courrier peplums

DÉCEMBRE 2006

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7 décembre 2006
DE LA COURONNE DE FER AUX «FRÈRES CORSES» : L'AUTRE «MONSIEUR PÉPLUM»
Jean-Luc a écrit :

Je recherche La Couronne de Fer en DVD. Existe-t-il si possible sous-titré en anglais ou français ? Merci pour votre site. Vous êtes très érudit.

PS : Avez-vous un rapport avec le cinéphile de la cinémathèque de Paris surnommé justement «Péplum» ?

 
 
RÉPONSE :

Non, désolé, il n'existe pas - du moins à ma connaissance - de DVD sous-titré fr de la Corona di Ferro. Notez que ce film est déjà passé à la TV câblée VO s/t fr - et y repassera bien un jour. On peut l'espérer.

J'ai entendu parler, ou plutôt j'ai lu un article de Patrice Lelorain dans Cinématographe (n 120, juin 1986) relatif à un cinéphile érudit, comme moi fan de Pietro Francisci, qui fait partie des «quinze» de la Cinémathèque de Chaillot, et par ses pairs surnommé «Péplum». Mais je ne l'ai jamais rencontré. Je n'ai d'ailleurs jamais mis les pieds à Chaillot vu que ce Monsieur Péplum-ci... habite Bruocella, ce qui fait un peu loin les soirées d'hiver, même en TGV.

Mais à l'époque où cet article fut publié, de ma Nervie natale je descendais de temps à autre peri tèn philè Loutekian, vers «ma chère Lutèce» pour assister à quelque Nuit du Péplum organisée par la Fac de Censiers et mon complice Claude Aziza. Aussi le Festival Péplum du Val-de-Marne (1983)... celui du Musée d'Orsay (1997)... Des choses comme ça !

Bref, je ne suis pas M. Péplum (de Chaillot).

 
 
 
12 décembre 2006
UN CONFRÈRE ESPAGNOL
Rafael De España Renedo a écrit :

Je suis historien du cinéma (et médecin, mais ça c'est une autre histoire) et auteur du seul livre en espagnol sur un sujet que tous deux aimons: «El peplum. La Antigüedad en el cine» (Barcelone : Glénat, 1997 - par une étrange casualité, il sortit seulement un peu avant que le volume homonyme de Cinéma-Action coordonné par Aziza !). Je reconnais qu'il a un peu vieilli, mais au moment de sa parution il eut un certain succès parmi les aficionados.
J'aimerais vous envoyer un exemplaire, mais il est totalement épuisé.

Je vous écris pour vous exprimer l'admiration que j'ai pour votre magnifique Webpage, parce que je supervise (plus ou moins) les collections DVD de la maison Impulso Records. La qualité d'image est très bonne, et seul regret est la bande-son, uniquement avec le doublage espagnol (la première série donnait l'option de la VO). Il vient de sortir aussi une édition des deux premiers «Hercule» et, vers mars 2007, sortira une reddition des deux titres déjà publiés regroupés sous un pack chacun avec son livret. Je suis l'auteur des textes et vous cite dans la biblio.

Je vous félicite à nouveau par votre important travail, vous offre ma collaboration et support inconditionnel...

Bien à vous,
Rafael de España
Centro de Investigaciones Film-Historia, Université de Barcelone

 
 
RÉPONSE :
Un tout grand merci pour vos compliments, qui venant d'un connaisseur, me vont droit au cœur. Quel dommage de votre livre soit épuisé. J'espère que vous avez aimé le nôtre (CinémAction). Je crois qu'Impulso avait prévu une seconde série de DVD péplums (CLICK et CLICK).
 
 
 
16 décembre 2006
ARCHITECTURE ET CINÉMA
Marianne a écrit :
Je commence une série de cours en Chine sur l'architecture en lien avec le cinéma. Je vais donc commencer par aborder l'Antiquité, et un péplum me semblait être un bon lien pour voir et comprendre l'architecture antique.
Pourriez-vous me conseiller quelques films où l'architecture (Egypte, Rome, Grèce...) serait mise en valeur...
 
 
RÉPONSE :

J'ai exposé l'essentiel de ce que j'avais à dire sur la question dans ma contribution sur l'architecture antique au dossier «Architecture et cinéma» (CinémAction, n 75, 1995). La référence incontournable en matière d'architecture romaine est le Forum dans La chute de l'Empire romain (1964), disponible en DVD. Il a été conçu d'après la maquette de Rome d'Italo Gismondi exposée à Rome au Musée de la Civilisation Romaine, qui se trouve à l'EUR. A noter, la chose est amusante, que l'architecture fasciste dudit Musée et dudit EUR, - autrement dit l'Exposition Universelle de Rome, 1942, qui n'eut jamais lieu du fait de la guerre - ont également servi de décor à quantité de films et photoromans italiens, et bien sûr des péplums. Architecture grandiose et dépouillée, un peu passe-partout surtout pour un public qui de toute façon n'y connaît rien ! L'EUR est actuellement le quartier administratif de Rome, des ministères etc.

Mais revenons à La chute de l'Empire romain : pour ce film qui se passe à la fin du IIe s. de n.E., on a refait la Rome de la maquette, qui est celle du IVe s. Ce qui amène quelques anachronismes, comme la présence prématurée de l'arc de Septime Sévère, ou l'existence des colonnes triomphales devant la basilique Julia. Le remake de ce film, Gladiator, qui reconstitue par l'infographie le splendide Colisée, n'est pas à dédaigner non plus.
Voilà pour Rome. Je ne vois pas de films très éloquents pour ce qui concerne l'architecture privée : on voit des atrium et des péristyles (jardins) dans presque tous les films.

Pour l'Egypte, je verrais les scènes de construction dans deux films en particulier : l'érection de l'obélisque dans Les dix commandements (C.B. DeMille, 1957) (existe en VHS et en DVD) et la construction de la pyramide de Chéops dans Terre des Pharaons (Howard Hawks) (n'existe pas en DVD, à ma connaissance : dommage, car l'intérêt est que la base de la pyramide où peinent les travailleurs a été filmée dans le site authentique d'une pyramide inachevée à Zaouyet el-Aryan (je cite de mémoire), sur les conseils de l'égyptologue français Philippe Lauer, le fouilleur de Saqqarah. Voir à ce sujet les mémoires de Noel Howard, directeur de la deuxième équipe sur ce film, Hollywood-sur-Nil, réédité en poche.

Pour la Grèce : elle n'a en général inspiré que des films mythologiques italiens, des superproductions en lires... qui le plus souvent se contentèrent de l'EUR. A noter, hélas introuvable en VHS ou DVD, l'hyperfauché péplum de Roger Corman, Atlas (1961), tourné en Grèce, in situ, dans des sites authentiques, notamment au temple de Poséidon au cap Sounion, avec une pointe d'humour : «La guerre a tout détruit, il n'y a plus que des ruines !» (photos de ce film sur mon site). Quelques colonnades néo-classiques ont également été utilisées : je jurerais reconnaître un coin de l'actuelle agora d'Athènes.

J'espère avoir répondu à votre attente. N'hésitez pas à me recontacter pour des précisions supplémentaires.

 
 
 
MARIANNE RÉPOND :

Je donne en fait une série de cours dans une toute nouvelle École française de cinéma; cette école a été créée à Pékin par le Conservatoire libre du cinéma et le cours Florent pour des élèves chinois. Ils étudient un an ici avant d'intégrer une de ces écoles à Paris, une sorte d'école préparatoire.

Mais les cours se résument surtout à de la culture générale, il leur faut certaines bases culturelles qu'ils n'ont pas du tout pour intégrer ces écoles... Je leur enseigne donc un peu d'architecture en commençant par une histoire de l'Antiquité à nos jours avec une mise en relation de certains épisodes avec des films, puis j'aborde ensuite une approche plus thématique et cinématographique en étudiant la ville à travers le travail de différents réalisateurs.

 
 
RÉPONSE :

En collationnant le courrier échangé en vue de le mettre en ligne sur mon site, il me revient une anecdote amusante pour vous qui allez enseigner à Pékin, à propos du décor du Forum romain dans La chute de l'Empire romain : saviez-vous que dans les Studios de Samuel Bronston à Madrid, où fut tourné le film, de nombreux éléments du décor chinois - pans de murs, etc. - d'une précédente production, Les cinquante-cinq jours de Pékin ont été réutilisés pour figurer la Rome de l'empereur Commode ? «So little time...» Ah ! la musique de Dimitri Tiomkin ! Et Ava Gardner, Charlton Heston et... David Niven plus roast-beef que les vrais !

Mais, bon ! Dans ce péplum, la robe que porte Omar Sharif venait bien - elle - d'un autre film... sur le moyen-âge espagnol ! «Omar Sharif, qui joue le roi Sohamus d'Arménie, lequel épouse Lucilla [Sophia Loren, la fille de l'empereur Marc Aurèle], porte pour la cérémonie des fiançailles avec Sophia une vaste tunique constellée de pierreries, ample comme une gandoura. La tenue ne suscite guère la jalousie de Lucilla qui continue à afficher des ensembles griffés dont plusieurs en tissu léopard à rendre jaloux n'importe quel créateur de haute couture. Elle ne lui attire pas l'œil. La Loren, qui en a vu d'autres, s'en moque comme de son premier chemisier. La tunique ne fait que rappeler de plaisants souvenirs aux spectateurs passionnés de cinéma épique. La gandoura d'Omar n'est, en effet, pas autre chose que la robe d'infante d'Espagne que portait Geneviève Page dans Le Cid, retaillée aux mesures du célèbre acteur d'origine égyptienne, ressortie des placards à naphtaline et réutilisée par le magasin des costumes. C'est Sharif lui-même qui le raconte. Même en pleine dégringolade, l'Empire romain revu et revisité par Sophia et ses petits camarades savait, dans tous les sens du terme, ménager ses effets» (Henry-Jean SERVAT, Secrets de tournages, Le Pré aux Clercs, 2001).

 
 
 
18 décembre 2006
CE VENDU DE P'TIT JOSEPH ! (LA BIBLE, LUBE
Ben a écrit :

Je suis jeune étudiant et je suis passé sur votre site : je voulais savoir si vous connaissez ce film qui m'a fait littéralement pleurer... c'est un film sur Joseph de la Bible, son père Jacob, et ses frères qui l'ont vendu... Il est en deux parties, et c'est un film italien. Le film commence alors que Joseph est vendu à Potiphar l'Egyptien, puis de là commence l'histoire... on le verra aller en prison, comment il est arrivé là, la naissance de son frère Benjamin et la mort de sa mère au même moment, la femme de Potiphar qui le convoite etc. Ce film est magnifique, si vous connaissez le titre et les noms des acteurs, merci de me le faire savoir !

(...)

Donc ça se passe comme cela : au début, Joseph est vendu à Putiphar. Puis on le voit esclave. Ensuite, il se fait remarquer par Putiphar, qui le prend comme gérant de toute sa maison. La femme de Putiphar convoite Joseph, l'accuse d'avoir attenté à son honneur. Il comparaît devant son maître en tête à tête, car Putiphar ne peut pas déshonorer sa femme mais croit en Joseph. Et là, flashback, la naissance de Benjamin, le viol de Dina, le massacre du peuple par les deux frères, la tunique de Joseph, puis la vente de Joseph par ses frères (on voit un moment déchirant où Joseph crie «mes frères !» et un autre encore plus déchirant où Jacob, croyant son fils mort, se met de la terre sur la tête en signe de deuil). On revient entre Joseph et Putiphar qui se doit de le condamner mais pas trop car il sait que sa femme a menti. Les deux rêves sont racontés à Joseph qui les explique et autre moment déchirant où sous la pluie, dans la prison, Joseph crie la tête vers le ciel : «Mon Dieu ! Pourquoi m'as-tu abandonné ?»...

 
 
RÉPONSE :

Depuis le temps du muet, il y a eu pas mal de films sur Joseph et Jacob. Mais s'il est en deux parties, il s'agit probablement d'un épisode de la série TV La Bible (La Bibbia), produite par la Lube, coprod. germano-italienne. Laissez-moi un peu de temps pour vérifier sur le DVD si votre description concorde avec le double téléfilm auquel je pense. Donc, si je vous suis bien, la vente de l'esclave Joseph à Putiphar est en prégénérique, puis on remet le compteur à zéro et la situation antérieure démarre... ? Lorsque je serai certain de mon identification, je vous en dirait plus sur le générique.

(...)

Vérification faite, je vous confirme qu'il s'agit bien du téléfilm en deux épisodes Joseph, réalisé par Roger Young pour la Lube-Rai-Turner : série La Bible. Cette collection a été éditée en DVD VF d'abord par Alpa-Media (distribué par Alcome) en VHS puis en DVD séparés, puis rééditée par TF1 l'année passée, rassemblée en deux coffrets. Je joins la jaquette du DVD Joseph (la photo vous dit-elle quelque chose ?) ainsi qu'un scan du coffret numéro un qui contient l'objet de votre convoitise (le coffret deux n'est pas brun-rouge, mais vert). Ben Kingsley (Gandhi) incarne Putiphar et Paul Mercurio, Joseph.

la bible - dvd lube la bible - dvd - lube - joseph

C'est une très bonne série, beaucoup plus fidèle aux textes de l'Ancien Testament que la plupart des péplums hollywoodien, car elle met souvent en évidence certains épisodes peu édifiants comme le massacre des adorateurs du Veau d'Or par les fils de Lévi (Les Dix commandements) ou celui des Sichémites dans le présent Joseph, le genre d'épisode que Cecil B. DeMille n'avait jamais cru devoir montrer. Ce qui ne m'a pas empêché de sourire en voyant la scène qui ouvre le téléfilm : le marché aux esclaves. Une cour carrée, entourée d'une galerie à arcades, où vient s'installer Putiphar, qui donc voit d'en haut le troupeau des esclaves. Le principe même des arcades n'est pas égyptien, autant que je sache. Mais bon... Nobody is perfect !
Voici la liste des titres de la collection «Lube», du moins en l'état où je l'ai laissée voici un ou deux ans. J'ai dans un tiroir un dossier pour le site, consacré à l'Ancien Testament à l'écran, mais la prolifique actualité romaine me fait toujours repoussser à plus tard la finalisation de ce dossier. Sauf Marie-Madeleine (et peut-être d'autres titres sortis ultérieurement), dont je ne connais l'existence que par Internet, tous ces films existent en DVD VF.

COFFRET TF1 numéro 1
1. La Genèse (Ermanno Olmi, 1994);
2. Abraham (Joseph Sargent, 1994);
3. Jacob (Peter Hall, 1994);
4. Joseph (Roger Young, 1995);
6. Moïse (Roger Young, 1996).

COFFRET TF1 numéro 2
5. Samson et Dalila (Nicolas Roeg, 1996);
7. Salomon (Roger Young, 1997);
8. David (Robert Markowitz, 1997);
9. Jérémie (Harry Winer, 1998);
10. Esther (Raffaele Mertes, 1999);
11. Jésus (Roger Young, 1999).

Inédits chez TF1, mais existent en DVD chez Alpamedia (il semble que le distributeur Alcome n'ait plus les droits de diffusion) :
13. Paul de Tarse (Roger Young, 2000);
14. L'Apocalypse (de Saint Jean) (Raffaele Mertes, 2002);

Inédit en DVD - il y a peut-être d'autres titres, si la série continue... ?
12. Marie Madeleine (Raffaele Mertes, 2000).

Oh, une ultime hésitation ! Je n'ai jamais eu l'occasion de voir le TV-film Jacob et Joseph de Michael «Zorba le Grec» Cacoyannis, qui était lui aussi en deux parties...

 
 
 
19 décembre 2006
VIEUX CROÛTON QUI A ATTEINT LES LIMITES DE SON INCOMPÉTENCE...
Ben réécrit :
J'ose à peine vous demander quelque chose... vous est-il possible de me mettre en ligne Joseph ? Et si possible d'autres par la suite ? Je n'arrive pas à les trouver, et plus le temps passe, plus j'ai... la rage... mais aussi de la tristesse... croyez-vous pouvoir me faire ça ?
 
 
RÉPONSE :

Hmmm... je vous ai donné les références exactes hier, et vous vous désespérez déjà de ne point trouver l'objet de votre convoitise ! Ah ! Jeunesse impatiente ! Et puis d'abord, ça veut dire quoi «mettre en ligne» un film ? Il faut sans doute des programmes spéciaux que je possède pas, s'investir dans une technologie que je ne maîtrise pas et dont je n'ai cure. Et entrer dans l'illégalité, aussi. Les DVD de ma collection, je les ai payés, tous sans exception - neufs ou en seconde main -, ou je les ai reçus en service de presse, pour recension. Je n'ai jamais rien téléchargé.

«No Business !» La vocation de ce site, c'est l'exégèse, proposer des dossiers, collationner de l'information, résumer, comparer, disséquer. Pas de temps pour le chipotage... De minimis non curat prætor !

 
 
 
20 décembre 2006
ATTILA - UN BARBARE DÉFIE L'EMPIRE
 

Information

Une curiosité de chez Metropolitan Press Office : Attila - Un barbare défie l'Empire, par Christian GODARD & Sébastien ROST : un album BD et un DVD de 90' (France, 2006).
Cliquez ICI.

 
 
 
20 décembre 2006
POURQUOI DES DÉTECTIVES SOUS VESPASIEN ?
Gricca a écrit :
De nouveau un petit passage sur votre site pour poser une question, même s'il ne s'agit pas de films, mais il n'est pas impossible qu'un de ces héros puisse apparaître un jour sur grand écran.
J'ai remarqué en effet qu'au moins cinq auteurs de romans policiers ont choisi l'époque de l'empereur Vespasien (69-79) pour faire enquêter leur détective sur des affaires criminelles, je citerais :
l'enquête de Marcus Holconius dans Le rouge de Pompéi, de l'italien Nino Marino,
l'enquête de Marcus Attilius Primus dans le Pompéi, du britannique Robert Harris,
la série du détective Manius Salvius Priscus, alias Helkias, de la française Marie Visconti
la série du détective Publius Aurelius Statius, de l'italienne Danila Comastri Montanari
la série du détective Marcus Didius Falco, de la britannique Lindsey Davis.

Je sais que les deux premiers romans policiers cités ont pour cadre Pompéi avant l'éruption du Vésuve de 79 pour dramatiser la situation, et que cette catastrophe, bien documentée, est à l'origine de nombreux ouvrages depuis le best-seller Les derniers jours de Pompéi, du britannique Edward Bulwer-Lytton en 1834, jusqu'au Pompéi, récit de la suédoise Maja Lundgren en 2001, si l'on s'arrête à l'aube du XXIe s. Comme je ne pense pas que les trois autres auteurs de série se soient concertées, alors pourquoi avoir choisi de faire évoluer leurs détectives sous le régne de Vespasien, et non par exemple sous celui de Néron, l'empereur le plus connu des romanciers et du public ? Avez-vous là dessus une explication historico-littéraire ?

En matière de BD, j'avais signalé la série parue aux éditions du Lombard «Les Fils de la Louve» de Patrick Weber : les tomes 1 et 2 nous entraînaient à Rome, le premier au moment de l'assassinat de César en 44 av. J.-C. et le second au moment de l'incendie de la ville sous Néron en 64 de notre ère, mais avec le tome 3, intitulé «La Louve du Vatican», on quittera le péplum pour se transporter au Vatican à l'époque de la sombre élection du pape Borgia en 1492 et le tome 4, à Paris, sous le règne de Napoléon Ier !
Reste pour les amateurs de péplum en BD, la sortie prévue en principe pour le 17 janvier 2007, du tome 4 de «La Dernière Prophétie : Le Livre interdit» de Gilles Chaillet - La Loge Noire, chez Glénat.

dernier prophetie - chaillet

Voici le site : www.glenatbd.com

Enfin j'indique deux livres (en anglais) relatifs au péplum, aux éditions Bristol Phoenix Press. L'un est déjà sorti : Ancient Greece In Film And Popular Culture par Gideon Nisbet.
L'autre est à paraître : Story And Spectacle : Rome At The Cinema par Elena Theodorakopoulos. Voici le site : www.bristolphoenixpress.co.uk

ANCIENT GREECE IN FILM AND POPULAR CULTURE - Gideon Nisbet
As the twenty-first century began, no less than seven production companies were declaring their intention to turn Alexander the Great into a wide-screen hero. The rivalry was intense, the ensuing media circus unprecedented. How could a long-dead warlord generate so much movie-industry gossip in the present day ? And why, in a century of film-making, had so few versions of his story made it to the big screen ? For that matter, when did we last see Classical Athens or Sparta in a movie ? In the aftermath of Gladiator (2000), with the Hollywood studios supposedly rushing to revisit the ancient world, these questions take on renewed significance.

This book explores the changing fortunes of the heroes of Greek myth and history in the melting pot of popular culture. Using little-known examples, classicist and film fan Gideon Nisbet charts the hidden history of Greece in the twentieth-century imagination, from film to science fiction and comics. He unpacks the baggage of ideas that continue to make Greece hot property - often too hot for Hollywood to handle.

Ancient Greece in Film and Popular Culture will appeal to anyone with an interest in 'reception', the present day's continual re-use and re-invention of the past. It assumes no prior expertise in classical or film studies. The book includes a short guide to further reading.

Gideon Nisbet teaches classics at St John's College, Oxford. He is the author of Greek Epigram in the Roman Empire: Martial's Forgotten Rivals (Oxford, 2003).

June 2005 œ32.50 [$60.00] hardback ISBN 1-904675-41-7; œ12.99 [$24.50] paperback ISBN 1-90467-12-3 128 pages, 24 illus. approx.

 
 
RÉPONSE :

(Hmmm... Publius Aurelius Statius, de Danila Comastri Montanari, n'est-ce pas plutôt sous Claude ? En tout cas, sauf les innombrables versions des Derniers jours de Pompéi où, de toute manière, ils n'apparaissent pas, Vespasien et les Flaviens n'ont guère inspiré les cinéastes. Vespasien et Titus sont au centre du docu-fiction Gladiateurs (T. Remme), consacré à l'érection du Colisée, financé avec le butin du Temple de Jérusalem; la destruction de Jérusalem a également fait l'objet d'un autre docu-fiction de la série BBC Ancient Rome; le père et le fils apparaissent brièvement encore dans la série-TV Masada/Les Antagonistes et, sous les traits de Gérard Depardieu, Titus tient un rôle assez antipathique une version filmée de la tragédie de Racine, Bérénice. Quant à Domitien, il est le «méchant empereur» de La révolte des Prétoriens (A. Brescia), de L'Apocalypse de Saint Jean (série «La Bible», prod. Lube-RAI), tandis qu'une coproduction franco-roumaine met en évidence son échec en Dacie (Les Guerriers, de S. Nicolaescu).)

Pourquoi cet intérêt des romanciers pour le règne de Vespasien ?, ou plutôt : pour l'époque des Flaviens car, comme vous l'avez très bien fait remarquer, Robert Harris, Nino Marino et Maja Lundgren traitent en fait de Pompéi, des derniers jours de Pompéi en réalité - un classique du péplum, maintes fois porté à l'écran ! C'est-à-dire le règne de son fils Titus, «Les délices du genre humain».
Je possède sur mes rayons quasiment tous les romans de Marie Visconti, Danila Comastri Montanari et Lindsey Davis (1) traduits en français, mais n'en ai lu qu'un seul, un Montanari, et peut-être pas dans les meilleures conditions - la préparation culinaire a quelque peu langui - mais avec de profonds soupirs d'ennui je dois l'avouer (Ah ! Colleen McCullough ! Steven Saylor ! John Maddox Roberts ! Paul Doherty !). Il m'est donc difficile d'imaginer ce qui, sur cette période, a pu attirer l'attention des auteurs.

Le cataclysme du Vésuve est une des mamelles du péplum, comme l'engloutissement de l'Atlantide, l'incendie de Rome, le sac de Troie, l'anéantissement de Sodome et Gomorrhe ou la mer Rouge qui se referme sur les chars de Pharaon. Avez-vous remarqué que dans pratiquement chaque album d'Alix, il y a soit un tremblement de terre, soit un cataclysme volcanique, un incendie ou la chute de la foudre ? Fabrizio Pesando, dans sa contribution au catalogue Da Pompei a Roma (2), parlait d'«effet Pompéi» pour qualifier les tirs de catapultes infographiques dans la bataille qui ouvre le superbe Gladiator; et Carlo Carlini, le chef opérateur de Cottafavi sur Hercule à la conquête de l'Atlantide, rappelait à mon pote Gian «Django» Lhassa que le réalisateur avait fait repeindre en rouge tous les décors du film, parce qu'on recherchait alors, dans les péplums, ce fameux «rouge pompéien» connotant les flammes et le sang : Carlini a du reste obtenu un prix pour la photographie de cet Hercule à la conquête de l'Atlantide !
Donc, en dehors du cataclysme du Vésuve, qu'est-ce qui peut bien stimuler l'imagination des romanciers chez les Flaviens ?

Ben... le soudard Vespasien va rétablir un semblant de sérieux dans cet empire ravagé par les frasques de l'histrion Néron (risum teneatis ?) et la guerre civile qui s'ensuivit. Mais aussi il mit en route le chantier de ce fameux amphithéâtre flavien, que nous nommons le Colisée, inauguré sous son fils. Ce dernier fut, par ailleurs, le destructeur de Jérusalem : ce n'est pas rien, comme symbole. Et son successeur ne sera autre que son frère Domitien, le «Néron chauve», réputé pour ses persécutions des chrétiens.
Entre les Julio-Claudiens soi-disant décadents et les vertueux Antonins, l'intermède flavien offre à nos sens émoussés le vénéneux cocktail d'un condensé de la romanité, où se côtoient rigueur et excès, débauche et raison pragmatique. Voilà ce qui me semble rendre intéressante cette période, du moins pour le romancier.

Bon, eh bien !, il ne me reste plus qu'à lire les bouquins de Visconti, Montanari et Davis, pour vérifier si mes supputations sont fondées. Et vous, qu'en pensez-vous ?


NOTE :

(1)Au moment de mettre en ligne, je suis en train de lire Lindsey Davis (j'en suis au second, Une veuve romaine). Si le ton est bien celui d'un polar classique, avec un détective qui nous fait profiter de son humour décalé, les anachronismes («il frotta une allumette») et les envahissantes digressions sentimentales du héros crucifient quelque peu le lecteur. - Retour texte

(2) Da Pompei a Roma. Histoires d'une éruption (sous la dir. Pietro Giovanni Guzzo), Bruxelles, Europalia.Italia, 2003, pp. 38-49. - Retour texte

 
 
 
GRICCA RÉÉCRIT :

Je me suis rendu compte que j'avais omis dans ma liste des détectives au temps des Flaviens - mieux vaut en effet situer tout cela de façon plus large sous les Flaviens, même si l'éruption du Vésuve eut lieu seulement deux mois après la mort de Vespasien - d'ajouter la série des jeunes héros des Mystères romains de l'américaine Caroline Lawrence et la série des enquêtes de l'avocat gaulois Marcus Aper de la française Anne de Leseleuc, et j'en oublie peut être encore.
Un tel nombre de romans policiers à cette époque n'est donc pas le fruit du hasard et je suis prêt à penser comme vous.

L'époque des Julio-Claudiens est trop dominée par les personnalités complexes et les frasques des empereurs rapportées par Tacite et Suétone. L'époque des Antonins est moins connue, les empereurs ont des personnalités qui nous paraissent plus tranchées avec le militaire Trajan, l'helléniste Hadrien, l'aristocrate Antonin le Pieux, le philosophe Marc Aurèle, le jouisseur Lucius Verus et l'athlète Commode. Ce siècle paraît plus terne, moins flamboyant, il n'y a pas de grands événements marquants à l'esprit, à part, pour les romanciers, la relation Hadrien-Antinoüs (je pense, bien sûr, à Marguerite Yourcenar, comme au roman Antinoüs et Hadrien, Histoire d'une passion de Roselyne Duprat), et pour les scénaristes, la brute sanguinaire de Commode, lequel, par sa passion pour les jeux de l'arène, permet les films à grand spectacle de La chute de l'empire romain et Gladiator.

Restait l'intermède des Flaviens un peu moins connus que les Julio-Claudiens car on perd les Annales de Tacite, mais on garde Suétone et on gagne Flavius Josèphe. Cela nous permet d'avoir à l'esprit la prise du temple de Jérusalem et l'inauguration du Colisée, deux symboles forts de la puissance de la Rome impériale, mais aussi l'éruption du Vésuve, la résistance héroïque de Massada, les amours contrariés de Titus et Bérénice, et enfin un peu de calme et de stabilité après le règne théâtral de Néron et la guerre civile qui suivit son suicide, tout cela permet de faire évoluer nos détectives dans un cadre plus serein mais encore plein du tumulte des années précédentes à une époque qui est «l'un des moments les plus dynamiques de l'Antiquité romaine», comme le dit si bien Catherine Salles dans son livre La Rome des Flaviens.
Je joins ici deux sites sur les romans historiques : Savoirs CDI et Ave Magister

Je tenais aussi à signaler les ouvrages de l'italien Guido Cervo, qui sont de vrais romans historiques très précis, et qui se déroulent à des époques peu connues de l'histoire de l'empire romain, en particulier celle du IIIe s. qui va d'Aurélien à Dioclétien, une des plus sombres. J'espère, même si je lis sans problème l'italien, que ces livres seront un jour traduits en français dans une série poche. Il faut bien que l'Europe serve aussi à avoir plus de traductions abordables pour les francophones. (Pour Guido Cervo, voir le site (en italien) : Liber on Web.)

 
 
RÉPONSE :
En complément du dossier Rome (HBO) que je suis en train de réviser, il y a une bibliographie des polars à l'antique, actuellement entre les mains du WebMaster [et mise en ligne depuis]. Je vous en fais la primeur en pièce jointe.
Concernant le règne des Antonins, il existe une excellente série de romans historiques par François Fontaine :
 
A propos d'Avidius Cassius et de la guerre contre les Marcomans :
  • François FONTAINE, L'Usurpation, ou le roman de Marc Aurèle, Fayard, 1979.
 
Hadrien succède à Trajan :
  • François FONTAINE, Mourir à Sélinonte, Julliard, 1984, 277 p.; rééd. Presses Pocket, n 2809, coll. «Grands romans historiques», 1987, 319 p. (avec annexes historiques de Cl. Aziza).
 
De Nerva à Alexandre-Sévère, une «reconstitution» des œuvres perdues de L. Marius Maximus, l'historien le plus souvent cité par L'Histoire Auguste :
  • François FONTAINE, Douze autres Césars, Julliard, 1985.
 
Pompeianus, le second mari de Lucilla :
  • François FONTAINE, D'or et de bronze - Mémoires de T. Claudius Pompeianus, Julliard, 1986.
 
Le martyre de sainte Blandine, en 177, sous Marc Aurèle :
  • François FONTAINE, Blandine de Lyon, Julliard, 1987, 273 p.
 
(Du même François Fontaine, signalons aussi Vingt Césars et Trois Parques, Ed. de Fallois, 1994, qui examine les circonstances du décès des vingt premiers Césars, du Grand Jules à Sévère Alexandre.)
 
On peut y rajouter à propos de Marcia, la célèbre concubine chrétienne de Commode, et du futur seizième Pape, Calixte (217-222) :
  • Gilbert SINOUÉ, La pourpre et l'olivier, Olivier Orban, 1987.
 
Sans oublier, bien sûr les novélisations :
  • Harry WHITTINGTON, La Chute de l'Empire romain, Marabout Géant, n 205, 1964 et Dewey GRAM, Gladiator, J'Ai Lu, n 5743, 2000.
 
 
 
RÉPONSE DE GRICCA

Je vous signale que le Spes, ultima dea, de Danila Comastri Montanari est sorti en français ce mois-ci, ainsi que le 2e volume des enquêtes de Festus, Le prix des chiens, de Bertrand Lançon.

François Fontaine est pour moi le modèle des romanciers de grande rigueur historique, c'est un excellent connaisseur de l'époque antonine, mais je constate qu'il n'a pas écrit de roman spécifique sur Hadrien et Antonin le Pieux.
La pourpre et l'olivier de Gilbert Sinoué est un roman extrêmement passionnant car portant sur des personnages peu connus et fascinants.
Ceci dit, toutes les époques de l'empire romain ont plus ou moins inspiré les écrivains : les persécutions chrétiennes nous ont valu les romans saint-sulpiciens, les amours décadentes des romans sulfureux et l'usage de «découvertes fortuites» ont donné les nombreux mémoires ou journaux de tel ou tel personnage historique ou non, mais il me semble toutefois que le Ier siècle reste celui qui a fourni le plus de romans à cause de Tacite et Suétone.