalcis, et la postérité qu'elle donna à ce dernier. - Retour texte

(3) Ciné-photoroman : Salomé, Les films pour vous, ní 151, 02.11.1959.
Il existe par ailleurs une novelisation du film : Ralph ANDERSON, Salomé, André Martel, coll. Histoires de l'Ecran, 1953.
Dans le sillage du film sortira encore : VIERECK & ELDRIDGE, Salome, My First 2,000 Years of Love, Ace Books (= Abridged edition), version féminine du thème du Juif errant. - Retour texte

(4) Wilde a beaucoup rajouté au succinct texte biblique, qui disait seulement que pour obéir à sa mère désireuse de réduire au silence le prophète qui dénonçait ses turpitudes, elle avait séduit le roi par sa danse, et obtenu de lui la tête de Jean le Baptiste.
Chez Wilde, elle est amoureuse de Jean le Baptiste, qu'elle vient trouver dans sa geôle sous prétexte d'obtenir qu'il cessât d'accabler sa mère. Le saint homme ayant repoussé ses avances, elle obtient - de la manière que l'on sait - son exécution. Sa propre condamnation à mort rappelle celle de Tarpéia, qui par amour pour le roi ennemi, Titus Tatius, avait trahi son propre père et livré le Capitole «pour le salaire de ce que ses soldats portaient au poignet gauche». La jeune fille songeait aux bracelets d'or des guerriers sabins; la traîtresse les reçut effectivement... au visage, et avec eux leurs boucliers sous lesquels elle périt étouffée...
S'il est le plus célèbre élaborateur du personnage de Salomé, Wilde n'en fut pas pour autant le premier. Il a repris nombre de détails adventices; épinglons, par exemple, l'épisode qui a inspiré à Stendahl le dénouement de Le Rouge et le Noir (1830), roman publié soixante ans avant le drame composé par Wilde - mais qui se trouvait déjà, notamment, chez Henrich Heine dans Atta Troll, ein Sommernachtstraum (1847). - Retour texte

(5) JACQUES DE VORAGINE, «La décollation de saint Jean-Baptiste», III, in La légende dorée, Garnier-Flammarion, nís 132-133, 1967, t. 2, p. 160. - Retour texte

(6) Cf. Jean SELZ, Gustave Moreau, Flammarion, 1978, 96 p. - Retour texte

(7) Jean-Michel BRÈQUE, «La Salomé d'Oscar Wilde», in L'Avant-scène Opera, op. cit., p. 24. - Retour texte

(8) L'évangile de Thomas, trad. & comm. Jean-Yves LELOUP, Albin Michel, coll. Spiritualités vivantes, ní 61, pp. 31, 166-167. - Retour texte

(8a) Salomé était-elle une enfant ? Le frondeur Robert Ambelain est d'un autre avis :

“Hérode le Grand mourut en l'an 5 avant notre ère. A sa mort, survenue au mois de Nisan (21 mars-21 avril), Archélaüs, son fils aîné, s'embarque pour Rome afin de faire entériner par l'empereur Auguste son élévation au trône de Judée. Son frère Hérode Antipas en fait autant, mais dans l'intention contraire. A leur retour de Rome, ce dernier décidera Hérodiade, femme de leur autre frère, Hérode Philippe, à venir vivre maritalement avec lui, ainsi que sa fille Salomé, qu'Hérodiade a eue de son époux Hérode Philippe. Cette décision d'Hérodiade se situe, selon Flavius Josèphe (Antiquités Judaïques : XVIII, V, 136), peu après la naissance de Salomé.
Par conséquent, en l'an 5 avant notre ère, ladite Salomé est déjà au monde, et elle a environ une année d'âge. La mort du Baptiste se situant en mars de l'an 32 de notre ère, à cette date, Salomé aura donc (5 + 32) au moins trente-sept ans.
L'histoire, rapportée fidèlement par Flavius Josèphe en ses « Antiquités Judaïques », (XVIII, V, 137), nous dit qu'elle avait d'abord épousé son cousin Philippe, fils d'Hérode Antipas, ce dernier étant à la fois son oncle naturel et (par son union avec Hérodiade) son beau-père.
Philippe Antipas étant mort sans laisser de postérité de cette union avec Salomé, elle se remaria, avec Aristobule, frère d'Agrippa.
De cette seconde union, Salomé eut trois fils : Hérode, Agrippa, et Aristobule. Le temps passera, et à la mort de Jésus, Salomé aura environ quarante ans.
Et ici, nous poserons le problème de la véracité des Évangiles canoniques quant à la cause réelle de la mort du Baptiste.
Hérode Antipas, en son palais de Tibériade, donne une grande fête. En ce banquet, à ses côtés, il a Hérodiade, la femme tendrement aimée. Et aussi sans doute Salomé, et son époux d'alors, qui est probablement Aristobule, si elle a été pour la première fois mariée à quinze ans avec Philippe, l'époux défunt, soit vers l'an 10 de notre ère. Près d'eux, autour de la grande table en fer à cheval
du banquet antique, sont les grands-officiers d'Hérode Antipas, sa cour.
Quelle plausibilité y a-t-il à ce que le tétrarque iduméen demande à Salomé, mère de famille, devant son époux, de danser ?
En Orient, à cette époque, on ne danse pas, comme de nos jours dans les dancings d'Occident, « entre soi » et « pour soi ». Il y a des danseuses, dont c'est le métier, et un métier fort décrié. Et demander à sa belle-fille, qui est en même temps sa nièce, de se livrer à des entrechats suggestifs, sous les yeux de son époux, et devant toute la cour, est chose impensable ; ce serait leur faire injure grave à tous deux. D'autant qu'il s'agit d'une femme déjà âgée de trente-sept ans, et qui, en Orient, et compte tenu de l'époque, doit être la victime d'un empâtement précoce.
Quelle plausibilité y a-t-il également à ce que le tétrarque iduméen offre en récompense de satisfaire n'importe lequel des désirs de Salomé, quand cela serait la moitié de son royaume, nous dit l'évangile de Marc (VI, 23) ? Il faudrait qu'Hérode Antipas, si passionné de son pouvoir et de l'agrandissement de son domaine, ait perdu l'esprit.
Quant à transférer le problème au bénéfice d'Hérodiade, laquelle a environ cinquante ans à cette époque, l'hypothèse est exclue ! On ne fait pas danser en public son épouse, surtout si elle est âgée d'un demi-siècle, et on n'offre pas la moitié de son royaume à celle qui règne déjà, conjointement avec vous, sur la totalité de vos domaines.
Alors ? Alors, concluons simplement que Hérode Antipas a fait arrêter Jean Baptiste, et l'a fait emprisonner au loin, à Machéronte, dans le désert de Moab, pour lui retirer toute influence sur la population juive. Et il l'a fait décapiter au bout d'une année, en cette même forteresse de Machéronte, lorsque les activités zélotes, conduites par Jésus, chef de ce mouvement, ont commencé à prendre une ampleur dangereuse. Ce ne fut qu'une simple et impitoyable mesure de prudence, mais ni Hérodiade ni Salomé n'y sont pour rien. Ce qui explique que les pères de l'Église déjà cités aient ignoré la fameuse « danse de Salomé », épisode à rejeter ait domaine des légendes, au même titre que les disciples autorisés à séjourner pendant une année dans l'ombre de la forteresse, sans ravitaillement et sans eau, puis à recevoir et emporter la tête du prophète décapité, et cela à plus de cent kilomètres de là."
(Robert AMBELAIN, Jésus ou le mortel secret des Templiers, Robert Laffont, 1970 - Chap. 13)
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(9) Nous devons ces renseignements à la notice érudite du musicologue Marcel Marnat imprimée sur notre disque Phillips, coll. «Invitation à la musique», contenant une anthologie de quelques-uns des plus célèbres fragments symphoniques de Richard Strauss, dirigés par Antal Dorati et Paul Paray (note F. Moury). - Retour texte

(10) J. STEINMANN, St. Jean-Baptiste et la spiritualité du désert, éd. du Seuil, coll. «Maîtres spirituels», Paris, 1955 (note F. Moury). - Retour texte

(11) DANIEL-ROPS, Jésus en son temps, éd. A. Fayard, coll. «Les grandes études historiques», Paris, 1957 (note F. Moury). - Retour texte

(12) E. Maynial en introduction à son édition des Trois contes, éd. Classiques Garnier, Paris, 1950 (note F. Moury). - Retour texte

(13) Cité op. cit. infra, p. 1447 (note F. Moury). - Retour texte

(14) Cf. Stéphane MALLARMÉ, Œuvres complètes, éd. Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, texte établi et annoté par Henri Mondor & G.-Jean Aubry, Paris 1945-1974, pp. 1440-1448 (note F. Moury). - Retour texte

(15) Selon Gary A. SMITH, Epic Films, McFarland, 1991 & Hervé DUMONT, L'Antiquité au cinéma, Nouveau Monde, 2009. - Retour texte