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MAI 2006

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SUR CETTE PAGE

 
15 Mai 2006
À LA RECHERCHE DU ROI ARTHUR
David a écrit :
Je suis passionné des légendes arthuriennes. Peut-on être tenu au courant des disponibilités en matière vidéo sur les anciens feuilletons et les films sur le sujet ?
 
 
RÉPONSE :

N'étant pas distributeur de DVD, il m'est difficile de vous répondre quant à l'état des disponibilités. Une fois que j'ai acquis un film intéressant, je ne le cherche plus, bien entendu.
Ont été édités en DVD français : Le Roi Arthur (Fuqua), Merlin (Barron), Excalibur (Boorman), Les brumes d'Avalon... Monty Python's Sacré Graal... Perceval le Gallois... Lancelot, le Premier Chevalier...
Je ne pense pas que le film intitulé Avalon se raporte à la geste Arthurienne, sinon de très loin. En fait, je ne sais rien de précis sur ce film.
Knights of the Round Table (Thorpe) existe de DVD VO [et, depuis, a été édité en VF+VO Les Chevaliers de la Table Ronde chez Warner, coll. «Légendes du Cinéma» (2007)].

Le roi des Celtes (Arthur Warlord of the Britons) n'existe pas en DVD à ma connaissance. Mais il y a eu une VHS, remontage de quelques épisodes.

EvidDead 3 fait référence à un certain roi Arthur, sans grand rapport avec celui du cycle du Graal.
Une curiosité : Le Dieu d'Osier, imagine une survivance religieuse païenne celtique liée au culte du dieu-soleil Nuada. Dans le mythe irlandais, Nuada-Main-d'Argent est le roi des Tuatha Dé Danann (les amateurs de rap celtique connaissent la chanson de Manau, «La tribu de Dana» !) et s'illustre à la bataille de Mag Tured, où il perd sa main qu'il remplacera par une prothèse d'argent.

Vaste question que la vôtre, qui déborde un peu sur l'heroic fantasy. Songiez-vous à des titres précis ?

 
 
 
DAVID RÉÉCRIT :
Je vous remercie de votre réponse. En fait, c'est principalement le feuilleton des années 1972/73 que je recherche : Arthur, roi des Celtes. D'après mes recherches, il n'est pas encore disponible en DVD. Il faut certainement encore patienter; du moins, je l'espère.
 
 
 
17 mai 2006
ALISE-SAINTE-REINE, CHAUX-DES-CROTENAY ET AUTRES CROTTES-DE-NEZ :
HARO SUR BADINGUET, LE PAUVRE NAPOLÉON III
Jean a écrit :

Je viens de découvrir avec intérêt votre page sur Vercingétorix, bien documentée.

Avez-vous des actions à Alise ? Ou contre Chaux-des-Crotenay ? Vous parlez de la stratégie incompréhensible de Vercingétorix à Alésia. Si on situe cette dernière à Chaux, ce qui me paraît aller de soi, cette stratégie est claire : Chaux se trouve sur l'itinéraire naturel le plus direct menant de Langres, à travers la Séquanie, jusqu'au pays allobroge (ça commence à Genève), ce qui est le plan de marche expressément donné par César. De plus, même avec une simple carte routière on se rend compte que Chaux est le meilleur point stratégique pour couper cet itinéraire. Alise, au milieu de nulle part et même pas dans la bonne région, ne coupe rien du tout.

 
 
RÉPONSE :

Je vous ferais remarquer que je n'ai qualifié d'«incompréhensible» que la stratégie de Vercingétorix telle qu'elle est exposée dans le film de J. Dorfmann. Avez-vous vu le film, et son délire baba-cool ? Je doute que le véritable Vercingétorix ait été ce personnage zen qu'interprète Christophe Lambert, et ait éprouvé le moindre remord à faire couler le sang ennemi.
A décharge, notez quand même que les réflexions sur l'inanité de la guerre, et la défaite qui est en réalité une victoire, ont été empruntées mot pour mot au Mahabharata - dialogue du héros Arjunta avec son conducteur de char Krishna, le dieu de la guerre. Voyez aussi le monologue désabusé de Robert E. Lee (Martin Sheen), au soir du 3 juillet 1863, après l'échec de la charge de Pickett : «Il faut que nous nous reprenions, général (1). Le moral de cette armée est bon. Très bon encore. Nous ferons mieux un autre jour. Ils ne sont pas morts, pour nous (2). Pas pour nous. Non. En cela nous sommes bénis. Si cette guerre continue - et elle va durer. Elle va durer... [Il hoche la tête, pensif :] Que pouvons-nous faire d'autre, tous les deux ? C'est toujours la même question qu'on se pose tous : que peut-on faire d'autre ? [Avec détermination :] S'ils veulent se battre, nous nous battrons avec eux... Et qu'importe après tout qu'ils gagnent. Est-ce là même question importante ? Dieu nous la posera-t-il à notre dernier jour ?» (Gettysburg, Ronald F. Maxwell).)

Pour le reste, je me suis surtout intéressé au déroulement du siège tel que César (et Dorfmann) l'ont raconté, non à la localisation du site - ce en dépit des nombreuses photos et cartes d'Alise-Sainte-Reine qui illustrent mon dossier. Son conservateur Michel Reddé, et consorts, font état de vestiges celtes et romains; en a-t-on trouvé à Chaux-des-Crotenay (3) ?

Sans être détenteur d'actions à Alise, je me suis rallié à la «thèse officielle» et n'ai pas cru devoir prendre position pour ou contre, ni m'exprimer au sujet des nombreuses anti-Alises, dont certaines tout de même sont assez croquignoles (en revoici la liste : Alès dans le Gard (!), Izernore dans l'Ain, Novalaise en Savoie, Aluze en Saône-et-Loire, Auxonne en Côte-d'Or, Luxeuil dans la Haute-Saône et Salins dans le Jura). Entre la mauvaise foi politique et l'archéologie de brasserie, celle dont se gargarisent les «imbéciles heureux qui sont nés quelque part» chantés par le Grand Georges, l'hystérie anti-napoléonienne est un domaine où je me garderai bien de poser le pied. Il y a, en France, des gens plus compétents que moi pour en débattre.

Mais j'irai jeter un coup d'œil sur le site que vous citez. Et je vous remercie de l'intérêt que vous apportez au mien.


NOTES :

(1) Il s'adresse à Longstreet. - Retour texte

(2) Les Confédérés ont essuyé 40 % de pertes ! - Retour texte

(3) Chaux-des-Crotenay est un hameau faisant partie de l'entité de Syam-Cornu, en Franche-Comté. Depuis 1962, André Berthier soutient pouvoir y localiser Alésia (N.d.M.E.). - Retour texte

 
 
 
JEAN RÉPOND :

CITATION
«Je n'ai qualifié d'incompréhensible que la stratégie de Vercingétorix telle qu'elle est exposée dans le film de J. Dorfmann.»

Dont acte et désolé pour la confusion.

CITATION
«Je doute que le véritable Vercingétorix ait été ce personnage zen qu'interprète Christophe Lambert, et ait éprouvé le moindre remord à faire couler le sang ennemi.»

Il n'était déjà pas tendre avec les siens. Cela dit, non, je n'ai pas vu ce film et vous ne m'en donnez pas autrement envie.

CITATION
«Michel Reddé et consorts font état de vestiges celtes et romains à Alise-Sainte-Reine; en a-t-on donc trouvé à Chaux-des-Crotenay ?»

Oui, en quantité, y compris une enceinte cyclopéenne, donc pré-celtique, ce qui corrobore Diodore qui parle d'une fondation avant les Celtes. A Alise, rien d'avant l'époque gallo-romaine. Pour ma part, je n'ai fait que réfuter Alise puisque ça entre dans un ensemble de pages sur la désinformation (qui valent ce qu'elles valent mais au moins sur Alésia je pense que c'est du béton). Etant membre d'une association soutenant Chaux, j'ai renvoyé au site de cette association (lien à la fin de ma page).

CITATION
«Sans être détenteur d'actions à Alise, je me suis rallié à la thèse officielle et n'ai pas cru devoir prendre position pour ou contre, ni m'exprimer au sujet des nombreuses anti-Alises, dont certaines tout de même sont assez croquignoles (j'en ai donné la liste, quelque part).»

Certaines candidatures sont effectivement très farfelues (Novalaise...).

 
 
 
RÉPONSE

«Il [Vercingétorix] n'était déjà pas tendre avec les siens. Cela dit, non, je n'ai pas vu ce film et vous ne m'en donnez pas autrement envie», m'écrivez-vous. Eh oui ! Vercingétorix, et c'est certainement vrai même si c'est César qui le raconte, a fait mettre à mort ou supplicier (yeux crevés, bûcher etc.) tous ceux des Gaulois qui refusaient de marcher avec lui...

Deux remarques :
1.

C'était qui les siens ? Les Gaulois, ou seulement les Arvernes ? Les républicains oligarques ou les populistes monarchistes. Ah, la guerre civile. La pire de toutes...

Jean Lartéguy a placé en exergue de Tout Homme est une Guerre civile (1969), son «roman soixante-huitard», cette provocatrice citation de Montherlant, que je ne résiste pas au plaisir de citer ici in extenso. Moi, elle me fait froid dans le dos. «Je suis la Guerre civile. Et j'en ai marre de voir ces andouilles se regarder en vis-à-vis sur deux lignes, comme s'il s'agissait de leurs sottes guerres nationales. Je ne suis pas la guerre des fourrés et des champs. Je suis la guerre du forum farouche, la guerre des prisons et des rues, celle du voisin contre le voisin, celle du rival contre le rival, celle de l'ami contre l'ami. Je suis la Guerre civile, je suis la bonne guerre, celle où l'on sait pourquoi l'on tue et qui l'on tue : le loup dévore l'agneau, mais il ne le hait pas : tandis que le loup hait le loup. Je régénère et je retrempe un peuple; il y a des peuples qui ont disparu dans une guerre nationale; il n'y en a pas qui ait disparu dans une guerre civile. Je réveille les plus démunis des hommes de leur vie hébétée et moutonnière; leur pensée endormie se réveille sur un point, ensuite se réveille sur tous les autres, comme un feu qui avance. Je suis le feu qui avance et qui brûle, et qui éclaire en brûlant. Je suis la Guerre civile. Je suis la bonne guerre» (Henri de MONTHERLANT, La Guerre civile [Gallimard]).

   
2.

Je ne vous ai pas donné envie de voir le film ? Je le regrette bien. J'ai une certaine tendresse pour lui, malgré ses contradictions. Vous, vous allez vous priver d'une partie de franche rigolade.

C'est un peu ça le péplum. On est toujours en équilibre instable entre l'enthousiasme et la déception. La réussite et l'échec. Le cliché ou l'anachronisme. Mais parfois on mise juste...

 
 
 
17 mai 2006
HONTE À CET EFFRONTÉ QUI PEUT CHANTER QUAND ROME BRÛLE !
Jocelyne a écrit :
Je suis professeur de lettres classiques et j'ai préparé une séquence de latin, en troisième, à partir du remarquable docu-fiction Brûlez Rome. Ce travail pourrait éventuellement faire l'objet d'une publication à but pédagogique. Pourriez-vous m'indiquer à qui je pourrais m'adresser pour publier ce travail ?
 
 
RÉPONSE :

N'étant pas moi-même enseignant, ni même Français, je suis assez mal placé pour vous indiquer comment éditer semblable dossier. Vous devriez vous adresser, je pense, à une ARELA (Association régionale d'enseignants de langues anciennes, membre de la CNARELA [Confédération Nationale des Enseignants de Langues Anciennes]), mais ce sont des tirages artisanaux... et j'ignore quelles sont vos attentes exactes en matière d'édition. Voyez tout de même avec mon vieux complice Claude Aziza, qui préside la CNARELA, et dont je vous communique l'adresse électronique (...). Il vient lui-même d'achever un Néron qui sort [qui est sorti] chez Découverte-Gallimard en septembre.

neron - caude aziza

Claude AZIZA, Néron, Gallimard, coll. «Découverte», 2006

Je serais intéressé de consulter votre travail. L'incendie de Rome m'intéresse beaucoup, en effet. En particulier la prétendue relation entre ce désastre et les lois néroniennes, auxquelles il est toujours fait référence, mais dont le texte n'est jamais parvenu aux spécialistes du droit romain. Elles ont soi-disant juridiquement fondé la persécution, mais sont inconnues des auteurs contemporains qu'ils soient païens ou chrétiens. Furent-elles jamais été rédigées, ces fameuses lois ? Ou faut-il les ranger à côté des accessoires destinés à faire peur aux petits enfants, comme le Père Fouettard, le monstre du Loch Ness ou les OVNI ? Ou le prétendu anathème misogyne de l'Eglise selon lequel les femmes n'auraient pas eu d'âme (et pourquoi les baptise-t-on, dans ce cas ?).

 
 
 
Jocelyne réécrit :

Un grand merci pour votre réponse, si rapide, et pour vos suggestions. Mon attente, c'est surtout de partager ce travail.
Je serais ravie si Claude Aziza acceptait de me répondre.
Je vous enverrai mon travail quand il sera totalement achevé.

Pour les chrétiens, on s'appuie sur ce texte de Tacite. Je ne pense pas que l'on ait un texte plus «officiel» :

XLIV. La prudence humaine avait ordonné tout ce qui dépend de ses conseils : on songea bientôt à fléchir les dieux, et l'on ouvrit les livres sibyllins. D'après ce qu'on y lut, des prières furent adressées à Vulcain, à Cérès et à Proserpine : des dames romaines implorèrent Junon, premièrement au Capitole, puis au bord de la mer la plus voisine, où l'on puisa de l'eau pour faire des aspersions sur les murs du temple et la statue de la déesse; enfin les femmes actuellement mariées célébrèrent des sellisternes et des veillées religieuses. Mais aucun moyen humain, ni largesses impériales, ni cérémonies expiatoires ne faisaient taire le cri public qui accusait Néron d'avoir ordonné l'incendie. Pour apaiser ces rumeurs, il offrit d'autres coupables, et fit souffrir les tortures les plus raffinées à une classe d'hommes détestés pour leurs abominations et que le vulgaire appelait chrétiens. Ce nom leur vient de Christ, qui, sous Tibère, fut livré au supplice par le procurateur Pontius Pilatus. Réprimée un instant, cette exécrable superstition se débordait de nouveau, non-seulement dans la Judée, où elle avait sa source, mais dans Rome même, où tout ce que le monde enferme d'infamies et d'horreurs afflue et trouve des partisans. On saisit d'abord ceux qui avouaient leur secte; et, sur leurs révélations, une infinité d'autres, qui furent bien moins convaincus d'incendie que de haine pour le genre humain. On fit de leurs supplices un divertissement : les uns, couverts de peaux de bêtes, périssaient dévorés par des chiens; d'autres mouraient sur des croix, ou bien ils étaient enduits de matières inflammables, et, quand le jour cessait de luire, on les brûlait en place de flambeaux. Néron prêtait ses jardins pour ce spectacle, et donnait en même temps des jeux au Cirque, où tantôt il se mêlait au peuple en habit de cocher, et tantôt conduisait un char. Aussi, quoique ces hommes fussent coupables et eussent mérité les dernières rigueurs, les cœurs s'ouvraient à la compassion, en pensant que ce n'était pas au bien public, mais à la cruauté d'un seul, qu'ils étaient immolés (TACITE, Annales, XV).

 
 
 
RÉPONSE

Ben oui, Tacite ! Mais le livre XV n'est connu que par une copie du XIIe s., aussi soupçonne-t-on les braves moines d'avoir interpolé tout ce qu'ils voulaient. C'est qu'elle est forte la tentation de prouver, à tout prix, que Jésus-Christ et ses petits camarades était bien connus des Romains, qui pourtant s'en soucièrent comme d'une guigne lorsqu'ils le clouèrent sur la croix ! Le fait est qu'à part Tacite et Suétone (tout aussi suspect), personne avant le IVe s. ne mettra la persécution des chrétiens en relation avec l'incendie de Rome !... Autrement dit : pas avant l'édit de tolérance de Constantin. Même des «romans chrétiens» comme les Actes de Paul et les Actes de Pierre (1), qui parlent de leur martyre à Rome, sous Néron, passent l'incendie sous silence. Paul et Pierre sont condamnés à mort parce qu'ils critiquent les mœurs relâchées des puissants... et dissuadent les prostituées de se prêter à leurs jeux (!). Paul ressuscite des morts, argument imparable de sa prédication, et se veut plus puissant que l'empereur romain !

Si Suétone et Tacite avaient, dans le texte d'origine, contenu ces affirmations qui désignent les chrétiens comme suspects d'être des incendiaires et persécutés à ce titre, comment expliquer qu'entre mettons 120/150 et 300 - époque des grandes persécutions, aucun auteur chrétien (ils n'y avaient pas vraiment intérêt, bien sûr) ou païen (or les polémistes païens comme Celse y auraient trouvé tout avantage) n'aient relayé une aussi grave accusation ?

Les Actes de Pierre, qui situent l'exécution de l'apôtre entre 65 et 67, ont dû être composés au plus tôt dans le courant du IIe s. (ainsi, au lieu d'être le fondateur de communautés chrétiennes - comme dans les Actes des Apôtres - Paul les trouve déjà constituées, ce qui correspond à l'état du christianisme dans le courant du IIe s., c'est-à-dire cent trente ans plus tard.

Selon les Actes de Pierre, prêchant la chasteté, Pierre aurait converti nombre de prostituées romaines, que la traduction «Pléiade» nomme «concubines». Le préfet Agrippa (?), un familier de César nommé Albinus et d'autres citoyens se voyant ainsi privés des services de leurs concubines favorites, voulurent le faire périr. C'est pourquoi Pierre décida de fuir Rome; mais, ayant sur le chemin rencontré le Christ disposé à se faire recrucifier - Quo Vadis, Domine ? -, il revient dans la ville et se livre à ses bourreaux lesquels, à sa demande, le crucifient tête en bas.

Dans les Actes de Paul, le «treizième apôtre» ressuscite l'échanson Patrocle, que Néron aimait beaucoup. Or l'empereur a la désagréable surprise d'entendre celui-ci se proclamer, désormais, disciple du Christ, le «Roi Eternel»... conversion qui en entraîne d'autres, parmi ses esclaves. Néron voue alors les chrétiens aux flammes... du bûcher et ordonne aux centurions Longus et Cestus le décapiter le prêcheur.
Paul les convertit aussi et leur prédit que, le col tranché, il ressuscitera. De fait, le lendemain de son exécution, Paul réapparaît. Ebranlé, Néron fait libérer les chrétiens encore emprisonnés. Selon cette version Paul fut exécuté le troisième jour des calendes de juillet (29 juin), soit - jour pour jour - trois ans après le martyre de Pierre. Aucun de ces «romans chrétiens» ne fait allusion à l'incendie de Rome, ni à une quelconque accusation de responsabilité des chrétiens. Quittant Corinthe pour Rome, Saül-Paul fait néanmoins cette prophétie apocalyptique : «Frères (...) je m'en vais vers une fournaise - c'est de Rome que je parle -, et je n'en aurai pas la force si le Seigneur ne me [revêt] pas de puissance» (Actes Paul, XII, 2). Fait-il ici quand même allusion à l'incendie de Rome ou, comme c'est plus probable, aux supplices qui les y attendent, ou à cette Fin des Temps en prévision de laquelle les

Vous aurez noté que le docu-fiction de Robert Kéchichian innocente Néron. Enfin la révision du procès ?...
Loin de moi l'idée de faire du «révisionnisme». J'ai encore tout à apprendre de ces merveilleux Pères de l'Eglise qui pratiquèrent ce périlleux exercice bien avant nous.

Question plus technique : les vigiles, ces pompiers de la Rome antique. Avez-vous songé à consulter la thèse de Robert Sablayrolles - qui était le conseiller historique du docu-fiction Brûlez Rome - sur les vigiles romains ?
(R. SABLAYROLLES, Libertinus Miles - Les cohortes de vigiles, Coll. Ecole française de Rome, n 224, 1996.)

Addendum
Dans le même sens que nous, on consultera aussi avec profit (en dépit des scories du scannage) Polydore HOCHART, «La persécution des chrétiens sous Néron - Etude historique» sur le site Méditerranée-antique.info.


NOTE :

(1) Actes de Paul et Actes de Pierre, in Ecrits apocryphes chrétiens, NRF, Pléiade, 1997. - Retour texte

 
 
 
18 Mai 2006
ARCHÉOLOGIE EXPÉRIMENTALE ET RECONSTITUTIONS ANTIQUES
Claude Aubert a écrit :

Puis-je vous suggérer de consulter le site www.gladiateur.ch ? Bien sûr, ce n'est pas à proprement parler du péplum, mais je trouve que ce qui y est présenté [je ne suis en rien impliqué, et c'est par hasard que j'ai découvert ce site] semble très intéressant.

Dans le but de «buster les synergies des antiquitophiles» (tiens, tiens ! comment dirait-on cela en grec ancien ou en latin ?), on pourrait peut-être imaginer que vous demandiez à votre web-magister de créer un lien entre votre site et celui de la manifestation octodurienne. Qu'en pensez-vous ?

 
 
RÉPONSE :
J'intégrerai ceci dans un prochain courrier : www.gladiateur.ch
Ca a l'air amusant, mais le drapé des manteaux est factice, de même le cingulum heu, bon, je m'égare... Mais je suis très maniaque pour les équipements militaires, étant en correspondance avec des gens qui font de la reconstitution.
 
 
 
CLAUDE AUBERT RÉPOND
Un tout grand merci de votre courriel. Je dois dire que cela m'intéresserait d'entrer en contact avec des personnes qui font de la reconstitution. C'est une variante très intéressante de l'«archéologie expérimentale».
 
 
 
RÉPONSE

Sur ma page d'accueil il y a la couverture d'un bouquin sur les gladiateurs, publié chez Errance par Eric Teyssier et Brice Lopez. Cliquez dessus et vous trouverez ma recension, ainsi que l'accès à leur site ACTA Experimentation. Brice est professeur de jiu-jitsu et Eric un historien (Université Nîmes) spécialiste de... la Révolution française. Ils se sont mis à réfléchir sur ce que nous savons des armements de l'Antiquité, et de la manière de les utiliser. Dans le courrier de mon site, il y a plusieurs échanges avec Eric Teyssier, allez les lire. (CLICK & CLICK)

Je crains un peu que les cascadeurs suisses dont vous m'avez communiqué l'URL (bien sûr, je ne les ai pas vu à l'œuvre, mais rien qu'à voir les costumes... Hmmmm...) soient du même niveau que ceux de Puy-du-Fou en Vendée (il paraît qu'ils font la tortue avec des boucliers accrochés sur une structure en tubes d'acier, j'entends encore mes amis s'esclaffer).
Inauguré en juin 2001 près de Rennes, en Vendée, la préparation du Stadium de Puy-du-Fou (1), prit quatre ans. Avec ses 3.500 m de gradins, cette arène hybride dont la structure - tant pis pour les puristes - télescope l'amphithéâtre (ovale) et le cirque (spina centrale) peut recevoir 6.500 spectateurs et propose deux spectacles par jour. Toutes les précautions électroniques ont été prises pour que ce cirque forain en dur, mais patiné à l'antique, offre un maximum de sécurité aux visiteurs. Son directeur, Philippe de Villiers y accueille le cascadeur équestre bien connu Mario Luraschi (Astérix et Obélix contre César; Vercingétorix; et le Ben Hur de Robert Hossein) qui a formé des auriges locaux; des gladiateurs... tchèques; et, enfin, le dompteur Thierry Leportier, sa fille Karen (dans le rôle de Sainte Blandine (!)) et sept lions aux sourires impressionnants. Ses fauves ont déjà été vus dans Fort Boyard et Gladiator. Au long de cinq tableaux de huit minutes chacun, c'est le frisson et les pop-corn garantis !

Tiens, en parlant de cascadeurs suisses, il me revient d'avoir lu un article consacré à Roland Carey, prenant la pose dans l'amphithéâtre d'Avenches. Ce cascadeur helvétique, qui tourna notamment avec Riccardo Freda, aurait ouvert une d'école de cascadeurs-gladiateurs. Article publié après la sortie du film de Ridley Scott (2).
Ce cascadeur et comédien lausannois (il a suivi à Paris les cours René Simon et Maurice Escande, puis le Conservatoire au début des années '50) fut avec son confrère cascadeur Gil Delamare, ainsi que l'haltérophile Gordon Scott, l'un des rares «acteurs» dont Freda parlait avec respect ! Sa carrière cinématographique ne se résuma pas aux seuls péplums. Rappelons tout de même qu'on l'a vu incarner Jason dans Le Géant de Thessalie (Freda, 1960) et tenir le premier rôle dans L'épée du Cid (1962) et La Rivolta dei Barbari (1964). Il semble avoir eu aussi un petit rôle dans La Chute de l'Empire romain (1964), mais j'ignore lequel. Sa carrière fut brisée par la politique des coproductions franco-italiennes qui imposaient un certain quota d'acteurs nationaux : plus de rôle intéressant, désormais, pour le titulaire d'un passeport à croix-blanche - ainsi se vit-il éjecté du médiéval La révolte des mercenaires.

coh VII - praetoria lupae - villa de malagne

A part ça, je suis aussi très pote - et depuis plus de vingt ans - avec le tribun Claudius Marcellus de la cohorte hollywoodienne de la Louve, pardon, la Coh VII Prætoria Lupæ belge [photo ci-dessus], qui est un peu l'antithèse d'ACTA Expérimentation, mais n'en est pas moins composée de joyeux compagnons que j'adore rencontrer à l'Archéosite d'Aubechies (près de Ath) ou à Malagne (Rochefort) devant une bière artisanale de notre belle Wallonie...

Enfin, si les questions de reconstitution vous interpellent, je ne saurais trop vous recommander les trois forums consacrés à Rome, de la Royauté au Haut-Empire, du Bas-Empire et Grandes invasions, et des Gladiateurs.


NOTES :

(1) Cf. Christophe BUCHARDT (photos Hubert FANTHOMME), «Ben Hur arrête son char en Vendée», Paris-Match, 10 mai 2001 et, à la TV, l'émission «Reportages» (RTL-TVI, 29 juillet 2002). - Retour texte

(2) Cf. Frédéric NEJAD (photos Claude GLUNZ), «Roland Carey. Gladiateur Romand», L'Illustré (Lausanne), 9 août 2000, pp. 26-29. - Retour texte

 
 
 
22 mai 2006
JULES CÉSAR, Y METTAIT PAS D'FALZAR, POUR QU'ON VOIE SES BELLES JAMBES...
Sylvie a écrit :

Bravo pour votre site très intéressant.

Quelqu'un parmi vous a-t-il connaissance des paroles chantées dans le générique final (Pontifex Maximus...) du film d'Uli Edel Jules César sur un thème emprunté à la VIIe de Beethoven ?

 
 
RÉPONSE :

Distingué ou pas (en l'occurrence, mieux vaut pas), tout péplologue belge connaît la rengaine du Grand Jojo - «de Lange Jojo», de l'autre côté de la frontière linguistique, alleï ! - qui nous apprend que «Jules César / On l'appelait «Jules César» / Y mettait pas d'falzar / Pour qu'on voie ses belles jambes / Ses jolies jambes / Ses jambes de «Super-Star»... Un 45t qui a connu son petit quart d'heure de gloire dans les années '80.

Mais... Non. Désolé. Je ne possède pas de transcription des paroles du générique final du téléfilm d'Uli Edel. Si jamais vous les obtenez, je serais heureux de les connaître.

grand jojo - lange jojo - jules cesar

 
 
 
[mai 2006]
NOUS AVONS REÇU : ALEXANDRE DUMAS, MÉMOIRES D'HORACE

Alexandre DUMAS, Mémoires d'Horace (édition, préface et commentaires de Claude AZIZA), Les Belles Lettres, 2006.

Un roman inédit, déroulant l'histoire de la Rome républicaine sous les yeux d'Horace, témoin immortel. Ce roman paru en feuilleton dans Le Siècle du 16 février au 19 juin 1860 n'a jamais été édité. C'est donc un véritable inédit ignoré des biographes de Dumas.

Sous une forme romancée : la vie du poète latin Horace (65-8 av. n.E.) racontée par lui-même. Dumas fait un tableau haut en couleurs d'un demi-siècle de la Rome républicaine, période cruciale qui voit la fin de la République, minée déjà par des luttes intestines (Catilina, Clodius, Cicéron, Pompée, Crassus, César) et les débuts de l'Empire (Auguste). Le récit s'arrête avec le triomphe d'Octave en 29 av. n.E. Il s'y révèle prodigieux conteur et pédagogue inspiré. Une suite fût annoncée; elle ne sera jamais écrite.

Dans ce roman, Alexandre Dumas donne un portrait vivant des hommes et des institutions de l'époque.

On ne peut pas dire que le nom d'Alexandre Dumas - l'immortel auteur des Trois Mousquetaires et du Comte de Monte-Cristo - s'impose à l'esprit, lorsque l'on parle de l'Antiquité romanesque. Et pourtant ! La Muse de l'auteur d'Acté (1839), d'Isaac Laquedem (1853) et de Caligula (1848), qui fut aussi - pendant quelques mois - le directeur du site de Pompéi (1860), n'a pas boudé le péplum romanesque, théâtral ou feuilletonnesque. En témoigne cet inédit exhumé par Claude Aziza.

 
memoires d'horace - alexandre dumas
 
  Suis et ipsa Roma viribus ruit
(«Et Rome s'écroule par ses propres forces.»)
Epodes, XVI, 2

(...) 1809 : le jeune Dumas - il a sept ans - commence à lire. Deux ouvrages vont marquer à jamais son imaginaire : La Bible, et surtout ces Lettres à Emilie sur la mythologie écrites par Demoustiers dont Dumas lui-même nous rappelle qu'il naquit à Villers-Cotterêts. Les années passent, il est temps de se plonger dans les humanités. Pour le jeune garçon, elles se résumeront à un peu de latin à domicile. Il passera d'ailleurs plus de temps à chercher des traductions qu'à traduire des textes !

Premières émotions esthétiques : en ce mois de novembre 1822, Dumas fait une escapade à Paris. Le 4 août au soir, avec son ami Adolphe de Leuven, il va vibrer à la Comédie-Française devant le Sylla de De Jouy avec, dans le rôle-titre, l'illustrissime Talma. Lequel, sublime et familier à la fois, baptise «poète» le jeune homme timide qui est venu le voir dans sa loge. Mars 1823 : Dumas a pris sa décision : il va s'installer à Paris. Il vibrera encore devant le Régulus d'Arnault, toujours joué par Talma. Il faudra dix ans pour que Dumas retrouve une telle émotion, à la fois esthétique et affective. En août 1835, l'Antiquité est toujours là, à Naples et à l'opéra. On y donne la Norma de Bellini, où triomphe Caroline Ungher, dont lui-même, passionnément épris, triomphera quelques jours plus tard lors d'un voyage en mer.

1840. Dumas serait-il devenu sérieux ? Le père se réveille en lui, lorsqu'il écrit à son fils Alexandre - il a dix-sept ans - un vaste programme pédagogique. Il faut apprendre le grec, connaître l'histoire de Rome, et surtout lire les poètes latins, Horace et Virgile en tête. Sans oublier les écrivains contemporains : Hugo, Lamartine et... Dumas. Mais quoi de Dumas ? Le récit de Stella dans Caligula, joué en 1837.

Cinq ans plus tard, il place le Théâtre Historique qu'il vient de construire sous les auspices des grands tragiques grecs. Sans cesse, par ailleurs, apparaissent dans son œuvre historiens et poètes latins : Salluste, Tacite, Suétone, Catulle, Ovide, Horace.

Il s'est entouré d'un bestiaire antique : César, son coq, Lucullus, son faisan doré, et Jugurtha, le vautour qu'il a rapporté de Tunisie.

C'est toujours sous le signe du monde antique qu'il voyage. Sa curiosité est insatiable. Est-il, en 1834, en Suisse, qu'il se passionne pour la légende de Ponce Pilate portée par le Juif errant. Vingt après ce sera Isaac Laquedem. Est-il, cette même année, en Provence, qu'il se fait archéologue amateur et visite les monuments romains.

Mais il est de plus féconds séjours antiques. Si Dumas profita de son voyage de 1846 pour visiter Carthage, c'est dans les ruines de Pompéi qu'il rêva sur le sort des cités antiques. Il y fut en 1835, pour préparer son Caligula. Un an après la publication des Derniers jours de Pompéi, de Bulwer-Lytton. L'a-t-il lu ? rien ne permet de l'affirmer. Rien, en revanche, n'interdit de penser qu'il a pu contempler à Paris, en 1834, l'immense toile du Russe Brioulov, Le dernier jour de Pompéi. S'en souvenait-il en 1860 lorsqu'il devint pour un temps le maître des lieux de la cité disparue ?

Si l'homme et le voyageur ont été à ce point pénétrés de l'esprit antique, qu'en fut-il de l'écrivain ?

En 1826 il écrit, pour un ouvrage de luxe sur la galerie du Palais-Royal, quelques vers (89 !) au lyrisme déjà tout virgilien ou... horacien :

«Il est une heure plus brûlante/ Où le char du soleil au zénith arrêté,/ Suspend sa course dévorante/ Et verse des torrents de flamme et de clarté.»

Parmi ses gammes théâtrales, une tragédie qu'il brûle, sans doute vers 1827 : Les Gracques. Dans le même domaine, la suivante, Caligula, le 26 décembre 1837, sera mieux venue. Pourtant, malgré le faste de sa mise en scène, elle n'emportera pas toutes les adhésions. Onze ans plus tard, en 1848, Catilina, ne sera qu'un demi-succès. Quant au Testament de César, joué l'année suivante, en 1849, il semble bien que Dumas y ait juste imprimé sa patte. Voilà pour le théâtre.

Qu'en est-il du domaine romanesque ? Acté, en 1839, a une double singularité : il comporte la première course de chars de la littérature romanesque et donne, pour la première et pratiquement l'unique fois, du personnage de Néron une image positive. On a déjà cité Isaac Laquedem, que la censure impériale interrompit en 1853. N'oublions pas enfin que parmi ses Grands hommes en robe de chambre figurent César (1849, disponible chez le même éditeur, Les Belles Lettres), Auguste (1857, resté à l'état de feuilleton), et peut-être Néron dont le manuscrit, s'il existe, doit dormir dans quelque grenier.

Ainsi donc la Rome antique est partout présente dans l'œuvre de Dumas. Dumas, fils de la Révolution, n'ignore pas que l'Urbs y a projeté les ombres fantasmatiques des deux Brutus, des deux Catons et des deux Gracques. Soit. Mais pourquoi Horace ? Retournons à la préface de Caligula :

«Il y a cinq ans que l'idée de cette tragédie m'est venue, et, depuis cinq ans, il ne s'est point passé un jour sans que je m'en occupasse. [...] C'était toute une époque inconnue, ou, qui pis est, mal connue; une époque que, arrivés à un certain âge, nous ne revoyons plus qu'à travers les souvenirs fastidieux du collège [...].
Ajoutez à cela que l'Antiquité [...] était tombée dans un si merveilleux discrédit, que l'ennui qu'elle traînait à sa suite était devenu proverbial; c'était donc plus qu'une innovation que je tentais : c'était une réhabilitation.
[...] Je partis pour l'Italie, afin de voir Rome; car, ne pouvant étudier le cadavre, je voulais au moins visiter le tombeau.
Je restai deux mois dans la ville aux sept collines, visitant le jour le Vatican, et la nuit le Colisée; mais, après avoir tout rebâti dans ma pensée, depuis les prisons Mamertines jusqu'aux bains de Titus, je m'aperçus que je n'avais qu'une face du Janus antique; face grave et sévère [...].
C'était Naples, la belle esclave grecque, qui devait m'offrir ce second visage, voilé, pour nos grands maîtres, sous la lave d'Herculanum et la cendre de Pompéi; visage gracieux comme une élégie de Tibulle, riant comme une ode d'Horace, moqueur comme une satire de Pétrone. Je descendis dans les souterrains de Résina, je m'établis dans la maison du Faune; pendant huit jours je vécus, m'éveillant et m'endormant dans une habitation romaine touchant du doigt l'Antiquité [...]. Alors la nation togée commença pour moi à descendre de son piédestal, à revêtir une forme palpable, à prendre une allure vivante.»

Rendre la Rome antique vivante, charnue, colorée, quel beau projet ! Et quel meilleur peintre pour le mener à bien que le poète Horace, l'homme des Satires, railleuses et piquantes, mais aussi des Odes, lyriques et parfumées ?
Dumas, on l'a vu, en a déjà conseillé la lecture à son jeune fils. Le petit Alexandre est devenu grand, il triomphe au théâtre le 30 novembre 1859 avec
Le père prodigue. Hugo, toujours en exil, envoie une lettre de félicitations à son ami, lettre qu'il conclut par :

«Vous allez donc partir ! Si j'étais Horace [c'est nous qui soulignons], comme je chanterais au vaisseau de Virgile ! Vous allez au pays de la lumière, à l'Italie, à la Grèce, à l'Egypte, vous allez faire le tour de l'eau de saphir; vous allez voir la mer heureuse; - moi je reste dans la mer sinistre. Mon océan envie votre Méditerranée. Allez, soyez heureux, soyez grand, et revenez.»

C'est là, croyons-nous, qu'il faut trouver le déclencheur immédiat d'un projet que Dumas caressait depuis longtemps.
Pourtant, que de différences entre le petit homme rondouillard qu'Auguste appelait affectueusement «mon petit tonneau», dont la vie arbora les couleurs d'un épicurisme de salon : honnête aisance
(aurea mediocritas) et confort douillet, et le géant tonitruant qui parcourut le monde et son siècle en éclatante majesté.
Mais que de ressemblance aussi - par-delà les siècles - entre deux hommes dont la vie et l'œuvre ne furent qu'une longue ode au bonheur.»