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ALIX SENATOR
1. Les Aigles de Sang
2. Le Dernier Pharaon

Valérie Mangin (sc.) & Thierry Démarez (d.)

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De l'injure du temps l'irréparable outrage...

Introduction
Genèse d'une BD
Deux meurtres suspects
Biographies
Critiques

Sur cette page :

Appendice A : Flamen Dialis - Une sinécure

Appendice B : Laticlaves et angusticlaves

Introduction

1. Laticlave

2. Angusticlave

3. Pour être complet

1) De la couleur pourpre
2) Du bon usage
           a) La ceinture
           b) L'âge

4. En manière de conclusion

Appendice C : Le comité et la charte «Martin»

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Appendice D : Les Chroniques de l'Antiquité galactique

Le Fléau des Dieux
Le Dernier Troyen
La Guerre des Dieux
Imperator
Jeanne d'Arc

 

APPENDICE A
Flamen Dialis - Une sinécure

En lisant Alix Senator, on peut s'étonner, planche 6, d'entendre un augure déclarer à Auguste, à propos du Flamen Dialis : «Ton grand-oncle Jules César, au temps où il était Grand Pontife, s'était inquiété de la situation. (...) D'ailleurs il avait lui-même essayé de se faire nommer à ce sacerdoce dans sa jeunesse» (1). Une affirmation qui ne pouvait qu'interpeller quiconque s'intéresse peu ou prou à l'Histoire romaine - d'autant qu'au moment des avant-premières dans Casemate, le lecteur ne pouvait connaître la trame concoctée par Valérie Mangin. Il ignore donc que tout le pitch de l'album va, précisément, graviter autour de ce sacerdoce dont le dernier représentant avait - à l'époque d'Alix - été Lucius Cornelius Merula.

Les tabous des prêtres

Par souci de clarté, rappelons qu'il n'y avait pas, à Rome, de prêtres au sens où nous l'entendons dans le christianisme, c'est-à-dire des individus rompus à toutes les subtilités de la théologie et sa dialectique, dévoués à leurs paroissiens et célébrant des sacrements qui n'existaient de toute façon pas (point de baptêmes, confessions, extrêmes-onctions dans la religion romaine, pas même de mariage qui est une cérémonie privée [2]).

Membres de divers collèges, les prêtres romains sont des magistrats choisis par cooptation. Chaque Flamine est attaché au culte d'une divinité spécifique. Il y avait trois Flamines majeurs, tous patriciens (Flamen Dialis [Jupiter], Martialis [Mars], Quirinalis [Quirinus, c'est-à-dire Romulus divinisé]), et douze Flamines mineurs desservant les divinités secondaires. À côté de ces Flamines, nous avons donc d'autres collèges tels les Saliens, instaurés par le roi Numa Pompilius et également dévoués à Mars Gravidus («Celui qui progresse»[3]). Sur le Palatin où ils ont établi leur Collège, ils gardent les douze boucliers du dieu, en l'honneur de qui ils dansent la pyrrhique (4), d'où leur nom de Saliens, les «sauteurs». Autre confrérie, les Luperques : adorateurs de Pan, ils flagelent avec de sanglantes lanières de peau de bouc fraîchement écorché toutes les femmes désireuses de concevoir un enfant. Il y a encore les Arvales, adorateurs de Dea Dia, déesse agraire, tombés en désuétude à la fin de la République mais rétablis par Auguste; les Galles, sectateurs de Cybèle, la Grande-Mère des Dieux, réputés pour leurs débauches; et enfin les Pinarii et les Potitii qui sont en fait deux gens descendant du roi Evandre, qui entretiennent le culte d'Hercule. Côté féminin, il y a les six Vestales, gardiennes du feu sacré de Vesta, mais aussi du palladium et... des testaments.

Comme les prêtres chrétiens, ils sont soumis à certains tabous tel le célibat pour les catholiques - depuis le XIe s. du moins (5) -, sauf que chez les Romains, c'était plutôt l'inverse; en règle générale, ils devaient obligatoirement être mariés.
Tacite nous dit que lorsque dans la forêt de Teutberg le proconsul Germanicus retrouva le charnier des trois légions exterminées par Arminius, il leur fit donner par ses soldats une sépulture; mais lui-même, «étant revêtu de la puissance augurale», dut [ou aurait dû] se tenir soigneusement à l'écart car il lui était interdit de toucher aux morts et aux objets funèbres (6) (TAC., An., I, 62). Apparemment ce tabou ne devait pas lui interdire de tuer des vivants - moralement, sinon physiquement - puisqu'il était à ce moment le chef d'une armée en guerre. Quoique membre du même collège des Augures, Publius Crassus accompagna son père à la guerre contre les Parthes et, à Carrhæ, trouva la mort en chargeant à la tête de sa cavalerie de mercenaires gaulois. De même Marc Antoine, lui aussi membre du collège des augures depuis 50 (G.G., VIII, 50), ne s'interdit pas de faire la guerre aux assassins de César, et même - de ses propres mains - recouvrir de son manteau d'imperator le cadavre de Brutus, suicidé à Philippes.

alix senator, jupiter capitolin

Jupiter Capitolin - Iovi Optimo Maximo (Jupiter Très Bon et très Grand) (© Casterman éd.)

En ce qui concerne le prêtre de Jupiter, c'est-à-dire le Flamen Dialis, on a dit de ce grand prêtre qu'il «était pratiquement exclu de la vie politique parce que les obligations et interdits de sa charge étaient presque totalement incompatibles avec ceux de la magistrature» (7).

Son office était exclusivement réservé aux patriciens. Le Flamen Dialis «devait toujours être prêt à offrir le sacrifice, donc être 'pur'» (Eb. Horst [8]). Il était donc soumis à un «bon nombre de pratiques rituelles qui ne devaient guère interférer avec l'activité politique et qui nous paraissent parfois bien curieuses parce qu'on n'en saisit plus le sens» (François Hinard[9]) : en toute saison, il ne peut paraître en public que revêtu d'une épaisse et lourde toge prétexte, la læna - faite d'une laine tissée par sa femme - et coiffé de l'albogalerus, un extravagant bonnet ou passe-montagne de fourrure, taillé dans la peau d'une blanche victime immolée à Jupiter, avec en son sommet (apex) une espèce de tige pointue, de bois d'olivier, enveloppée, telle une bobine, d'un fil de laine dont le bout flottait au gré du vent (10). Appien précise que le «Flamen Dialis, avait le privilège unique d'être continuellement couvert de son chapeau, tandis que les autres prêtres ne pouvaient le porter que pendant la durée des cérémonies» (APP., Hist. G. civ., I, 8. 65).

Les pieds de son sommier doivent être enduits d'une légère couche de boue; il ne peut dormir hors de chez lui trois nuits consécutives.
Il lui est interdit de monter à cheval ou d'avoir des contacts d'aucune sorte avec de nombreux objets, plantes ou animaux; il ne doit pas consommer d'aliments ou boissons fermentés; ni pénétrer dans un lieu où l'on incinère un défunt, encore moins toucher un cadavre; ni poser ses yeux sur une arme ou simplement voir défiler une troupe de légionnaires.
Seul un homme de condition libre peut lui couper les cheveux; encore faut-il que celui-ci utilise un lame en bronze, à l'exclusion d'aucun autre métal.
Il ne doit pas porter d'anneau au doigt, sauf si celui-ci est ajouré et creux; rien ne doit entraver sa liberté de mouvements et il ne peut porter sur lui la moindre petite chaînette; aucun nœud ne peut retenir ses vêtements, seules des agrafes sont autorisées.

«Mais ce qui devait surtout rendre les jeunes Romains circonspects, c'est l'obligation imposée au Flamen Dialis de rester sa vie durant 'l'homme d'une seule femme', et, chose plus grave encore, il devait renoncer à l'exercice de toute fonction publique autre que la sienne» (Gérard Walter [11]).

Du Flaminat de Jupiter comme manipulation politique

Il s'agit d'un épisode de la guerre civile qui opposait les partisans du populare Marius à ceux des optimates dirigés par Sylla. En 87, le proconsul Sylla étant parti combattre Mithridate en Asie, cette même année le consul Cinna voulut rappeler Marius de son exil à Carthage - contre l'avis de son collègue Cn. Octavius. «Devant cette situation, Octauius, avec l'assentiment du sénat, fit voter l'assemblée des comices centuriates pour destituer Cinna de son consulat, parce qu'il avait suscité des troubles très graves, parce qu'il avait appelé à la subversion en incitant des esclaves à la révolte, parce qu'il avait quitté Rome et déserté son poste, note F. Hinard. Et pour que cette mesure ait tout son sens, il fit élire un consul suffect, c'est-à-dire un suppléant. L'assemblée désigna Lucius Cornelius Merula, qui avait la particularité d'être flamine de Jupiter» (12). L. Cornelius Merula, l'homme dont le fantôme va hanter Alix Senator !

Chassé de Rome par le Sénat, Cinna y revient avec Marius, Papirius Carbo et Q. Sertorius, et assiège la ville qu'il réduit par la famine. L'ayant finalement prise à l'issue de la bataille de la Porte Colline, Cinna et Marius la livrent à la fureur de leurs troupes italiques, qui se vengent ainsi de leur récente défaite à l'issue de la «guerre sociale» (90-88). Déversant un bain de sang qui va creuser les rangs des optimates. «Cependant [le Sénat] était dans un très grand embarras. Il trouvait très dur de dépouiller du consulat Lucius Merula, le grand-prêtre de Jupiter, qui avait remplacé Cinna, et qui n'avait encouru aucun reproche durant sa magistrature. Mais, épouvanté d'ailleurs par les maux qui le menaçaient, il [le Sénat] envoya une nouvelle députation à Cinna, chargée de reconnaître son titre de consul» (APP., Hist. G. civ., I, 8. 70). Voyant que Marius s'était institué co-consul avec son ami Cinna, le prudent L. Cornelius Merula - qui, rappelons-le, est du parti adverse - se démet volontairement de sa charge en faveur du chef populiste. «Des accusateurs furent apostés contre Merula, le grand-prêtre de Jupiter, à qui on en voulait, parce qu'il avait remplacé Cinna» (APP., Hist. G. civ., I, 8. 70).
Alors Merula, «qui s'était démis de son consulat peu avant l'arrivée de Cinna, (...) s'ouvrit les veines, en répandit le sang sur les autels, invoqua une dernière fois les dieux qu'il avait souvent invoqués, comme prêtre de Jupiter, pour le salut de la patrie, leur demanda de maudire Cinna et son parti et mit fin à une vie qui avait si bien servi l'État» (PÆTERC., Hist. rom., II, 22). «Merula s'ouvrit lui-même les veines, et son testament de mort apprit qu'avant que de le faire il avait quitté son chapeau; car il était défendu par la loi de mourir dans ce sacerdoce avec le chapeau sur la tête» (APP., Hist. G. civ., I, 8. 74).

C'est donc ainsi qu'en décembre 87, Merula s'ouvrit les veines au pied de la statue de Jupiter Capitolin «après avoir déposé son apex (coiffure spéciale des flamines) (...) afin de ne pas souiller la dignité sacerdotale» (13) (Eb. Horst). «Merula, prêtre de Jupiter, arrosa dans le Capitole les yeux mêmes du dieu avec le sang qui jaillissait de ses veines» [«Merula, Flamen Dialis, in Capitolio Jovis ipsius oculos venarum cruore respersit»] (FLORUS, Abrégé Hist. rom., III, 22). Ironie du destin, quelques jours plus tard Caius Marius, consul pour la septième fois, décédait au cours d'une crise d'alcoolisme (13 janvier 86) et Cinna demeurait seul consul (14).

flamen dialis, merula

Le sacrilège suicide de L. Merula, vu par Thierry Démarez (Alix Senator) (© Casterman éd.)

Compatibilité du «religieux» et du «politico-militaire»

Le flaminat de Jupiter était d'ordinaire dévolu à des hommes trop âgés ou de santé trop fragile pour exercer une fonction politico-militaire. «Que les Romains eux-mêmes aient élu consul un grand-prêtre de Jupiter dont ils savaient bien qu'il ne pourrait être d'aucune utilité politique ni, encore moins militaire, avait évidemment un sens», écrit F. Hinard. «Tout d'abord cette élection constituait une sorte de complément à la destitution de Cinna : on ne remplaçait pas celui-ci par un autre, également compétent et qui aurait pu être soupçonné d'avoir œuvré par ambition personnelle, mais on désignait un personnage qu'il fallut prier pour qu'il acceptât cette élection qui, en principe, rendait irrévocable la destitution de Cinna. Et puis, bien sûr, Octavius gagnait, dans la désignation de ce collègue, une sorte de garantie religieuse à son action, garantie qui, pour un homme comme lui, devait avoir une importance considérable» (F. Hinard).

D'un autre côté, le fait qu'on ait admis le paradoxe d'offrir le consulat à un flamine de Jupiter suggère que, sur le plan légistique, «l'interdiction de briguer ou d'exercer une charge civile, (...) semble avoir comporté des dérogations, puisque Lucius Cornelius Merula avait été consul pendant une brève période» (Eb. Horst). Et Gérard Walter de renchérir : «Au dernier siècle de la république le flaminat put être associé à l'exercice des charges publiques qui n'éloignaient pas leurs détenteurs de Rome. C'est ainsi que L. Cornelius Merula fut appelé...» etc. De fait, aux dires d'Appien, cumulant les charges de consul et de Flamen Dialis, L. Merula s'activa avec son collègue Octavius : ils «entourèrent Rome de retranchements, fortifièrent ses murailles, dressèrent leurs machines de guerre, et envoyèrent demander des auxiliaires aux villes encore fidèles, jusque sur les frontières des Gaules» (APP., Hist. G. civ., I, 8. 66), ce qui implique pour le prêtre de Jupiter des contacts continus avec les choses militaires - hommes, armes, matériels - qui lui étaient normalement taboues.

Un siège vacant

«Depuis ce jour de décembre 87, où le vénérable L. Cornelius Merula, Flamen Dialis, le premier en dignité des prêtres-sacrificateurs romains, s'ouvrit les veines aux pieds de la statue de son dieu au Capitole, son poste était resté inoccupé. On était en 84. Du coup, alors cette situation fut jugée dans les sphères gouvernementales inadmissible et le pontifex maximus fut informé qu'il aurait à porter d'urgence son choix, présumé libre, sur un des trois candidats qui lui seront soumis, conformément à la loi, et que ce candidat s'appelait César. C'est ainsi que celui-ci se trouva désigné, à l'âge de dix-sept ans, pour une des plus hautes dignités sacerdotales de Rome, la plus haute après celle de grand pontife» (G. Walter).

Que s'était-il passé ? En 87, le jeune César a, en fait, 13 ans. Mais des liens étroits les liant au parti populiste, sa tante Julia - épouse de C. Marius ! - et sa mère Aurelia auraient, dès 86, suggéré au consul Marius d'en offrir la charge au jeune César (15). «César aurait été appelé à lui [L. Merula] succéder précisément à ce moment et encore à l'instigation de Marius. Mais sa jeunesse était évidemment un obstacle à une entrée en fonction immédiate, si bien que la nomination effective n'intervint probablement qu'en 84 avec la prise de la toge virile» (Eb. Horst). Pour cela, encore faut-il d'abord que le jeune César donne des gages de son allégeance. Marius mort, il lui faut épouser Cornelia, la fille du quatre fois consul L. Cornelius Cinna. Le jeune homme commence donc par rompre avec Cossutia, la fille d'un riche chevalier dont la dot appréciable eut fort à propos renfloué les caisses vides des Julii Cæsari (16) (SUÉT., Cés., I, 1).

Après sa prise de la toge virile (en 84), le mariage est consommé et, en 83, Cornelia donnera à César son unique enfant légitime - une fille, Julia, qui plus tard épousera le Grand Pompée. Adulte et marié, le jeune homme est donc maintenant apte à endosser la læna et ses fonctions de Flamen Dialis. «Ainsi donc, à dix-sept ans, César vivait dans la maison paternelle de Subure, époux, père et flamine de Jupiter. On peut pourtant se demander s'il mena jamais vraiment «l'existence paisible et austère d'un prêtre au service du plus vénéré de tous les dieux romains» (17). Il en resta probablement à la nomination sans aller jusqu'à l'inauguration, car d'après deux historiens postérieurs, l'office resta vacant jusqu'en 10 (18). Et César lui-même ne dut guère regretter d'avoir perdu ses droits alors que deux ans après, le retour de Sulla et l'instauration de sa dictature faisaient de nouveau régner la terreur dans Rome» (Eb. Horst).

De fait, Sylla vient de rentrer dans Rome après avoir vaincu le consul populiste Norbanus (83), assiégé et pris Préneste, vaincu Marius-le-Jeune à Clusium, puis reconquis la Ville (seconde bataille de la Porte Colline, octobre 82) (19). Le parti marianiste est en pleine déconfiture, et c'est au tour de Sylla - maintenant dictateur perpétuel - d'afficher des listes de proscription. Ipso facto, César se trouve dans une situation délicate, malgré qu'il soit également lié au parti syllanien par son oncle Aurelius Cotta, le frère de sa mère Aurelia, un chaud partisan du nouveau Maître de Rome, sous les enseignes duquel il a du reste combattu.

En 82, César - à l'âge de 18 ans - est donc démis de sa charge de Flamen Dialis par Sylla, à qui il s'est opposé en refusant de répudier son épouse Cornelia fille de Cinna. Vivant la vie des proscrits, il est contraint de se cacher dans la campagne sabine. Finalement, il obtient le pardon du dictateur qui cède aux prières des Vestales et, surtout, de son fidèle Aurelius Cotta. Mais il ne peut s'empêcher de remarquer : «Il y a plusieurs Marius en ce jeune homme, qui causera notre perte.» Une réflexion concoctée après coup, on s'en doute.

Plutarque écrit que César «sollicita» la charge de flamine auprès de Sulla (PLUT., Cés., I, 3), «ce qui est inexact et d'ailleurs peu croyable», note Eberhard Horst (20). Mais Valérie Mangin ayant choisi de suivre l'historien grec, c'est sur son assertion qu'elle s'est fondée à la page 8 (2e v.) de son album.

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APPENDICE B
Toges laticlaves et angusticlaves...

Petit rappel. Il y a la bande rouge (pourpre) qui borde la toge prétexte, et il y a une ou des bandes de la même couleur qui ornent la tunique laticlave des sénateurs (d'où que l'on parle parfois - à tort - de «toge laticlave», ce qui est une source de confusion).
La même problématique ressurgit à propos de la tunique angusticlave des chevaliers romains. S'agit-il de deux étroites bandes rouges verticales de part et d'autre de la poitrine, ou d'une simple bande courant sur le bord de la tunique ? «Comme les sénateurs avoient droit de porter le laticlave, Suétone remarque qu'on les appelloit d'un seul nom laticlavii. Les consuls, les préteurs, & ceux qui triomphoient jouissoient aussi de cette décoration» (DIDEROT & D'ALEMBERT
[21]).

C'est un lieu commun du péplum, tant hollywoodien qu'italien ! Au milieu de la poitrine, les sénateurs romains portent sur leur blanche tunique une improbable très large bande rouge verticale (click). Ne jetons pas la pierre aux costumiers de cinéma ni aux auteurs de bandes dessinées : cette large et unique bande rouge laticlave est attestée dans toutes les histoires du costume du XIXe s. tel le Hottenroth et le Racinet, incontournables références dans notre représentation de l'Antiquité romaine - du moins jusque dans les années soixante-dix ou quatre-vingt. En fait, on peut largement remonter jusqu'aux travaux d'érudition du XVIIIe s., comme ceux de A. Dacier (1724), le précité Diderot & d'Alembert (1751-1772) ou F. Sabbathier (1777) (22)...

Introduction

De la tunique et de la toge (robe)

Les Romains portaient sous la toge une tunique toute droite et sans manches qui servait aussi à distinguer les trois ordres. Celle des plébéiens était tout unie; celle des patriciens s'ornait d'une large bande de pourpre qui lui fit donner le nom de laticlave et, celle des chevaliers d'une bande plus étroite, d'où son nom d'angusticlave.

Distinguons la tunique de la toge qui se porte par-dessus, et précisons le sens exact du mot «robe» parfois utilisé. D'un ouvrage à l'autre la terminologie semble incertaine. Ainsi Jean-Pierre Néraudau écrivait très justement, à propos de la toge des enfants : «La robe prétexte (...) était une toge blanche bordée d'une bande de pourpre. Les pontifes et les magistrats y avaient droit aussi» (23). En effet, les dictionnaires de latin donnent le français «robe» comme synonyme de «toge» (toga). Il convient de se méfier d'un trop facile rapprochement de «robe» avec «tunique», que pourrait suggérer nos vêtements modernes. Du reste, ne continue-t-on pas - le poids de la tradition - à appeler «gens de robe» nos juges et avocats porteurs de toges ?

1. Laticlave

Au milieu de la poitrine ?

Une première mise au point s'impose : qu'en est-il, justement, de cette large bande rouge verticale au milieu de la poitrine ? Fin du XIXe s., Anthony Rich dans son dictionnaire (24), risquait une comparaison avec la sarapis, la large bande blanche unique qui barre verticalement le centre du vêtement de Darius sur la fameuse mosaïque de Pompéi le représentant à la bataille d'Issos (inspirée d'une peinture d'Apelle). Mais comparaison n'est pas raison : on expliquerait assez mal le rapprochement entre un ornement persan et celui affiché sur la tunique des sénateurs romains. D'autres ont trouvé une possible analogie dans Hérodien, lorsqu'il mentionne une bande pourpre au centre de la tunique portée par les prêtres du Soleil institués par Héliogabale : «... C'étaient les chefs de l'armée, les hommes les plus élevés en dignité (...) vêtus, selon l'usage phénicien, de tuniques traînantes et à larges manches, portant au milieu du corps une ceinture de pourpre, et chaussés de lin, comme les devins de Phénicie.» (HÉRODIEN, Hist. rom., V, 13 [ou V, 5. 9] [25]). Si c'est porté comme une ceinture, c'est donc horizontal, et non vertical... Et, du reste, Héliogabale ayant régné de 218 à 222, on ne voit pas de possible interférence avec les magistratures de la fin de la république, de beaucoup plus anciennes. Il n'en demeure pas moins que les «Histoire du costume» de l'époque ont privilégié cette solution en laquelle nous voyons le point de départ de la vision adoptée par les précités Hottenroth et Racinet, et perpétuée par le cinéma et les BD qui s'en inspirent.

La notion de laticlave (latus clauus) et d'angusticlave (angustus clauus) implique de d'abord définir la notion de clauus, ou plutôt de son pluriel claui.

Les clavi

La question est de savoir si le (ou plutôt les) clauus qui se porte sur la tunique uniquement peut également border la toge ? La réponse est de toute évidence «non». Par définition, les claui vont par paire, comme l'expose le dictionnaire de Diderot et d'Alembert, s.v. «angusticlave» (1751) : «C'étoit une partie ajoûtée à la tunique des chevaliers Romains; la plûpart des antiquaires disent qu'elle consistoit en une piece de pourpre qu'on inséroit dans la tunique, qu'elle avoit la figure de la tête d'un clou; & que quand cette piece étoit petite, on l'appelloit angusticlave : mais Rubennius prétend avec raison, contre eux tous, que l'angusticlave n'étoit pas rond comme la tête d'un clou, mais qu'il imitoit le clou même; & que c'étoit une bande de pourpre oblongue, tissue dans la toge & d'autres vêtemens; & il ne manque pas d'autorités sur lesquelles il appuye son sentiment.»

Notons au passage que la notice parle d'une bande de couleur pourpre que l'on «insérait» dans la tunique, que l'on «tissait» dans la toge. Anthony Rich donnait à l'absence de représentation figurée du laticlave des sénateurs, l'explication suivante : «Comme le clauus était une simple nuance de couleur mêlée au tissu, et n'avait pas en conséquence de substance propre, il n'est indiqué sur aucune des statues qui représentent des sénateurs; car le sculpteur ne s'inquiète que des objets qui ont une substance réelle. (...) Par conséquent, nous n'avons aucun spécimen connu du laticlave des sénateurs sur les monuments» (26). De toute évidence, cette explication ne tient pas la route. La bande pourpre n'était pas tissée dans l'étoffe, mais cousue dessus. À preuve le passage de Varron qui dit que les bandes laticlaves de la tunique se voyaient à travers certaines toges faites d'une certaine très légère étoffe de laine. Tout simplement, les statues étant peintes, le sculpteur laissait au peintre le soin de lui-même indiquer ces galons pourpres. L'«injure du temps» les ayant effacées depuis, voici deux ou trois siècles on n'en avait bien entendu plus aucune idée. Une lacune maintenant comblée par l'archéologie et ses sophistiquées méthodes d'investigation. Ces bandes, on les voit du reste très bien sur une peinture du laraire de la maison des Vettii, à Pompéi.

Un ruban libre ?

L'idée des claui ronds comme des têtes de clous semble bien oubliée, au profit du ruban long que la plupart des exégètes voient courir cousus sur le devant et dans le dos de la tunique.
Certains cependant - variante - n'y voient toutefois qu'un simple et libre ruban, indépendant du vêtement devant lequel il pend, simplement agrafé au niveau de la clavicule (d'où l'intérêt de porter une ceinture pour l'assurer). En effet, l'idée du «clou» a induit quelques érudits à imaginer «que le laticlave étoit une bande de pourpre entierement détachée des habits, qu'on la passoit sur le col, & qu'on la laissoit pendre tout du long par-devant & par-derriere, comme le scapulaire d'un religieux», thèse que contestait - à bon droit nous semble-t-il - le dictionnaire de Diderot & d'Alembert, mais qui semble avoir conservé quelques partisans comme l'archéo-styliste Christiane Casanova (Association ACL Arena).

vae victis, jean-yves mitton, simon rocca

Dans Væ Victis, Jean-Yves Mitton et Simon Rocca n'ont fait figurer la bande pourpre que sur la toge prétexte, pas sur la tunique (tunica recta) (Væ Victis/1, p. 4)

 

chute de l'empire romain, senat de rome

Dans La Chute de l'Empire romain (1964), comme dans les autres péplums tant américains qu'italiens, les membres du Sénat portent un unique et large laticlave au milieu de la tunique, et un autre galon sur le bord de la toge prétexte - tel un uniforme. C'est peut-être excessif, et de toute manière discutable au niveau de la tunique..

cleopatre, brutus, kenneth haigh

Dans Cléopâtre (1963), Brutus (Kenneth Haigh), comme tous les autres sénateurs, outre le galon sur le bord de sa toge, arbore fièrement un large «laticlave» rouge au milieu de la poitrine

Dans son histoire du costume, Friedrich Hottenroth (1883) (27) fait figurer - à l'extrême gauche, ci-dessus - deux personnages : un chevalier et un sénateur.
Le premier, le chevalier, est reconnaissable à sa trabée bleue (28), version latine du court manteau des cavaliers, correspondant à la chlamyde des Grecs. Et, partant des clavicules, il porte sur sa tunique deux bandes rouges verticales.

Le second, le sénateur, outre sa toge prétexte, porte sur la tunique une unique large bande rouge centrale. «Il résulte de-là, que le laticlave étoit une large bordure (sic) de pourpre, cousue tout du long sur la partie de devant d'une tunique, ce qui la distinguoit de celle des chevaliers qui étoit à la vérité une bordure de la même couleur & de la même maniere, mais beaucoup plus étroite; d'où vient qu'on l'appelloit angusticlave» (DIDEROT & D'ALEMBERT).

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À gauche et au centre : sénateurs selon le Racinet (p.33) (avec ou sans laticlave sur la tunique). À droite, magistrat romain du laraire de la Maison des Vettii à Pompéi. On notera que les costumiers de cinéma et de BD sont partis dès l'Histoire du costume du XIXe s. avec la large bande centrale. À noter que le laraire des Vettii montre peut-être la large bande sur une des épaules, l'autre étant cachée par la toge. (à moins que ce ne soit l'extrémité de cette toge ramenée sur l'épaule droite(29).

La toge prétexte

Il en va de même dans le Racinet (1876-1888) (30), avec toutefois une nuance : celui qui nous est présenté comme sénateur en 05, à gauche, outre sa toge, porte un large «laticlave» au milieu de la poitrine, mais le second en 10, au centre, ne l'arbore que sur la toge prétexte et rien sur la tunique. De fait, la situation, assez paradoxale, est qu'on a pas d'images de sénateurs qui soient fiables au niveau des couleurs ou de l'agencement du vêtement.

Cependant, telle représentation picturale d'un magistrat romain dans le laraire de la Maison des Vettii à Pompéi [à droite] (click) laisse bien voir une très large bande pourpre courant sur le bord de la toge (épaule gauche). Mais ce qui descend sur l'épaule droite et s'arrête abruptement au niveau de la ceinture, n'est pas d'interprétation très évidente, la peinture étant à cet endroit très altérée. Ce pourrait être un large clauus de tunique, comme ce pourrait plus probablement être un plan de la toge couvrant la tête de ce magistrat, ensuite ramené sur le devant... En tout cas, il semble difficile de croire à la bande centrale, large et unique, comme dans La chute de l'Empire romain, Cléopâtre, etc.

Récapitulons : sont-ce la tunique et la toge qui sont laticlaves ou angusticlaves, ou seulement une des deux ? Il nous paraît clair que seules les tuniques le soient. Fonction de la largeur du galon, il existe des tuniques laticlaves et angusticlave ! Par ailleurs, les sénateurs portent par-dessus leur tunique laticlave une toge (ou «robe») dite prétexte, bordée d'un galon...

La toge prétexte des enfants

À côté de la toge prétexte portée par les magistrats curules (31) en exercice, donc certains sénateurs et certains chevaliers (?) - mais pas tous semble-t-il, seulement ceux qui occupent une charge - la littérature parle également de la toga prætexta portée par les enfants libres, filles et garçons. En fait à l'origine la toge est portée par les femmes comme par les hommes. Mais les matrones s'en affranchiront plus rapidement au profit d'une stola plus coquette.

La toge prétexte est donc le vêtement des jeunes garçons avant la prise de la toge virile (toga uirilis) laquelle, toute blanche, sanctionne leur majorité. C'est au cours des Liberalia, le 17 mars, que le puer (enfant) âgé de 16-17 ans accomplis consacrait sa bulla et sa toge prétexte à la déesse Juventas; ensuite, endossant la toga uirilis, il passait dans la classe des iuuenti, c'est-à-dire des jeunes hommes.

Du laticlave et de la prétexte

Le passage du Diderot et d'Alembert que nous reproduisons ci-dessous suggère que le laticlave et la prétexte pouvaient se porter ensemble : la toge prétexte par-dessus la robe laticlave (cette «robe» serait bien, dans ce cas-ci, une tunique longue - erreur de plume de l'encyclopédiste ?) : «Ce qui est plus sûr, c'est qu'on a confondu à tort, le laticlave avec la prétexte, peut-être parce que la prétexte avoit un petit bordé de pourpre; mais outre que ce bordé de pourpre régnoit tout-au-tour (32), il est certain que ces deux robes étoient différentes à d'autres égards, & même que la prétexte se mettoit sur le laticlave. Varron l'a dit quelque part; d'ailleurs on sait que quand le préteur prononçoit un arrêt de mort, il quittoit la prétexte & prenoit la robe (sic) laticlave» (DIDEROT & D'ALEMBERT, s.v. «Laticlave»).

De fait, Horace parle d'un pittoresque personnage, «Aufidius le louche, un ex-greffier, un stupide, qui s'était harnaché de la prétexte et du laticlave des consuls, sans oublier le brasier des pontifes» (HOR., Sat., I, 5).
Et c'est bien ce que dit le précité passage de Varron, lequel dans ses Satires Ménippées remarque, à propos d'une étoffe plus légère, «leurs toges ou prétextes transparentes, laissent voir les bandes ou galons de pourpre dont leurs tuniques sont brodées» («quorum vitreæ togæ ostentant tunicæ clavos») (VAR., Sat. Ménip., 313 - trad. André Dacier [33]). Il s'agit donc bien de deux choses différentes, qui peuvent se porter ensemble : une tunique laticlave sous une toge prétexte.

Pline également parle de tunica laticlaua : «Les gausapes (34) ont commencé du temps de mon père; les amphimalles, de mon temps, ainsi que les ceintures à longs poils. Quant à la tunique laticlave en forme de gausape c'est une mode qui ne fait que de naître» (PLINE, Hist. Nat., VIII, 74. 4 [ou VIII, 193]). Ce qui semble indiquer on ne peut plus clairement que c'est bien la tunique qui porte les bandes rouges, les lati claui, et qu'on peut les deviner sous le fin lainage de certaines toges.

ciceron, cesare maccari, senat romain

Sur cette célèbre fresque, Cesare Maccari (1840-1919) a choisi de nuancer l'image du sénateur romain. Comme on l'a dit, ceux-ci ne semblent pas avoir systématiquement porté le laticlave sauf quand ils exerçaient une magistrature tel consul, préteur, questeur etc. Mais ici, Cicéron - consul en cette année 63 où il prononça ses Catilinaires - aurait dû porter le laticlave insigne de sa fonction.
(Cesare Maccari, Cicéron prononçant la première Catilinaire au sénat romain (1889), fresque de la Sala Maccari, Palazzo Madama à Rome) (source ph. : Wikipedia)

2. Angusticlave
(de angustus («étroit») et clauus («clou»))

L'angusticlave appelle quelques remarques encore. Nous avons vu que cette dénomination concerne essentiellement la tunique de l'ordre équestre. Soit deux étroites bandes verticales. Entre la trabée et la simple toga uirilis toute blanche, nous ignorons de ce qu'il en allait de leur toge. Peut-être les chevaliers portaient-ils aussi la prétexte lorsqu'ils étaient revêtus d'une magistrature particulière.

Dans son Dictionnaire, Anthony Rich note à ce propos : «Marque distinctive de l'ordre équestre (PÆTERC. II, 88. 2). [L'angusticlave] était de couleur pourpre comme [le laticlave] et décorait la tunique, mais elle avait un caractère différent. Elle se composait de deux bandes étroites, courant parallèlement sur le devant de la tunique, l'une à droite et l'autre à gauche; de là vient que, pour les distinguer, on se sert quelquefois du pluriel purpuræ au lieu du singulier (QUINT., XI, 3, 138)» (35). Et Rich de continuer en expliquant qu'à une époque postérieure, l'angusticlave cesse d'être la marque du rang social de celui qui la porte, mais se retrouve sur toutes sortes de personnages du commun, notamment les échansons et autres domestiques.

Quelques auteurs, toutefois, pensent qu'à la légion les chevaliers servant comme tribun militaire (tribun angusticlave), portaient leur étroite bande rouge au bas de la tunique. À notre avis, il y a ici confusion entre le bord de la tunique et celui de la toge prétexte. Le curieux intéressé trouvera les deux dans la documentation. Coexistaient-elles ou s'excluaient-elles mutuellement ?

Les tribuns angusticlaves

Une légion romaine comportait six tribuns : un tribun laticlave et cinq tribuns angusticlaves. Si les tribuns laticlaves sont mentionnés à plusieurs reprises dans la littérature, les tribuns angusticlaves ne sont évoqués - à notre connaissance - que dans le seul Suétone, qui nous apprend que son père, Suetonius Lætus, avait servi comme tribun angusticlave dans la XIIIe légion, sous les ordres d'Othon contre son rival Vitellius (SUÉT., Othon, X).

Ce sont eux que les autres sources désignent sans davantage de précisions comme «tribuns militaires», lesquels n'étant pas sortis du rang comme les centurions, ne font donc pas toute leur carrière dans l'armée ainsi qu'il en ressort de quelques curriculum vitæ de tribuns militaires publiés sur le site de la Leg. VIII Augusta par René Cubaynes. Tous ont appartenu à la VIIIe, ces L. Iulius Brocchus Valerius Bassus (sous Néron), Q. Rutilius Flaccus Cornelianus (sous les Flaviens ou Trajan), S. Cornelius Dexter (sous Hadrien), L. Coiedius Candidus (fin Ier s./premier tiers du IIe s. ?), Q. Solonius Severinus (deuxième moitié du IIe s.), et ont par la suite fait carrière dans l'administration comme sénateur dans quelque cité provinciale, triumvir ou duumvier dans telle colonie, préfet de la flotte dans un secteur déterminé ou procurateur... quand ils ne finirent pas dans le négoce de l'huile d'olive.

Respectivement issus, le premier de l'ordre sénatorial et les cinq autres de l'ordre équestre, ces jeunes aristocrates démarraient leur carrière politique (cursus honorum), par la participation à quelque campagne militaire (36). Cependant, on exclura l'astucieuse représentation d'une bande pourpre-rouge bordant le bas de la tunique des tribuns angusticlaves de la légion romaine, souvent reprise dans les ouvrages d'uniformologie. On ne les voit pas sur les fresques, mais probablement tiraient-elles leur origine de la représentation du port de tuniques superposées...

tribuns militaires, angusticlaves tribun militaire, angusticlaves

L'hypothétique fine bordure pourpre des tribuns militaires (tribuns angusticlaves) (© Osprey & © Concord Publ. Cy)

Nous avons, par exemple, ci-dessus à gauche - le numéro 2 -, un tribun du Haut Empire dessiné par Ron Embleton (37) et, à droite, un tribun d'une cohorte prétorienne engagée sur le front du Danube, sous Domitien en 88, vu par Angus Mac Bride (38). Sauf la richesse de leur équipement (cuirasse musclée etc.), les bandes verticales - emblèmes du rang de ces officiers - n'auraient guère été visibles sous le plastron de la cuirasse ou derrière les ptéryges. Mais quid de la bordure de tunique ? L'idée, intéressante, resterait à être confirmée par quelque représentation figurée...

3. Pour être complet

1) De la couleur pourpre
Un dernier détail à régler. Le mot «pourpre» qui définit la couleur des galons laticlaves, angusticlaves ou prétexte pose problème. Rouge, violet, bleu ou quelque autre nuance ? Au cinéma, nous en avons vu, de ces laticlaves, et de toutes les couleurs : du bleu certes, mais aussi - de la Théodora de Freda au Gladiator de Ridley Scott - du noir ! Pétrone, dans le Quo Vadis ? de Kawalerowicz, sur sa prétexte en porte d'un sombre grenat qui confine au noir. Et si le cinéma, pour une fois, reflétait la réalité ? Dans ce domaine, nous précise François Gilbert (Pax Augusta), spécialiste des costumes romains militaire et civil, «l'usage de la pourpre est très réglementé, mais dans les faits, tout le monde l'utilise, ce qui oblige le pouvoir à constamment légiférer. Il existe cependant jusqu'à treize variétés de pourpre, certaines très chères, d'autres très bon marché, avec des nuances allant du bleu lilas au rouge sombre, et à certaines époque, au bleu foncé, et bien sûr en passant par toute la palette des violacés. En Gaule, on fait même des tuniques d'esclave pourpres, avec de simples baies (39).»

2) Effet de mode sous le Haut Empire : la banalisation
Selon Léon Heuzey, il semble que les Romains aisés aimaient porter les bandes verticales, pas nécessairement rouges (40). On voit souvent sur les fresques et mosaïques, par exemple celle de la Villa de Nennig, des personnages dont la condition - à l'évidence - n'est ni sénatoriale ni équestre, porter de ces bandes verticales, telles les deux minces bandes bleues verticales rehaussant la tunique de ce doctor arbitrant un combat de gladiateurs.

gladiateurs et arbitre

Lui-même ancien gladiateur, ce maître d'armes (doctor) ou, plus probablement, arbitre (summa rudis), que l'on voit ici pondérant un affrontement rétiaire-secutor, n'appartient assurément pas à l'ordre équestre; pourtant sa tunique porte de fines bandes - angusticlaves - bleues verticales... (Mosaïque de la Villa de Nennig (Sarre), IIe s. de n.E.)

3) Du bon usage

a) La ceinture
Louis de Jaucourt, l'auteur de la notice dans le Diderot et d'Alembert, remarque que la tunique laticlave «se portoit sans ceinture, & étoit un peu plus longue que la tunique ordinaire, c'est pourquoi Suétone observe comme une chose étrange que Cesar ceignoit son laticlave.» Ce que confirme Quintilien, «les bandes de pourpre doivent descendre perpendiculairement. (...) Comme on ne met pas de ceinture par-dessus le laticlave, il doit descendre un peu plus bas que l'angusticlave.» (41) (QUINT, Inst. orat., XI, 3. 139) (click).
«Son laticlave [était] garni de franges qui lui descendaient sur les mains, note Suétone. C'était toujours par-dessus ce vêtement qu'il mettait sa ceinture, et il la portait fort lâche; habitude qui fit dire souvent à Sylla, en s'adressant aux grands : 'Méfiez-vous de ce jeune homme, qui met si mal sa ceinture' (SUÉT., Cés., XLV, 5 [42]). Mais qu'est-ce qui vraiment étonne Suétone ? le fait de porter une ceinture, ou celui de ne pas la serrer ?
Le commentaire d'Henri Ailloud laisse perplexe : «La toge étant jetée sur la tunique, on plaçait d'ordinaire la ceinture à la hauteur des cuisses, pour laisser voir les deux bandes de pourpre. César, au contraire, se ceinturait sur le laticlave, c'est-à-dire plus haut, de sorte que sa tunique était entièrement cachée.» Le fait que la tunique laticlave soit ceinte haut sur les hanches ou relâchée un peu plus bas, ne change rien au drapé de la toge qui, de toute façon, laisse dégagée l'épaule droite et le galon pourpre qui l'orne.

b) L'âge
Il y avait bien évidemment un âge requis pour avoir le droit de porter le laticlave, dont semblent avoir été exclues les magistratures subalternes, les premières du cursus honorum (édile etc.). «Isidore nous apprend que sous la république, les fils des sénateurs n'en étoient honorés qu'à l'âge de 25 ans; César fut le premier qui ayant conçu de grandes espérances d'Octave son neveu, & voulant l'élever le plutôt possible au timon de l'État, lui donna le privilege du laticlave avant le tems marqué par les lois.

» Octave étant parvenu à la suprème puissance, crut à son tour devoir admettre de bonne heure les enfans des sénateurs dans l'administration des affaires; pour cet effet, il leur accorda libéralement la même faveur qu'il avoit reçue de son oncle. Par ce moyen, le laticlave devint sous lui l'ordre de l'empereur; il en revêtoit à sa volonté les personnes qu'il lui plaisoit, magistrats, gouverneurs de provinces, & les pontifes mêmes» (DIDEROT & D'ALEMBERT).

Pour mémoire : en 180 av. n.E., une Lex Villia Annalis fixa l'âge minimum de l'accès aux magistratures. À dix-sept ans, un jeune homme peut intégrer le vigintisévirat (commission subalterne de 20 membres) ou le tribunat militaire. À 25 ans il peut se faire élire questeur, à 27 édile curule et à 30 préteur. Sous la république, le consulat est postulable à 37 ans, à 43 ans après la réforme de Sylla ou à 32 ans sous le Principat (ces âges chutent sous le Dominat). Il convient d'observer un délai de deux ans entre deux magistratures, et de dix ans entre deux consulats. Bien entendu, il y eut des exceptions comme Caius Marius !

4. En manière de conclusion

D'origine étrusque (PLINE, Hist. Nat., VIII, 74. 2), le vêtement national des Romains a évolué au long de leur histoire. Lourde et incommode la toge, qui ne se porte guère qu'en public et dans la dignitas, a varié dans ses dimensions et dans la manière de la porter. Mesurant à peu près six mètres dans son plus grand diamètre, elle consistait en une pièce ovale pliée en deux, environ trois fois plus longue et deux fois plus large que celui qui la portait. Lequel devait se faire aider par des esclaves pour la draper selon les règles de l'art, avec une repli à l'avant qui servait de poche (sinus). Le Quo Vadis ? de Jerzy Kawalerowicz débute par une scène où deux servantes drapent Pétrone dans sa toge. À la fin de la république, les hommes se «libèr[ent] le buste et les bras plus largement qu'à l'époque ancienne. [Mais] Cicéron se souvient que dans sa jeunesse, une fois sortis de l'enfance, les jeunes gens devaient garder, pendant encore une année, leur bras caché sous la toge (CIC., Pro Cælio, V, 11)» (43).
La toge disparaît de la vie courante vers la fin du Ier s. de n.E. (44). L'évêque Isidore de Séville (570-636), qui n'en a sans doute jamais vues, définira la toge prétexte comme un... pallium bordé de pourpre.

Sans doute dès avant la période tardo-républicaine, les chevaliers avaient-ils - au forum - cessé de porter leur manteau de cavalier, la trabea, au profit de la toge. Autrefois élite de la plèbe capable de fournir de la cavalerie, ils s'étaient tournés vers les activités lucratives (commerce, banque, fermage) interdites aux sénateurs. Et ainsi devenir une aristocratie financière intermédiaire entre les grands propriétaires fonciers de la nobilitas et les simples citoyens ou les prolétaires. Mieux, ils commençaient à entrer au sénat et à accéder aux grandes magistratures...
Ils devaient porter une toge blanche - peut-être bordée d'une fine bande rouge ou pourpre pour les meilleurs d'entre eux - à l'imitation de la toga prætexta. Tout est affaire d'époque.

Ce qui nous paraît plus évident c'est que les termes laticlave et angusticlave se rapportent à la tunique qu'ils portaient sous leur toge, plutôt qu'à la toge elle-même. Les sénateurs portaient-ils sur leur tunique une seule et large bande laticlave comme on le pensait au XIXe s., et encore maintenant au cinéma ? Difficile de le soutenir faute de probantes représentations figurées; du reste, l'étymologie de clauus semble s'y opposer.

alix senator, octavien auguste

Prince du Sénat, Auguste semble ici se démarquer des autres sénateurs, dont Alix, en portant le laticlave unique tel qu'on le voit dans le Hottenroth et popularisé par les films. Clin d'œil ou hésitation du dessinateur Thierry Démarez ? (Alix Senator/2 : Le Dernier Pharaon) (© Casterman)

Les sénateurs portaient donc, sur le devant de leur tunique, deux larges galons rouges et les chevaliers deux étroits. C'est sans doute le plus probable. On a vu que - effet de mode -, dès la fin du Ier s. de n.E., du priuatus au sommelier et au gladiateur, les gens du commun finiront par les copier.
Quant à Thierry Démarez et Valérie Mangin, sur cette question délicate, ils se tirent d'affaire plus qu'honorablement : en mission officielle en Italie comme en Égypte (45), le sénateur Alix porte ses deux larges (?) bandes rouges sur la tunique ainsi que la toge prétexte; le reste du temps, des galons de fantaisie peuvent orner sa tunique comme celles des autres Romains de l'époque augustéenne - Auguste lui-même, fonction oblige, les affectionnant brodés de fils d'or (click).

Pour résumer

Les bandes laticlaves et angusticlaves vont par paire; elles sont cousues sur la tunique et non tissées dans l'étoffe de laine du vêtement. Ce ne sont pas davantage des rubans «pendants comme des scapulaires», épinglés au niveau des épaules avec un clauus («clou»).
Par métonymie, le mot «laticlave» peut aussi désigner la tunique laticlave en elle-même.

Lorsqu'ils sont en charge d'une magistrature curule, les sénateurs portent la tunique laticlave (avec deux larges bandes pourpres verticales) et la toge prétexte (bordée de pourpre).
De même, les chevaliers élus à quelque fonction portent la tunique angusticlave (avec deux étroites bandes pourpres verticales) et la trabée, finalement remplacée par une toge (toute simple ?).
Mais dans la vie de tous les jours, ces deux rangs de noblesse portent la toge blanche, qui est le costume civique que l'on porte à la ville.

Lorsqu'il prend le commandement de l'armée, le consul (ou le préteur) quitte sa toga prætexta civile pour endosser le paludamentum, le rouge manteau du général.
Ajoutons que la toge du triomphateur, dite toga palmata ou toga picta est rehaussée de riches broderies d'or, et que les augures portaient une toge couleur safran.
Enfin, la toga pulla ou toga sordida, de couleur sombre, se porte lors des deuils ou quand au tribunal, un prévenu veut exciter la pitié du juge.

 
alix senator ajax senator, michel eloy

Arborant ses bandes laticlaves, notre vaillant sénateur quinquagénaire enquête en Égypte. Comme d'«Alix Senator» à «Ajax Senator» il n'y a pas très loin, votre tribun angusticlave Ajax - irresponsable auteur de ce site -, désormais pris d'une irrépressible addiction pour les chiffons, est parti faire les soldes... Aaah ! Ce petit galon rouge... vraiment, ça déchire sa race !
Alix Senator/2 : Le Dernier Pharaon (2013) (© Casterman)

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APPENDICE C
Le comité et la charte «Martin»

(Extrait de Casemate, ní 50.)

Qui est aux commandes de la galaxie Martin depuis le décès de Jacques Martin en 2010 ?
SIMON CASTERMAN : Une structure de quatre personnes mise en place en 2005. À cette époque, les contrats précédents arrivant à terme, un nouveau fonctionnement a été mis au point pour faire avancer l'ensemble de cet univers dans une direction qui convenait aux deux parties, la famille Martin et l'éditeur Casterman. Pour cela, une charte a été élaborée, et un comité créé, comportant deux représentants de chaque partie. Aujourd'hui, il est composé des enfants de Jacques Martin, Frédérique et Bruno, de Jimmy Van Den Hautte et de moi-même.
BRUNO MARTIN : À l'époque, mon père était déjà mal voyant. Désirant vivement qu'Alix continue, il a demandé à Casterman de mettre au point cette structure dans laquelle, aujourd'hui, je le remplace.

casemate esprit bd, alix senator

Qui a écrit la charte scénaristique pour Alix ?
BRUNO MARTIN : Mon père et moi. Elle devait permettre d'assurer la suite le jour où il ne pourrait plus assumer de visu le travail scénaristique et artistique sur ses séries.
CASTERMAN : L'esprit de cette charte permet de continuer l'œuvre de Jacques Martin dans le même esprit. Elle définit plutôt les directions qu'elle ne doit pas prendre.

Peut-on la lire ?
Non, c'est un document de travail interne.
MARTIN : Il s'agit surtout d'une analyse psychologique et psychosociale de cet univers. Alix doit être courageux, mais pas téméraire. Il n'est pas rancunier. La charte insiste sur le fait qu'il n'est jamais animé d'un sentiment de vengeance.
CASTERMAN : Elle cadre également les limites de la violence et de l'érotisme. Mais ce n'est pas un document figé, il peut évoluer en fonction des projets que nous recevons.

Changement de dessinateurs, de scénaristes, on a pourtant eu l'impression, ces dernières années, qu'Alix partait un peu dans tous les sens.
MARTIN : Mon père a laissé un stock d'une trentaine de synopsis plus ou moins développés, variant d'une à quatre pages. L'idée de départ était de les faire développer par des scénaristes qui ne s'y sont pas forcément retrouvés. D'où, peut-être, un certain inconfort. Aujourd'hui, nous demandons aux scénaristes de développer leurs propres histoires.

Exit les derniers scénarios de Martin ?
Non. Ils sont en réserve. On gardera, par exemple, une idée de base de mon père, mais en laissant un scénariste libre de la développer avec son propre potentiel.
CASTERMAN : Aujourd'hui, les choses sont claires. Deux dessinateurs, Marco Venanzi et Marc Jailloux, travaillent sur Alix, de telle manière qu'un album paraisse chaque année. Et un seul, Régric, sur Lefranc. Son rythme de travail permet d'assurer un album par an.

Suite…

NOTES :

(1) Cf. Casemate, ní 45H, février 2012, p. 59; Casemate, ní 50, juillet-août 2012, p. X; album Alix Senator, p. 8. - Retour texte

(2) Cf. Paul VEYNE, Sexe et pouvoir à Rome, Points éd. (Tallandier), coll. «Histoire», ní H376, 2005, p. 158; Georges DUMÉZIL, La Religion romaine archaïque, Payot, 1974 (2e éd.), pp. 603-604. Au temps d'Auguste, il existait trois types de mariage à Rome : la confarreatio, la cœmptio et l'usus. Seule la confarreatio implique la présence d'un prêtre, en l'occurrence le Flamen Dialis qui consacre à Jupiter Capitolin le gâteau d'épeautre offert pour la circonstance; il n'était pratiqué que dans les milieux très aisé. Jérôme Carcopino rappelle qu'au temps de Tibère, il n'y avait plus guère de patriciens nés sous ce régime (J. CARCOPINO, La Vie quotidienne à Rome, Hachette, 1939 (rééd. 1942), p. 101 sq.). La cœmptio consistait en la vente fictive de l'épousée par son père à son mari, et n'impliquait que des personnes privées. Enfin les Romains avaient imaginé une sorte de cohabitation légale, l'usus. Après un an de vie commune, la femme «usagée» était considérée comme épouse. De nos jours, dans les pays observant la séparation du civil et du religieux, il est pratiqué deux cérémonies, l'une auprès de l'officier civil, l'autre auprès du prêtre de la paroisse (le premier seul ayant valeur légale). Mais en Grèce, par exemple, c'est toujours le prêtre orthodoxe qui tient à jour les registres de l'état civil.- Retour texte

(3) ... Car il est censé précéder les légions romaines. - Retour texte

(4) Les Saliens sont au centre du tome 1 de la BD de Chaillet, Les boucliers de Mars. Sur ceux-ci, voir FABIUS PICTOR, ap. Gell. X, 15.3, & TITE LIVE, VI, 41 - cités par Anthony RICH, Dictionnaire des Antiquités romaines et grecques, Molière éd., 2004, s.v. - Retour texte

(5) Dès les premiers siècles, sous l'influence du néoplatonisme de Plotin et du stoïcisme romain, les prêtres catholiques sont attirés par le célibat en application de Paul, Épître aux Romains (8 : 5-10), confirmé par les Conciles d'Elvire (en 306) et de Nicée, troisième canon (en 325). Pourtant, au XIe s., le mariage des prêtres est encore la norme. Latran II tentera d'y mettre fin en 1132 et 1139. - Retour texte

(6) «On éleva un tombeau, dont César [Germanicus] posa le premier gazon; pieux devoir, particulièrement agréable aux morts et par lequel il s'associait à la douleur des vivants. Cet acte ne fut point approuvé de Tibère : soit que Germanicus ne pût rien faire qu'il n'y trouvât du crime, soit que l'image des guerriers massacrés et privés de sépulture lui parût capable de refroidir l'armée pour les combats et de lui inspirer la crainte de l'ennemi; soit, enfin, qu'il pensât qu'un général, revêtu de l'augurat et des fonctions religieuses les plus antiques, ne devait approcher ses mains d'aucun objet funèbre.» - Retour texte

(7) F. HINARD, Sylla, Fayard, 1985, pp. 138-139. - Retour texte

(8) E. HORST, César. Une biographie, Fayard, 1981, pp. 43-46. - Retour texte

(9) F. HINARD, Sylla, Fayard, 1985, pp. 138-139. - Retour texte

(10) FESTUS, s.v. «Albogalerus», VARRON, ap. Gell., X, 15. 4. On en voit une représentation sur une médaille de Marc Aurèle (Anthony RICH, Dictionnaire des Antiquités romaines et grecques, Payot éd., 1995 & Molière éd., 2004, s.v.). - Retour texte

(11) G. WALTER, César, Marabout Université, ní MU 49, 1964. - Retour texte

(12) F. HINARD, Sylla, Fayard, 1985, pp. 138-139. - Retour texte

(13) Sur ce suicide : GELZER, op. cit., p. 18, d'où sont tirées les deux citations. VELLEIUS PÆTERCULUS, II, 43, 2 place plus tard l'accession à la dignité de flamine - cités par Eb. HORST, César, op. cit., p. 44, n. 4. - Retour texte

(14) «L'année suivante, Cinna fut élu consul pour la seconde fois, et Marius pour la septième, car, malgré son exil, malgré la proclamation qui avait mis sa vie à la merci de quiconque le rencontrerait, le pronostic des sept aiglons prévalut. Pendant qu'il méditait de nombreuses et de grandes mesures contre Sylla, il mourut dans le premier mois de son consulat. Cinna fit choix, pour le remplacer, de Valérius Flaccus, qu'il envoya en Asie; mais Valérius Flaccus étant mort, il prit Carbon pour collègue, à la place du défunt» (APP., Hist. G. civ., I, 8.65). - Retour texte

(15) En 87, César est à 13 ans nommé Flamen Dialis : PLUT., Cés., I, 3.; SUÉT., Cés., I, 1; VELL. PAT., II, 43. 1.
Ayons tout de même à l'esprit que Merula s'est suicidé en décembre 87, et que Marius décéda dans les semaines qui suivirent (mi-janvier 86). - Retour texte

(16) «Cela commence par le renvoi brusque de la riche fiancée. Pourquoi ? Des renseignements précis à ce sujet nous manquent, mais certaines hypothèses restent permises. On a l'impression de se trouver en présence d'une initiative émanant de la tante de César. Depuis la mort de son redoutable époux survenue en janvier 86, Julia n'avait rien perdu de son influence. Le continuateur de Marius, Cinna, écoute avec déférence la veuve de son chef et associé. Or, celle-ci, qui a dû certainement se montrer hostile aux ternes projets matrimoniaux ébauchés pour le compte de César par son père, n'a pas manqué sans doute de profiter de l'occasion pour proposer à son neveu un parti autrement avantageux. Cinna avait une fille à marier. En devenant le gendre du maître de l'État, César allait pouvoir se permettre sans tarder les ambitions les plus vastes. Et son mariage avec Cornelia est décidé» (G. Walter). - Retour texte

(17) GELZER, op. cit., p. 133 - cité par Eb. HORST. - Retour texte

(18) WALTER, Cæs., p. 18. Par contre, TAYLOR, Cæsar's Early Career [Le début de la carrière de César], pp. 195 et s. établit que César n'a pas été inauguré. D'après TACITE, Annales, III, 58, 2 et DION CASSIUS, LIV, 36, 1, un successeur au flamine Merula n'a été nommé qu'en 10. Egalement : GELZER, op. cit., p. 18. - Retour texte

(19) Voir les premières scènes du superbe téléfilm (quoique amputé d'une demi-heure dans sa VF) d'Uli Edel, Jules César. - Retour texte

(20) Sur ce point, Horst renvoie à GELZER, Cæs. Pol., p. 19, et STRASBURGER, Cæs. Ein., p. 88. - Retour texte

(21) L'ouvrage, certes, n'est pas récent (1765), mais il présente l'intérêt d'exclusivement se baser sur les sources textuelles à l'exclusion des représentations figurées que s'efforce de nous livrer l'archéologie, science qui n'avait alors pas encore été inventée. - Retour texte

(22) André DACIER, Œuvres d'Horace en latin et en françois, avec des remarques critiques et historiques, Amsterdam, Frères Wetstein éd., t. VI, 4e éd., 1727; Denis DIDEROT & Jean le ROND d'ALEMBERT, Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, 1ère éd., 17 vols (et 9 vols de planches) 1751-1772 [= chevalier Louis de JAUCOURT, s.v. «Laticlave» (t. 9, 1765), «Sénat romain», «Sénateur romain» (t. 15) & ANONYME s.v. «Angusticlave» (1751) - que l'on peut consulter en ligne soit sur http://alembert.fr soit sur Wikisources]; François SABBATHIER, Dictionnaire pour l'intelligence des auteurs classiques, grecs et latins, tant sacrés que profanes, contenant la géographie, l'histoire, la fable et les antiquités, Paris, Delalain éd., t. 24, 1777, pp. 470-472.- Retour texte

(23) J.-P. NÉRAUDAU, Être enfant à Rome, Belles-Lettres, 1984; rééd. Petite Bibliothèque Payot, ní P295, 1996, p. 148. - Retour texte

(24) A. RICH, Dictionnaire des Antiquités romaines et grecques (s.d.), Grande Bibliothèque Payot, 1995; rééd. Molière, 2004. - Retour texte

(25) Trad. Léon Haléy, F. Didot éd., 1860. - Retour texte

(26) A. RICH, Dict., s.v. «8. Clavus latus». - Retour texte

(27) Frédéric HOTTENROTH, Le costume, les armes, les bijoux, la céramique, les ustensiles, outils, objets mobiliers, etc. chez les peuples anciens et modernes, Paris, A. Guérinet, 1883. - Friedrich HOTTENROTH, L'art du costume, Paris, L'Aventurine, 2002, 303 p. (reprise des planches du précédent).- Retour texte

(28) Par-dessus l'angusticlave, les chevaliers portaient une trabea, «toge» en pourpre marine, rayée de bandes d'écarlate, courte comme il convenait à des cavaliers, et s'agrafant sur l'épaule droite. Pline dit que les rois romains portèrent la trabée pourpre (PLINE, Hist. Nat., VIII, 74). - Retour texte

(29) Magistrat romain laticlave, laraire de la Maison des Vettii, in François GILBERT, Gladiateurs, chasseurs et condamnés à mort. Le spectacle du sang dans l'amphithéâtre, Lacapelle-Marival, Archéologie Nouvelle éd., coll. «Archéologie vivante», 2013, p. 27. - Retour texte

(30) Albert RACINET, Le costume historique, 6 vols, 1876-1888. - A. RACINET, Histoire du costume, Paris, Bookking International, 1991, 320 p. (reprise des planches de l'édition 1876-1888), p. 33. - Retour texte

(31) Ce qui exclut les questeurs, les édiles plébéiens et les tribuns de la plèbe. - Retour texte

(32) Au contraire des bandes laticlaves, qui se portent de part et d'autre de la poitrine, comme on va le voir. - Retour texte

(33) Le traducteur arrondit les angles ! Bref, une belle «infidèle» puisque le latin parle seulement de «toges», sans mentionner la prétexte, pas plus qu'il n'en précise la couleur ou le fait qu'elles soient «brodées» (A. DACIER, Œuvres d'Horace en latin et en françois, op. cit., t. VI, 4e éd., 1727, p. 241 [à propos de HOR., Sat., I, 5].) - Retour texte

(34) Le latin gausapa désigne «une étoffe de laine avec les poils d'un côté» (GAFFIOT). - Retour texte

(35) A. RICH, Dict., s.v. «9. Clavus angustus». Écrivant au XIXe s., Rich bien sûr pense que la large bande laticlave était unique, au milieu de la poitrine.
Dans son Institution oratoire, Quintilien - que cite A. Rich - a rédigé tout un traité sur la manière de draper la toge.
En fait, si Quintilien parle au pluriel des bandes angusticlaves et au singulier du laticlave, c'est parce que le mot laticlaua désigne habituellement, par métonymie, la tunique sénatoriale dans son ensemble. - Retour texte

(36) Issu du prestigieux ordre sénatorial, le tribun laticlave servait un an comme tribun; les tribuns militaires (ou angusticlaves) servaient quatre ou cinq ans - la dernière seulement comme tribun. - Retour texte

(37) Michael SIMKINS (txt.) & Ron EMBLETON (d.), The Roman Army, from Cæsar to Trajan, Osprey, coll. «Men-At-Arms», ní 46, 1974, pl. G. - Retour texte

(38) Martin MIDROW (txt.) & Angus Mac BRIDE (d.), Imperial Rome at War, Concord Publications Cy, 1996, pp. 14-15. - Retour texte

(39) E-mail à l'auteur. - Retour texte

(40) L. HEUZEY, s.v. «Clavus Latus, Angustus», in Charles DAREMBERG & Edmond SAGLIO, Dictionnaire des Antiquités grecques et romaines, t. I, Hachette, 1877-1919. - Retour texte

(41) Entendons par-là que, la ceinture faisant blouser la tunique, celle-ci paraît plus courte qu'une autre portée sans ceinture comme c'est le cas de la laticlave. L'orateur, précise Quintilien, «doit se ceindre de telle sorte, que la tunique descende par devant un peu au-dessous des genoux, et par derrière jusqu'au milieu des jarrets; plus bas, cela ne convient qu'aux femmes, et, plus haut, qu'aux centurions». - Retour texte

(42) Trad. Nisard (1855), révisée par Jacques Poucet [site de Philippe Remacle]. - Retour texte

(43) J.-P. NÉRAUDAU, Être enfant à Rome, op. cit., pp. 148-149. - Retour texte

(44) Et bien avant encore, les femmes l'avaient abandonnée au profit de la stola richement brodée, qu'elles portaient par-dessus la longue et stricte tunica. Avec, pour couronner l'ensemble la palla, le châle qui hors de la maison leur couvrait tête et épaules.
Caton le Jeune, qui affectait de se conformer aux plus anciens usages, se rendait au Sénat nu sous sa toge; c'est probablement au même effet que les prostituées conservèrent la toge - de couleur vive - plus longtemps que les autres femmes. - Retour texte

(45) Comme le rappelle Valérie Mangin à propos du Dernier Pharaon (second opus d'Alix Senator) : «Les gouverneurs de provinces sont en général des sénateurs, mais ce n'est pas le cas en Égypte, où j'envoie Alix. (...) L'Égypte, [la] plus riche province de l'empire, représente de gros enjeux financiers et Auguste craint qu'un sénateur ou qu'un puissant notable y consolide sa fortune et y lève une armée contre lui. (...) Même le meilleur ami d'Auguste, Mécène, qui possède de grandes propriétés égyptiennes n'a pas le droit de s'y rendre !» (Casemate, ní 62, août-septembre 2013, p. 38).
De fait, depuis -30 la province impériale d'Égypte est dite «procuratorienne», avec cette circonstance exceptionnelle - le cas est unique - qu'elle n'est pas soumise à l'autorité d'un procurateur (intendant, procurator pro legato) mais à celle d'un préfet de rang équestre. La situation n'est pas sans faire songer à l'État indépendant du Congo, de son vivant propriété privée du roi des Belges Léopold II. Mais si les sénateurs n'y sont pas admis, que va y faire Alix revêtu de son laticlave ? Il est vrai qu'Auguste, qui l'y envoie, peut tout ! - Retour texte