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AVRIL - MAI - JUIN 2008 (1/3)

 

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COURRIER AVRIL - MAI -JUIN 2008

NEWS

[30 janvier 2008]
NEWS - A L'ÉCRAN : Astérix aux Jeux Olympiques - 10.000 B.C. - Spartatouille

Au cours du trimestre, nous avons vu paraître successivement sur le grand écran : Astérix aux Jeux Olympiques (Frédéric Forestier & Thomas Langmann), 10.000 B.C. (Roland Emmerich) et Spartatouille (Jason Friedberg, Aaron Seltzer). L'occasion d'une petite chronique.

ASTÉRIX AUX JEUX OLYMPIQUES

Réal. : Frédéric FORESTIER & Thomas LANGMANN
Scén. : Olivier DAZAT, Franck MAGNIER, Alexandre CHARLOT & Thomas LANGMANN, d'après la BD d'Albert UDERZO & René GOSCINNY)
Images : Thierry ARBOGAST
Musique : Frédéric TALGOM
Avec : Clovis CORNILLAC (Astérix) - Gérard DEPARDIEU (Obélix) - Alain DELON (Jules César) - Franck DUBOSC (Assurancetourix) - Jean-Pierre CASSEL (Panoramix) - Benoît POELVOORDE (Brutus) - Vanessa HESSLER (princesse Irina) - SIM (Agecanonix) - Adriana KAREMBEU (Madame Agecanonix) - Jérôme LE BANNER (Cornedurus) - Stéphane ROUSSEAU (Alafolix) - Nathan JONES (Humungus) - Michael SCHUMACHER (Schumix) - Jean TODT (commentateur de la course) - José GARCIA (Couverdepus) - Santiago SEGURA (Doctormabus) - Michael Bully HERBIG (prétorien Pasunmotdeplus, bras droit de Brutus) - Alexandre ASTIER (1) (prétorien Mordicus, bras gauche de Brutus) - Elie SEMOUN (Omega, juge olympique 1) - Luca BIZZARI (Alpha, juge olympique 2) - Paolo KESSISOGLU (Bêta, juge olympique 3) - Bouli LANNERS (roi Samagas) - Francis LALANNE (Lalannix) - Dorothée JEMMA (Bonemine) - Elric THOMAS (Abraracourcix) - Fernando TEJERO - David BECKHAM - Zinédine ZIDANE (Numerodix) - Tony PARKER (Tonus Parker) - Jamel DEBBOUZE (Numérobis) - Pierre TCHERNIA (narrateur)

asterix aux jo

C'est entendu. C'est une comédie, et une comédie ça fonctionne sur les poncifs. Adoncque, Brutus-Poelvoorde mène complot sur complot pour renverser son «empereur romain» de père Jules César-Delon («Avé moi !», lassant !). On ne va donc pas mégoter sur les prétoriens, qui n'existaient pas encore, sur le roi de Grèce Samagas qui règne dans la ville d'Olympie (qui en réalité n'était pas une ville, mais un sanctuaire). Ni sur le cirque romain où se déroule la course de chars, architecturalement plus impressionnant que le modeste hippodrome grec).

Le scénario du film n'a plus grand chose en commun avec la BD originale, où César et Brutus n'apparaissaient d'ailleurs pas - ni non plus la course de chars -, si ce n'est la tricherie des Romains dopés à la «potion magique». Brutus vient, lui, de l'album Astérix gladiateur et Alafolix est un jeune loustic de gaulois inspiré de l'amoureux transi Tragicomix (Astérix légionnaire) et aussi, un peu, de Goudurix (Astérix et les Normands).
En fait, outre l'envahissant Brutus et la parodie de la course de Ben Hur, le film s'inspirerait plutôt du mythe grec fondateur des Jeux olympiques (2). Celui de Pélops qui, pour pouvoir épouser la princesse de Pise Hippodamie, doit affronter son père, le roi Œnomaos, dans une course de char dont l'issue sera mortelle pour le vaincu. En effet, le roi Œnomaos - qui gagne toujours, grâce à ses chevaux qu'il tient du dieu Poséidon - a coutume de percer de sa lance le prétendant malheureux. Alors Pélops circonvient Myrtilos, le cocher du roi, qui remplace la clavette de bronze de son quadrige par une autre en cire. C'est au moment de doubler la borne appelée Taraxippos («Epouvantail à chevaux»), que le char d'Œnomaos se fracassa. Pélops épousa sa belle et devint roi de Pise; il institua des jeux funéraires en la mémoire de feu son beau-père, consistant en une course de chars. La course de chars des Jeux olympiques commémorerait donc la victoire de Pélops, le héros éponyme du Péloponnèse.
Dans le film Astérix..., le jeune Alafolix doit vaincre son rival Brutus, prétendant à la main de la princesse Irina («Paix», en grec). Alafolix n'est guère doué comme poète - c'est le lourdaud Obélix qui les écrits pour lui, non sans talent d'ailleurs - ni comme sportif. Il ne gagnera finalement la course que faute de concurrents, lesquels se sont tous crashés, tandis que Brutus est disqualifié grâce à la ruse d'Astérix et de Panoramix. Alafolix est le type même du niais qui poursuit un rêve impossible. Un anti-héros à la mode, qui croit que le désir supplée au talent. A vrai dire, ici nous hésitons entre écrire - comme on l'aurait écrit autrefois - qu'Alafolix poursuit une quête initiatique, que le film est un roman d'apprentissage (les «Contes Bleus» abondent en niais de ce genre, tel celui-là qui voulait «connaître la peur», le prototype de Goudurix justement), ou - comme on dirait plutôt aujourd'hui - qu'Alafolix reflète une certaine jeunesse larguée, laissée pour compte (la zone, les banlieues sensibles, le décrochage scolaire etc. [3]). Alafolix est un avatar des Charlots et autres Sous-doués chers à Claude Zidi, qui «font ceci» et «ratent cela» !

Malgré sa morale douteuse, le film n'est nullement désagréable à regarder même si nous n'avons guère ri : en fait, nous rions peu au cinéma, si ce n'est intérieurement (le film qui, de bon cœur, nous a le plus fait rire ces trente dernières années était sans aucun doute Les aventuriers de l'Arche Perdue). Aussi devons-nous avouer que 10.000 BC, vu à la séance suivante, était autrement plus prenant...

Astérix aux J.O. sur ce site

site d'olympie

Sur cette reconstitution du site d'Olympie par Jean-Claude Golvin, on aperçoit en [25] (en haut, à droite) l'hippodrome grec. Les spectateurs se disposaient sur le flanc de la colline. Rien à voir avec le monumental cirque romain du film, tout de marbre et travertin !

 

course de chars

Fragment d'un vase peint par Sophilos (circa 580-570) : la course de chars à l'occasion des jeux funèbres de Patrocle. Le principal intérêt de ce document réside dans la très rare représentation des gradins autour desquels courent les compétiteurs. Reste que les fouilles archéologiques à Olympie suggèrent que l'hippodrome où avaient lieu les courses de chars était très modestement aménagé. Musée national archéologique d'Athènes. Extr. Ph. de CARBONNIÈRES, Olympie. La victoire pour les dieux, CNRS, 1995

A propos des Jeux olympiques

Nous sommes en 2008. Dans quelques semaines, se dérouleront des Jeux Olympiques à Pékin, jeux très contestés car s'ils sont censés symboliser la paix et l'amitié des peuples, le régime communiste chinois ne passe pas pour un exemple de démocratie. De fait, voici cinquante ans que celui-ci occupe arbitrairement le Tibet. Mais ce n'est pas à nous de le rappeler ici. Certains en appellent au boycott, d'autres prétendent que le sport n'a rien à voir avec les considérations politiques. C'est sans doute pour cela qu'en 1972, la blanche Rhodésie fut exclue des J.O. de Munich sous la pression de trente-cinq pays africains et malgaches menaçant de se retirer. Aujourd'hui la Rhodésie, devenue le Zimbabwe, est un des pays africains les plus pauvres - mais passons. (Sur Wikipédia on trouvera la liste assez impressionnante des boycotts et pressions politiques subies par les jeux modernes.) Nous aimerions seulement rappeler deux ou trois petites choses à propos du symbolisme olympique.

A. Les J.O. antiques

Les jeux olympiques furent officiellement instaurés en 776 av. n.E. par Iphitos, roi de Pise en Elide, et reconduits tous les quatre ans au moins jusqu'en 261 de n.E. Ils demeurèrent d'abord sous la tutelle de Pise, jusqu'à la destruction de cette ville par sa voisine et rivale Elis qui, désormais, en reprit les rênes.

«Le mot grec pour désigner la fête, panegyris, signifie la rencontre de tout un peuple qui vient se livrer à l'adoration dans un sanctuaire commun», note le dictionnaire de l'Université d'Oxford (4). A l'origine les jeux consistaient en diverses compétitions de course à pied; plus tard sont venus le lancer du disque et du javelot, la lutte, la boxe, les courses de chevaux ou de char. La course en armes fut une des dernières à venir s'ajouter, mais elle sanctionnait de fait la «révolution hoplitique».
Cinquante ans après la bataille des Thermopyles, Hérodote vint y lire des extraits de ses œuvres. Les Jeux Olympiques n'étaient pas fermés aux choses de l'esprit ! (Lors de leur restauration fin du XIXe s., les J.O. modernes à l'exemple des antiques incluront des concours artistiques et littéraires, abandonnés depuis [5].)

kirpinar - lutte turque
Prenant le contrepied des belles images de la peinture académique... ou des péplums, ces images de la lutte turque ou kirpinar nous laissent entrevoir à quoi pouvait bien servir le strigile, l'instrument servant à racler la peau (sueur, huile et poussière) agglomérés pendant les exercices sportifs des athlètes antiques (photos extraites de l'article d'Eugène Crespin, in Karaté, n 8, avril 1975)
Toutefois, à la différences des Grecs, les lutteurs turcs - pudeur musulmane exige - portaient une culotte en cuir de vache finement travaillé, qui pouvait aider aux prises...
kirpinar - lutte turque

Symbole du paganisme, ils furent définitivement abolis en 391 (ou en 394 ?) par l'empereur romain chrétien Théodose le Grand. En 426, Théodose II poursuivit l'«œuvre» de son grand-père en faisant raser le dernier temple païen celui de Zeus - les édifices civils, dont l'atelier de Phidias, étant eux transformés en églises chrétiennes.

Olympie ravagée par les Grecs (6)
Comme dans les J.O. modernes, Olympie fut souvent l'enjeu de rivalités politiques ou victime de conflits armés entre ses voisins.
On l'a dit, Pise fut détruite par sa voisine Elis en 580, l'année précédant la la 50e Olympiade (579), aboutissement d'une longue rivalité concernant la direction des jeux.
A l'occasion de la 103e olympiade, les Arcadiens s'emparèrent d'Olympie.
Lors de la 112e olympiade (332 av. n.E.), Athènes fut exclue des jeux car elle n'avait pas acquitté l'amende infligée au pentathle Callipos, corrompu.
On rapporte encore l'exclusion de Sparte, lors des 90e jeux olympiques (420 av. n.E.).
Deux siècles plus tard, Machanidas de Sparte pilla Olympie (210 av. n.E.).
Olympie fut encore pillée par le Romain Sylla en 86 av. n.E. Celui-ci voulait transférer les jeux à Rome, qui devait alors devenir le centre consacré du monde gréco-romain. Lors des 175e jeux olympiques, en 80 av. n.E., les Romains firent simplement venir les participants à Rome pour les faire participer aux jeux qui y étaient organisés.

Ces quelques précisions laissent entrevoir le caractère très relatif de la paix olympique entre les cités grecques et la prétendue inviolabilité de la ville sainte...

Il paraît plus légitime de supposer que la paix olympique était une paix armée, au mieux un armistice fragile entre des protagonistes qui conduisaient une autre forme de guerre, la guerre olympique, pour paraphraser le titre d'un ouvrage contemporain.
De fait, la trêve olympique n'était qu'une phase, une pause provisoire, dans l'opposition des Etats-cités, et les jeux olympiques eux-mêmes représentaient un enjeu considérable dans la course à la suprématie.

jeux olympiques - dolichos

Coureurs de dolichos, c'est-à-dire 24 stades, soit 4.250 m
(vase grec à figures noires, VIe s. av. n.E. - Northampton, Castle Ashby)

Chronologie des disciplines sportives à Olympie
A l'origine, il n'y avait qu'une simple course à pied. Petit à petit de nouvelles épreuves vinrent s'ajouter, et les jeux passèrent de un, deux, trois jours, à cinq et jusqu'à sept jours. Voici la liste chronologique de ces disciplines, d'après J.-M. Brohm.

1ère Olympiade (776 av. n.E.) : course du stade
14e Olympiade (724 av. n.E.) : le diaulos, la course du double stade
15e Olympiade (720 av. n.E.) : la course de fond, le dolichos ou 24 stades
18e Olympiade (708 av. n.E.) : le pentathlon et la lutte
23e Olympiade (688 av. n.E.) : la boxe
25e Olympiade (680 av. n.E.) : les courses de quadriges
33e Olympiade (648 av. n.E.) : le pancrace et les courses de chevaux montés
37e Olympiade (632 av. n.E.) : la course et la lutte pour juniors
38e Olympiade (628 av. n.E.) : le pentathlon pour juniors qui ne fut organisé que lors de cette olympiade
41e Olympiade (616 av. n.E.) : la boxe pour juniors
65e Olympiade (520 av. n.E.) : la course d'hoplites (course en armes)
70e Olympiade (500 av. n.E.) : les courses de biges réservées aux mules, épreuve à nouveau abolie à la 84e Olympiade
71e Olympiade (496 av. n.E.) : les courses de juments
84e Olympiade (444 av. n.E.) : les courses de biges pour mules et de juments sont abandonnées
93e Olympiade (408 av. n.E.) : les courses de biges (chevaux de deux ans)
96e Olympiade (396 av. n.E.) : les concours de hérauts et de trompettistes
99e Olympiade (384 av. n.E.) : les courses de quadriges réservées aux poulains
128e Olympiade (268 av. n.E.) : les courses de biges réservées aux poulains
131e Olympiade (256 av. n.E.) : les courses de poulains montés
145e Olympiade (200 av. n.E.) : le pancrace pour juniors

Le programme des jeux
Les Jeux se déroulaient à la nouvelle lune précédant le solstice d'été. On ignore, en revanche l'agencement exact des épreuves à l'intérieur du festival, ainsi que la durée totale des jeux. Les jeux passèrent successivement de une, à deux, à trois, puis cinq pour atteindre le nombre maximum de sept journées. Cette évolution est due à l'ajout de nouvelles disciplines, mais on ignore les dates effectives de ces transformations.

D'après Bengtson le déroulement des jeux en six jours aurait été le suivant :
Premier jour : agôn des trompettistes et des hérauts, prestation du serment, préparatifs divers.
Deuxième jour : agôn des juniors.
Troisième jour : le matin agôn hippiques, l'après-midi pentathlon, le soir cérémonie funéraire en l'honneur d'Achille et de Pélops.
Quatrième jour (jour de la pleine lune) : sacrifice de l'hécatombe par les Eléens, repas au Prytanée.
Cinquième jour : le matin les courses, l'après-midi la lutte, la boxe, le pancrace et la course des hoplites.
Sixième jour : le matin récompenses des vainqueurs, le soir repas en l'honneur des hôtes.

Ce programme aurait été celui de la 77e Olympiade en 472 av. n.E.

Pour d'autres auteurs, par exemple Elie Fallu et son équipe, on peut répartir les épreuves comme suit :

Premier jour : les cérémonies en l'honneur de Zeus.
Deuxième jour : les courses à pied (épreuves éliminatoires).
Troisième jour : le pentathlon (le disque, le saut, le javelot, la course et la lutte).
Quatrième jour : la lutte, le pugilat, le pancrace.
Cinquième jour : les finales de courses à pied.
Sixième jour : les courses de chevaux.
Septième jour : les cérémonies de clôture (7)

On sait qu'à partir de 472, les jeux duraient cinq jours. Pendant cette période et le temps nécessaire au voyage d'aller et de retour, les Etats grecs belligérants établissaient une trêve. De là l'idée de paix, associés aux jeux sportifs. Dispersés au quatre coins de la Méditerranée, de l'Espagne à l'Egypte et jusqu'au fond de la mer Noire, les Grecs sentaient le besoin de se rappeler que même en désaccord politique, ils formaient une communauté unique, celle des descendants d'Hellen, face aux barbares, aux «bafouilleurs». Les Jeux panhelléniques - olympiques, néméens, pythiques et isthmiques - étaient là pour le leur rappeler. Pourtant, la plupart des compétitions étaient d'inspiration militaire - la lutte, la boxe, le lancer du javelot, la course d'hoplites. De fait, le sport, dans l'Antiquité comme de nos jours, n'est qu'une forme sublimée de la guerre - il suffit de regarder les excès d'enthousiasme des supporteurs de tout poil. Qu'on se souvienne qu'alors que l'Empire byzantin se faisait ratatiner de toutes parts, les exploits des Verts et des Bleus dans l'hippodrome de Constantinople offraient à leurs clubs de supporteurs l'ersatz de victoire qui sur les champs de bataille faisait défaut à l'Empire défaillant, le sentiment d'euphorie collective généré par le spectacle-opium qui fait oublier la réalité politique...

Dans l'Antiquité, les compétiteurs étaient des aristocrates amateurs, qui avaient les moyens de se consacrer à leur entraînement et à faire le voyage. Coubertin prônera lui aussi l'amateurisme, ce qui n'empêchera pas, au fil du temps, les athlètes de se professionnaliser. De fait, l'Antiquité avait connu la même dérive : en participant à des jeux, des gens du peuple acquéraient un statut social plus intéressant; ils se mirent donc à sillonner le monde pour se produire partout où il s'en donnait.

Pour les athlètes, la nudité était de rigueur. Il semble qu'elle ait été imposée par l'exemple des Spartiates à partir de la 32e Olympiade (en 651) (THUCYDIDE, G. Pél., I, 6. 4-6). Certains auteurs nuancent cette affirmation, arguant que pas plus que les hoplites lourdement cuirassés ne combattaient nus alors qu'ils sont souvent figurés, dans la statuaire, en «nudité héroïque», les athlètes statufiés, en réalité se protégeaient les parties intimes avec un suspensoir...
La question reste en suspens(oir), mais l'argument ne nous convainc pas !

athlete - suspensoir

Selon Ph. de CARBONNIÈRES (8), l'athlète grec figuré sur cette céramique porterait un suspensoir. A notre avis, le trait qui marque la taille n'est rien d'autre que l'indication du ligament inguinal descendant de la crête iliaque supérieure. Pour donner du relief à leurs images plates les artistes-céramistes savaient finement observer l'anatomie humaine. Ainsi, sur d'autres vases, la ligne blanche, qui est cette ligne verticale qui sépare les muscles de l'abdomen droits et gauches...
Cela dit, si un adepte du naturisme ne verrait sans doute aucun inconvénient à courir ou lancer disque et javelot les valseuses à l'air, on peut effectivement concevoir que dans le cas de la lutte certaines précautions se justifieraient, même à ses yeux !

asterix aux jo

«Nous sommes des hommes libres, de pure race hellénique, n'ayant jamais commis de crimes ni de sacrilèges. Nous jurons de nous conformer loyalement aux règles du concours...» (UDERZO & GOSCINNY, Astérix aux Jeux Olympiques). En réalité, nous ignorons les termes exacts du ce serment; c'est par extrapolation qu'on l'a recréé à partir des qualités exigées des compétiteurs...

«Je jure être de pure race grecque...»
Les Jeux olympiques, toutefois, ne célébraient que l'identité grecque. «Je jure être de pure race grecque...» Ainsi le roi de Macédoine Alexandre Ier «le Philhellène», dont les forêts avaient largement contribué à la victoire de Salamine, avait dû justifier de son origine argienne pour être autorisé à concourir. Et il faudra que son descendant demi-barbare Philippe de Macédoine impose son hégémonie sur le monde grec pour qu'il y soit admis à son tour - lui et, plus tard, son fils Alexandre III «le Grand». Philippe y remporta une victoire hippique en 356 (106e Olympiade).
Pareil pour les Romains. Tibère, le futur empereur, triompha à l'hippodrome en 4 av. n.E. (194e Olympiade), de même Germanicus en 17 de n.E. (199e Olympiade) et l'empereur Néron en 65-66 (211e Olympiade).

C'est un peu irritant de voir des Gaulois, des Espagnols, des Germains, des Egyptiens mal dégrossis dans leurs costumes nationaux, concourir aux J.O. d'Astérix. Certes, dans la mesure où il avait obtenu la citoyenneté romaine, un ressortissant de n'importe quel peuple de l'Empire pouvait prétendre y participer - le dernier vainqueur olympique connu fut un boxeur, le prince arménien Varazdatès, en 385 de n.E. -, mais là déjà nous sortons de l'esprit olympique originel pour entrer dans une phase de décadence, qui allait aboutir à son interdiction par le christianisme quelques années plus tard...

hoplites

Pour nous symboles de paix à cause de la trêve qu'ils instauraient, les Jeux olympiques en réalité préparaient à la guerre. En effet, pour les anciens Grecs, peuple belliqueux, les trêves conclues avec le voisin-ennemi à l'issue d'un conflit épuisant étaient l'exception, tandis que l'état d'hostilité était la norme (9). Ici, la course en armes. Amphore panathénaïque (323-322 av. n.E.), Musée du Louvre. Extr. Ph. de CARBONNIÈRES, Olympie. La victoire pour les dieux, CNRS, 1995

Tricherie et corruption
Dans l'Antiquité, le sport était une offrande au dieu; de nos jours il est devenu un business juteux (les droits télévisuels, par exemple). Comme il faut relever toujours plus haut la performance, battre les records homologués, la tricherie, le dopage sont de persistants fléaux à combattre. Mais la tricherie existait déjà dans l'Antiquité, des athlètes cherchaient à corrompre des juges. Deux séries de six statues de Zeus - les Zanes -, dont on peut encore voir les socles à Olympie, furent érigées avec l'argent des amendes imposées aux tricheurs.

Sans aller jusqu'à recourir à la «potion magique» de Panoramix, ni aux drogues usitées par nos modernes athlètes, J.-M. Brohm rappelle ces «... cas occasionnels de corruption et de tricherie (...) liés aux manifestations générales de cette époque (10).» En 388 avant J.-C., lors de la 98e Olympiade, on note le premier cas rapporté de corruption ouverte : le boxeur Eupolos (ou Eupolis) avait acheté trois de ses adversaires dont le tenant du titre dans la précédente olympiade. Tout se déroula comme prévu jusqu'à ce qu'Eupolos refusât de payer la somme convenue, alléguant après coup qu'il ne devait la victoire qu'à sa seule supériorité.

»Devant cette forfaiture ses comparses le dénoncèrent aux juges. Le sénat d'Olympie mit tout le monde à l'amende. Ces amendes servirent à édifier six statues de Zeus en bronze. qu'on plaça dans l'Altis, tout près de l'entrée du stade. Ces statues furent appelées Zanes. Sur le socle de la première on inscrivit : «Ce n'est pas avec de l'argent mais avec des jambes rapides et un corps robuste qu'on remporte la victoire d'Olympie.» Sur la seconde : «Cette statue a été élevée en l'honneur de la divinité par la piété des Eléens et aussi pour inspirer la crainte aux concurrents déloyaux.»

»Lors de la 112e Olympiade, en 332 avant J.-C., on observa un autre cas de corruption. L'Athénien Callippos, un pentathle, avait soudoyé ses adversaires pour s'assurer la victoire. La chose fut découverte. Et lorsque les Athéniens refusèrent de payer l'amende ils furent exclus des jeux» (11).

B. Les J.O. modernes

C'est en 1894, que le baron Pierre de Coubertin (1863-1937) eut l'idée de restaurer les Jeux olympiques. Les premiers J.O. modernes eurent lieu à Athènes du 6 au 15 avril 1896 : un quinzaine de nations y alignèrent 311 participants, dont 230 grecs, 19 allemands, 14 américains, 19 français et 8 britanniques qui se partagèrent 43 médailles d'or. Les compétiteurs étrangers étaient, pour la plupart, de riches touristes de passage dans la capitale grecque. Pour la circonstance, on inventa une nouvelle discipline sportive inconnue des J.O. antiques : le marathon. Depuis lors, les J.O. modernes se tinrent régulièrement dans différentes villes de la planète choisies par le C.I.O., tous les quatre ans à l'exception des années de guerres mondiales (1916, 1940 et 1944).
Pour promouvoir son image internationale quelque peu obérée par la «guerre froide», l'Union soviétique - renonçant à ses «Spartakiades des Peuples», concurrentes des J.O. dans le Bloc communiste - rejoignit le mouvement olympique en 1952 (XVe J.O. d'Helsinki). L'U.R.S.S. devait bientôt accueillir à Moscou en 1980 les XXIIe J.O., manifestation qui ne se fit pas sans faire grincer les dents au moins autant que les XIe J.O. de Munich (1936) (12).

pierre de coubertin

Pierre de Coubertin, fondateur des J.O. modernes, vu par Pierre Léon Dupuis - détail de la couverture de Claude MOLITERNI (sc.) & P. DUPUIS (d.) [texte encyclopédique : B. LAGRANGE], L'Aventure olympique, de l'Antiquité à 1924, C.I.O.-Dargaud, 1990

Coubertin était un fervent sportsman - équitation, aviron, cyclisme, natation, tennis - qui, à l'exemple des Britanniques, croyait aux vertus pédagogiques de l'exercice physique. Mais ne nous leurrons pas : c'était aussi un homme de son temps, avec les idées de son époque. L'époque où, après avoir asservi les Indiens d'Amérique du Nord et du Sud, les Européens réduisaient en esclavage les nègres d'Afrique, exterminant qui ne voulait pas récolter l'ivoire ou le caoutchouc. Certes, quelques esprits éclairés et en avance sur leur temps dénonçaient bien cet état de chose, comme Joseph Conrad dans Au cœur des ténèbres (1899), accablant réquisitoire sur le Congo de Léopold II.

Jean-Marie Brohm, dans un décapant Mythe Olympique, a montré l'attachement de Pierre de Coubertin aux valeurs «civilisatrices» du colonialisme - quoi d'étonnant ? - et de la civilisation européenne, son adhésion aux valeurs «bourgeoises» (sic).
Sous la plume de Coubertin - note J.-M. Brohm -, l'exemple de l'Antiquité est une métaphore de la France impérialiste :

La France est pour Coubertin la continuatrice des légions romaines et elle se doit de terminer leur œuvre de conquête et de civilisation. «C'est qu'en plantant en 1830, écrit-il, le premier jalon de la civilisation française sur la terre d'Afrique, nos soldats n'ont pas seulement repris l'œuvre romaine détruite par les barbares (sic), mais ils l'ont reprise à la manière romaine.» Et Coubertin chante alors «la gloire des légions françaises» qui «comme les ruines de Timgad sont un monument évocateur de la puissance des légions romaines. Les unes et les autres ont fécondé, en le conquérant, le sol ennemi. Et par les mêmes méthodes» (BROHM, op. cit., p. 384).

La guerre sublimée ?
Le sport - le sport de masse, celui qui attire les foules et attise les passions de supporteurs «fanatiques» -, n'est qu'un avatar édulcoré de la guerre. Il n'est que de considérer les métaphores bellicistes utilisées par les journalistes et commentateurs sportifs. «Syndrome moderne de l'anti-intellectualisme dominant - note J.-M. Brohm -, le goût du sang, de la violence physique, de la barbarie corporelle, de la sauvagerie «païenne» est un substitut à tout l'éthos de guerre et à l'idéologie militariste qui traverse de part en part la culture impérialiste en crise. Le sport n'est pas la guerre, dit-on souvent. En effet. Néanmoins il en tient lieu : le sport est un mimodrame imaginaire de la guerre, une transposition fantasmée de tous les mécanismes et de toutes les phases essentielles de l'affrontement armé. Dans le sport on joue innocemment à la «guéguerre» tout en sachant très bien que les chocs musculaires y préparent merveilleusement. Pas plus que la guerre, le sport n'est nullement un jeu. Les coups sont réels, les armes aussi et l'issue est toujours, comme dans la guerre, l'anéantissement physique de l'adversaire» (BROHM, op. cit., p. 148).

J.-M. Brohm se fait un jeu de cerner le militarisme de celui qui réinventa les Jeux et entretient une relation mi-fascinée mi-révulsée avec les organisateurs des Jeux de Muniche (1936). «Comme les classes sociales, les familles politiques ne se trompent jamais sur leurs vraies racines. Aussi, je crois que Carl Diem, le nazi (13), a dégagé un aspect important de l'œuvre de Coubertin : son militarisme, son idéologie de la paix armée. «A l'époque moderne, écrit Diem, revit cet esprit militaire des jeux olympiques. Coubertin, leur rénovateur, avait du sang de soldat dans les veines. Il abhorrait le pacifisme et toute nébuleuse utopie de paix. Ses œuvres pédagogiques, historiques, politiques nous montrent un caractère intrépide, celui du véritable guerrier» (14).
»Quoi qu'il en soit exactement de la caractérisation précise qui convient le mieux à Coubertin, il est difficile de nier que la tendance d'ensemble de son entreprise est réactionnaire du début à la fin. Ce qui n'empêche pas des îlots progressistes ou des intuitions progressistes localisées» (BROHM, op. cit., p. 379).

Si tous les gars du monde voulaient se donner la main ?
«L'athlète exalte sa patrie, sa race, son drapeau», assurait P. de Coubertin dans «Les assises philosophiques de l'olympisme moderne» (15). Assertion quelque peu amendée depuis par le C.I.O. : «Les J.O. sont des compétitions entre individus et non entre nations» (Art. 7 du règlement du Comité olympique).
Dans l'Antiquité, pour pouvoir concourir aux Jeux, l'athlète devait prouver être de race grecque, citoyen non frappé de quelque peine infamante comme p. ex. l'exil, un sacrilège etc. Tout naturellement et mutatis mutandum, lors de leur restauration à la fin du XIXe s., un concurrent se devait d'appartenir à une blanche nation européenne, de celles qui étendaient leur emprise coloniale sur le vaste univers qui constituait leur potager. Cela allait même de soi, point n'était besoin de le proclamer. C'était l'époque où l'on décimait les sauvages - on ne disait pas encore «peuples de couleur», pas plus que non-voyant pour aveugle - pour mieux les assujettir, et où l'on en exhibait des spécimens dans des foires coloniales, pareils aux animaux dans les parcs zoologiques.

Les géographes de l'Antiquité, et après eux ceux du Moyen âge, avaient spéculé sur nos lointains cousins du bout du monde, hommes à tête de chien ou lions à face humaine etc. C'est ainsi qu'après quelques tentatives ponctuelles en 1855 et 1867, la France - pour l'édification du populo et la démonstration des bienfaits de la colonisation qui allait tirer ces sauvages de la barbarie - la France, donc, de 1877 à 1931 exhiba dans des jardins zoologiques ou dans des expositions officielles, les populations «exotiques» de son empire. En 1877, un million de Parisiens purent ainsi visiter des Nubiens et des Eskimos au Jardin d'acclimatation. Pareillement dès 1874, en Allemagne, Karl Hagenbeck, un négociant en animaux sauvages qu'il revendait à des zoos, organisa l'exhibition de Lapons et de Samoans.
Aux Etats-Unis, Phileas Taylor Barnum avait fondé à Manhattan, en 1841, un musée des freaks proposant aux curieux d'admirer des particularités anatomiques monstrueuses; il allait bientôt s'intéresser aux Peaux-Rouges, ces monstres sanguinaires chasseurs de scalps... en attendant le fameux Wild West Show de Buffalo Bill (16) !
Londres ne devait pas demeurer en reste, accueillant - notamment - et dès 1810, la fameuse «Vénus hottentote», Saartjie Baartman, attirée dans la capitale de l'Empire britannique par deux impresarios véreux et la promesse d'y faire une carrière artistique rémunératrice.
Remarquable de par les caractéristiques de sa race - soit un podex d'envergure ! - Miss Baartman fut exploitée dans des conditions sordides, traînée de cirques en foires, voire en soirées privées, elle sombra dans la prostitution avant d'être, en 1814, revendue à un montreur d'animaux qui l'amena à Paris. Malade, déprimée, elle y décédera de pneumonie le 1er janvier 1816 à l'âge de 25 ans. Cuvier disséqua son corps, et le Musée de l'Homme empailla sa dépouille pour la placer dans une vitrine, tandis que son cerveau et ses viscères atterrissaient dans des bocaux de formol.
En 1994, l'ethnie khoisan réclama la restitution du macabre trophée colonial. Coup de pub, évidemment. Mais suite à la campagne médiatique qui s'ensuivit, ses restes seront finalement restitués à l'Afrique du Sud le 29 avril 2002 (17).

Tel est le contexte dans lequel s'élabora la renaissance des J.O. : celui d'une Europe triomphante et coloniale, technologiquement supérieure à toutes les autres nations (18).
Les premières éditions des nouveaux Jeux olympiques sont donc, bien entendu, réservées aux Européens. Qui aurait l'idée de concourir avec des Nègres, des Hindous ou des Chinois ? Impensable. Et puis, s'ils gagnaient ? Si les sujets de l'Empire s'avisaient un jour qu'ils sont aussi bons, sinon meilleurs, que le maître européen ? Les premiers sportifs «ethniques» n'apparurent qu'à la troisième édition des jeux (Saint-Louis, 1904).

Les IIIe J.O. de Saint-Louis (1er-29 octobre 1904)
Le rituel des J.O. modernes mit quelques décennies à s'élaborer (la flamme, le serment, etc.). Les premiers J.O. modernes s'associèrent souvent à certaines manifestations commerciales. Ainsi les J.O. de 1904 s'organisèrent-ils de concert avec l'Exposition universelle de Saint-Louis, aux Etats-Unis (Louisiana Purchase Exposition). Ce furent les premiers J.O. modernes à instaurer des médailles d'or, d'argent et de bronze (chose impensable dans la Grèce antique qui ne reconnaissait que le premier, jamais les second ou troisième !). Mais ces Jeux de Saint-Louis se virent discrédités par la tenue de deux «Journées anthropologiques» fort critiquées. C'est ainsi que, de la manière la plus officielle, les comités français et britanniques s'abstinrent d'y envoyer une délégation. Résident américain, le Français Albert Corey - médaille d'argent du marathon - s'y engagea à titre individuel.
Sous cette appellation savante de «Journées anthropologiques» se cachait une initiative scandaleuse qui «exposait» au public - comme dans un zoo - des Pygmées, des Kafirs africains, des Ainous japonais, des Patagons, des Moros et des Igorots des Philippines, ainsi que des Sioux d'Amérique du Nord. Ces compétitions à caractère raciste étaient réservées «aux représentants des tribus sauvages et non civilisées» furent ainsi organisées. Le fameux chef apache Géronimo, qui avait rendu les armes entre les mains du général Miles dix-huit ans plus tôt, y participa. Pierre de Coubertin s'opposa à cette «mascarade outrageante qui, ajouta-t-il, se dépouillera naturellement de ses oripeaux, lorsque ces Noirs, ces Rouges, ces Jaunes apprendront à courir, à sauter, à lancer et laisseront les Blancs derrière eux» (19). Réaction assez ambiguë, quand on connaît les idées du personnage. Néanmoins, les J.O. de Saint-Louis déçurent tellement qu'on intercala une «seconde session» deux ans plus tard à Athènes (1906).

Les races inférieures plus sportives ? Danger ! «Cette idée n'était pas neuve à proprement parler - note J.-M. Brohm -, puisque dès 1905, lors du Congrès international de Sport et d'Education physique tenu à Bruxelles, une commission s'était penchée sur «les exercices physiques aux colonies». En 1913, au Congrès international de Psychologie et de Physiologie sportives, le sujet était à nouveau abordé et l'on pouvait lire quelques perles classiques : «Certains esprits, écrit un folliculaire nommé Georges Rouland, paraissaient redouter que les victoires sportives des indigènes portassent atteinte au prestige de la race dominante et que l'on risquât de voir ces victoires exploitées comme un encouragement à la rébellion ou au mépris des Européens; cette éventualité ne serait à craindre que si l'on voulait donner une importance exagérée et déplacée aux manifestations sportives [...]. Nous sommes donc convaincus que l'extension des sociétés de sport largement ouvertes aux indigènes ne peut que faciliter les progrès de la colonisation, et certes la renaissance sportive, qui s'enorgueillit déjà avec juste raison de faciliter le rapprochement des nations civilisées, aura un nouveau titre à la reconnaissance de l'humanité puisqu'elle aura contribué, sinon à la fusion et à l'assimilation des races, tout au moins à la civilisation des peuples» (20)

Quoi d'étonnant si Adolf Hitler, aux J.O. de Munich de 1936, refusa de serrer la main de l'athlète noir américain Jesse Owens lorsqu'il battit l'Allemand Luz Long et rafla quatre médailles : Hitler quitta la tribune pour ne pas avoir à le saluer.

Coubertin avait plutôt été prophète. En 1968, l'on assista au triomphe des athlètes de couleur six mois après l'assassinat de Martin Luther King, et en 1976, la plupart des pays africains boycottèrent les J.O. de Montréal à cause de la Nouvelle-Zélande, «coupable» d'avoir envoyé ses rugbymen disputer des matches en Afrique du Sud.

Il n'en alla guère différemment pour les femmes, qui ne furent admises aux J.O. qu'avec beaucoup de réticences : en 1904, pour la première fois, six femmes participèrent aux épreuves; en 1912 à Stockholm, 57 femmes concourent (pour 2.490 hommes); en 1928 à Amsterdam, 328 athlètes féminins (pour 4.066 masculins) furent, pour la première fois, officiellement reconnues comme telles. En vérité, rien de bien surprenant sous le soleil : il en allait ainsi et partout de la condition féminine - les trois «K» : Kirche, Kuche und Kinder, «l'église, la cuisine et les enfants», peu importe la langue en définitive - comme de la reconnaissance des races de couleur...

La fascination de l'Ordre Noir
Dans les années 20, déjà, «Coubertin [s'était relativement détaché] de son œuvre olympique, note J.-M. Brohm. Il n'assiste pas aux jeux d'Amsterdam (1928), ni à ceux de Los Angeles (1932) et de Berlin (1936). Cependant il voit se lever une figure étrange qui l'intrigue et dont il sent confusément l'importance historique : celle du Führer et chancelier du Reich, Adolf Hitler. Dans ses Mémoires manuscrits inédits, il écrit ceci : «Voici que sur le seuil de la célébration de la onzième des Olympiades (1936) dont j'ai restitué le cours se montre cette étrange figure d'Adolf Hitler, l'une des plus curieuses et des plus inattendues que j'aie rencontrées en étudiant l'histoire.» Coubertin, comme la plupart de ses contemporains bourgeois, est fasciné par cette volonté de lutte et cette énergie nationaliste qu'incarne le dictateur nazi. Aussi ne condamnera-t-il jamais le régime SS. Il tiendra au contraire des propos qui vont de l'indifférence ambiguë à l'approbation explicite. En 1933, alors que Hitler avait déjà pris le pouvoir comme l'on sait, il écrit une lettre au président du conseil de la Société des Nations où il stigmatise le relâchement des mœurs et la licence littéraire, source, selon lui, de tant de désordres.» Et Brohm de poursuivre, en bon trotskyste, son analyse marxiste : «Il ne voit pas au contraire que le véritable désordre est introduit par les restructurations du capitalisme pour essayer de résoudre la crise mortelle qui l'affecte en mettant en avant des solutions fortes et expéditives (nazisme, mussolinisme, franquisme, etc.). Coubertin, en piètre politique, s'en prend naïvement aux mentalités» (21).

Adolf Hitler était fasciné par l'architecture et l'Empire romains, symboles de domination qu'il rêvait d'égaler. Il estimait que «l'histoire romaine dans ses grandes lignes est, et restera, le meilleur exemple; non seulement pour aujourd'hui, mais sans doute pour tous les temps à venir», rappelle J.-M. Brohm (22), mais l'âme germanique était traditionnellement portée vers le culte de la Grèce antique, comme l'illustre par exemple la Walhalla de Louis Ier de Bavière. Au long du XIXe s., les philologues allemands avaient développé à partir des parentés entre idiomes de diverses cultures la vision des «Indo-Germains», nos «Indo-Européens», une théorie essentiellement linguistique qui devait aboutir aux délires racialo-linguistique (23) sur la supériorité d'une prétendue «race aryenne». Martin Bernal expose dans le tome I de Black Athena (24) comment, prenant le contre-pied du «Modèle Ancien» - c'est-à-dire les origines orientales de la civilisation dont témoigne non seulement la Bible mais aussi les Grecs eux-mêmes (25) -, ces doctes savants posèrent sans le vouloir aux XVIIIe-XIXe s. les fondements du national-socialisme en révisant l'Histoire de l'Humanité. Ainsi, «le philosophe nazi Alfred Baeumler, professeur à l'Université de Berlin (...) théoris(a) une origine commune (Urverwandschaft) de l'«Aryen» et du «Grec héroïque et actif» dont la vision du monde s'oppose à la vision «romaine, politique et religieuse»» (D. , op. cit., p. 41).

Les «Atlantologues» qui nous liraient se souviendront sans doute de la curieuse théorie d'un pasteur allemand, Jürgen Spanuth, exposant que la «race grecque», ou plus précisément les Doriens, avait vu le jour dans la Chersonèse cimbrique, c'est-à-dire le Jutland. Au XIIIe s., ces Atlantes germaniques en furent chassés - comme le seront un millénaire plus tard Cimbres et Teutons - par un raz-de-marée qui ainsi engloutit l'Atlantide (26). Ils descendirent vers le sud pour arriver en Grèce où ils se rendirent maîtres du Péloponnèse et de la Crète. Ces guerriers nordiques, blonds aux yeux bleus comme il se doit, firent partie de ces «Peuples de la Mer» qui attaquèrent l'Egypte de Ramsès III. Ils sont représentés sur les bas-reliefs de Medinet Habou, avec leurs casques à cornes ou leurs couronnes de roseaux. Ainsi les Germains seraient-ils, à travers les Grecs, les véritables fondateurs de la Civilisation occidentale. Cet étroit cousinage des Grecs et des Germains, cette origine germano-atlante des Doriens «Peuple de la Mer» ne doivent pas nous apparaître comme le simple fruit des élucubrations d'un brave «curé de campagne» dans sa paroisse de Bordelum, passionné des antiquités locales de son Schleswig-Holstein. Non, le pasteur luthérien Jürgen Spanuth (1907-1998), docteur en théologie et en archéologie - qu'il étudia aux universités de Vienne, Tübingen, Berlin et Kiel - avait eu dans sa poche, comme beaucoup d'autres, une carte du NSDAP, et sa thèse ne faisait que refléter l'idéologie et le credo scientifique du IIIe Reich, les délires d'Alfred Rosenberg et alii. «Nous savons aujourd'hui pourquoi l'ancienne Grèce a toujours attiré les grands esprits du peuple allemand: c'est la parenté raciale qui nous rend compréhensible l'esprit de la culture grecque [...]. C'est seulement pour cette raison que le peuple allemand comprend le monde de l'Antiquité, parce que cette culture antique a grandi, tout comme la culture allemande, dans un patrimoine héréditaire nordique (27).»

Le stade de Munich et Olympie
Daphné Bolz rappelle dans ses Arènes totalitaires que le premier projet de stade pour Munich, à l'été 1933, ne consacrait qu'un budget minime au décorum (2.000 DM !). C'est Hitler, en 1934, qui souhaita développer l'écrin artistique du Reichssportfeld en y ajoutant des œuvres plastiques orientées vers la Grèce, mais une Grèce colossale, compromis entre l'antique et le moderne. «Un Comité artistique (Kunstausschuss) est formé autour du sous-secrétaire d'Etat Hans Pfundtner, afin de s'occuper spécifiquement des questions artistiques du Reichssportfeld. C'est un comité très politique; il est composé «du président de la Chambre de la culture du Reich, d'un représentant des architectes, des sculpteurs et des peintres, ainsi que des délégués artistiques des ministères de la Propagande et de l'Education» (28).» Qu'on examine bien les sculptures du Reichssportfeld, le stade de Munich 1936 : les statues «à l'antique» n'ont certes pas la finesse des œuvres de Praxitèle ou de Scopas ! Ce sont des œuvres rugueuses, mal dégrossies, dans la veine du réalisme prolétarien - ou, s'agissant des nazis, faut-il parler «d'héroïsme prolétarien» ? -, époustouflantes de puissance, mais aucunement de grâce !

«Dans de nombreuses publications, remarque D. Bolz, le Reichssportfeld est continuellement placé en lien direct avec la tradition antique. Dans le Rapport officiel des Jeux olympiques de Berlin, on peut lire que «la force de l'esprit olympique acquiert aussi son sens par les constructions auxquelles il a donné naissance dans la période moderne» (29).» Cerise sur le gâteau, Adolf Hitler, la veille de l'ouverture des Jeux de Munich annoncera la reprise des fouilles archéologiques à Olympie, commencées sous Bismarck par Ernst Curtius (1814-1896) qui les avait menées de 1875 à 1881. Espérant beaucoup, et avec raison, de l'impact de cette initiative culturelle, le IIIe Reich instrumentalisait Olympie et les Jeux olympiques aux fins de sa propagande :

Plus calculée, plus stratégique, fut encore l'annonce, par le Führer, de la poursuite des fouilles d'Olympie, la veille de l'ouverture des Jeux: après ce coup de théâtre, les Jeux de Berlin étaient définitivement soustraits à toute critique - et tel était bien l'objectif poursuivi par Hitler. Comment un peuple s'investissant autant dans la connaissance de l'Antiquité et organisant des Jeux olympiques avec une telle perfection aurait-il pu être condamné par le CIO (30) ?
L'effet de propagande joua à plein puisque la décision du Reich fut maintenue secrète le plus longtemps possible. Une note de Hans Pfundtner, secrétaire d'Etat au ministère de l'Intérieur, souligne en effet que
«le Führer souhaitait par ailleurs que l'affaire soit traitée de la manière la plus confidentielle possible» (31). L'annonce officielle de la reprise des fouilles par le Reich hitlérien à l'ouverture des Jeux fut donc une surprise énorme pour les membres du CIO, lesquels, déjà enchantés par l'organisation berlinoise, voyaient ici une preuve supplémentaire de la sympathie du nazisme pour les valeurs olympiques; ils se trouvaient ainsi renforcés dans leur conviction que le choix de soutenir la «nouvelle Allemagne» dans l'organisation des Jeux de 1936 était le bon choix (D. Bolz , op. cit., p. 234).

Filmographie

Voilà les réflexions que nous inspirent l'année olympique 2008, les J.O. de Pékin et le dernier Astérix. Trois autres films (32) avaient précédemment sanctionné des J.O.

Le premier était consacré à ceux de Munich, Les Dieux du Stade (Olympia - I. Fest der Völker, II. Fest des Schönheit, 1938) de Leni Riefenstahl.
Comme plus tard Tokyo Olympiade, Les Dieux du Stade est un reportage filmé des J.O., en l'occurrence ceux sus-évoqués de Munich en 1936. Quelques images évoquent l'Antiquité grecque, qui toujours eut la faveur des Allemands (plutôt que la romaine).
Voyez par exemple la Walhalla, ce temple grec d'ordre dorique, tout de blanc marbre de Carrare, érigé près de Rastibonne entre 1830 et 1842, par Louis Ier de Bavière. Du haut de sa falaise, il domine le Danube d'une centaine de mètres. Dédié à la gloire de la race germanique, il abrite les bustes de 122 grands hommes de l'Allemagne.
Chose amusante, dans Les Dieux du Stade la «réalisatrice du Führer» filme la préparation des athlètes allemands jusque dans le sauna, d'où ils sortent dans la tenue de leur naissance, nus comme se doivent de l'être de vrais athlètes grecs, mais marchant de travers comme des crabes, serrant les cuisses pour qu'on ne voie pas leurs parties sexuelles. Concession à la pudeur. Mais en Allemagne, patrie du naturisme, ça étonne un peu.

dieux du stade - leni riefentahl

Affichette belge des Dieux du Stade (Olympia) de Leni Riefenstahl, retraçant les Jeux olympiques de 1936
(coll. M. Eloy)

Le second est un péplum, La bataille de Marathon (Jacques Tourneur & Mario Bava, 1959), qu'un carton du générique le dédiait aux J.O. de Rome 1960. Steve Reeves aurait participé à l'élaboration du scénario. Il était astucieux de le placer sous le signe de la fameuse bataille de Marathon en 490 : la course du marathon est une invention des J.O. modernes, dont le latiniste Michel Bréal tressa le panégyrique enflammé. Le premier vainqueur, aux J.O. d'Athènes de 1984, fut un porteur d'eau de la banlieue d'Athènes nommé Spyridon Louÿs.
Un bémol toutefois : on voit Steve Reeves, aux jeux, émerger de l'onde et du générique : il n'y eut jamais de compétition de natation à Olympie, dans l'Antiquité.

it happened in athens

C'est arrivé à Athènes (It Happened in Athens) (Andrew Marton, 1962), une comédie assez peu connue avec Jayne Mansfield (Les amours d'Hercule), évoque la création des premiers Jeux olympiques de l'Ere moderne

Enfin, dans C'est arrivé à Athènes (1962) sont évoqués les premiers Jeux olympiques modernes fin du XIXe s., où apparaît le champion olympique américain de décathlon Bob Mathias, ex-Thésée (33). Trax Colton incarne Spyros Louÿs, le vainqueur du premier marathon (J.O. d'Athènes, 1896). Dans Atlas (1961), filmé en Grèce, Roger Corman tentera lui aussi de reconstituer les Jeux olympiques, avec un bémol toutefois : la présence insolite d'une femme sur les gradins, l'appétissante Barboura Morris venue acclamer son champion.

Bibliographie

Jean-Marie BROHM, Le Mythe Olympique
«L'olympisme est une grande machinerie silencieuse dont les rouages ne grincent pas», écrivait Coubertin en 1920. Depuis le début de ce siècle les jeux olympiques se succèdent avec une rigueur métronomique seulement interrompue par les guerres mondiales. Cette continuité historique est la première donnée des structures imaginaires du mythe olympique. Mais à l'origine du mythe il y a d'abord le mythe de l'origine : Olympie. La fondation du discours est aussi un discours de la fondation : au début était le sport, de tous les temps il y aura du sport, les jeux olympiques sont la continuation transcendante d'une «Idée» Olympique. La démystification marxiste des jeux antiques perce à jour la racine de l'olympisme : l'exploitation de classe des esclaves. Le discours même du père fondateur de la horde olympique apparaît comme un discours d'ordre et de réaction. Ce livre, qui constitue la première partie d'une histoire générale du mouvement olympique, est donc une mise au point et même une mise en demeure : Coubertin doit être pris au sérieux comme militant d'une droite musclée, colonialiste et impérialiste. [J.-M. BROHM - 4e plat de couverture.]

• Jean-Marie Brohm, né en 1940, professeur d'éducation physique au Lycée Condorcet (Paris), ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure d'Education physique, a soutenu sa thèse de doctorat d'Etat en sociologie en 1977 (Sociologie politique du sport, J.-P. Delarge, 1976). Il participe activement aux campagnes du COBA (boycott du Mundial) et du COBOM (boycott des Jeux de Moscou) et défend à la télévision et dans la presse les libertés démocratiques et les droits de l'homme bafoués par les jeux du cirque totalitaire. Parmi ses publications récentes : Critiques du Sport, Christian Bourgois, 1976; Jeunesse et révolution, Maspéro, 1975 (en collaboration avec Michel Field); Partisans, Gardes-fous arrêtez de vous serrez les coudes (sic), Maspero, 1975 (en collaboration); Corps et politique, J.-P. Delarge, 1975; Contre Althusser, 10/18, 1974 (en collaboration); Qu'est-ce que la dialectique ?, Savelli, 1976; Les jeux olympiques de Berlin 1936, Editions Complexe, à paraître. [1er rabat de couverture, 1981.]

mythe olympique arenes totalitaires

A gauche : Jean-Marie BROHM, Le Mythe Olympique, Paris, Christian Bourgois éd., coll. «Quel corps ?», 1981. (Le document de couverture : Werbe-Postkarte Nr 6 für die Olympischen Spiele 1936, Herausgegeben von Propagandaauschuss f.d, Die bibliophilen Taschenbücher, Harenberg Kommunication 1980.)
A droite : Daphné BOLZ, Les arènes totalitaires. Hitler, Mussolini et les jeux du stade, Paris, CNRS Editions, 2008

Daphné BOLZ, Les arènes totalitaires
A la fois fête des peuples et fête de la beauté, les Jeux olympiques de Berlin ont été immortalisés en 1936 par Leni Riefenstahl. Mais comment les «dieux du stade» ont-ils contribué à l'affirmation des nazis sur la scène internationale ? Et comment comprendre l'incroyable puissance fusionnelle de ces célébrations politico-sportives ?
A partir d'archives inédites, Daphné Bolz montre comment les régimes d'Hitler et de Mussolini ont soumis le sport à leurs objectifs de propagande. L'architecture des stades fut mise au service d'un univers symbolique mêlant mythologie de l'Antiquité et signes de la modernité. Daphné Bolz décrypte les codes de cette esthétique destinée à mettre en scène le triomphe de l'Homme nouveau par et dans le combat sportif.
Une étude ambitieuse qui éclaire la genèse de la «religion fasciste».
[D. BOLZ - 4e plat de couverture.]

• Daphné Bolz est docteur en sociologie et en sciences du sport (Université Marc Bloch de Strasbourg et Université Libre de Berlin). Elle est actuellement chercheuse (Marie Curie Fellow) au International Centre for Sport History and Culture, de Montfort University, Leicester (UK).


NOTES :

(1) Créateur et héros de la série Kaamelott. - Retour texte

(2) Il en existe plusieurs versions, sans doute parce que le sanctuaire d'Olympie fut patronné successivement par deux cités rivales : d'abord par Pise, qui met en scène son roi mythique Œnomaos, et ensuite Elis. Sur la (les) version(s) qui en attribuent la fondation à Héraclès et/ou aux Dactyles crétois, cliquez ICI. - Retour texte

(3) Mon œil ! Alafolix vit dans le village des «irréductibles gaulois», où il mène une vie saine, sans se soucier de savoir si la terrine de pâté est halal, etc. La référence sociologique tombe donc d'elle-même. N'empêche que c'est un con, Alafolix. Ou un niais. Oui, tout compte fait, ce serait plutôt d'un «roman d'apprentissage» que veut nous entretenir le film. Patron, une autre cervoise, s'il te plaît ! - Retour texte

(4) M.C. HOWATSON (sous la dir.) - UNIVERSITÉ D'OXFORD, Dictionnaire de l'Antiquité. Mythologie, littérature, civilisation (The Oxford Companion to Classical Literature, 1989), Robert Laffont, coll. «Bouquins», 1993, p. 413. - Retour texte

(5) De 1912 à 1948, il y eut des concours d'architecture, de sculpture, de reliefs et médailles, de peinture et de littérature. - Retour texte

(6) D'après J.-M. BROHM, op. cit., pp. 267-270, 292. - Retour texte

(7) J.-M. BROHM, op. cit., p. 299-298. - Retour texte

(8) Ph. de CARBONNIÈRES, Olympie. La victoire pour les dieux, CNRS, 1995. - Retour texte

(9) Problèmes de la guerre en Grèce ancienne (sous la dir. Jean-Pierre VERNANT) (1968), Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, Seuil, coll. «Points - Histoire», n H265, 1999. - Retour texte

(10) H. BENGTSON, op. cit., p. 80. (Note BROHM, op. cit., p. 264) - Retour texte

(11) J.-M. BROHM, Le Mythe olympique, op. cit., p. 264. - Retour texte

(12) Cf. J.-M. BROHM, Le Mythe Olympique, Paris, Christian Bourgois éd., coll. «Quel corps ?», 1981 - ouvrage virulent et critique de l'olympisme.- Retour texte

(13) Sous la république de Weimar, Carl Diem (1882-1962) était déjà très actif dans le domaine de la propagation des activités sportives. C'est lui qui imagina la course du flambeau pour les J.O. de 1916, annulés, mais qui fut officiellement adoptée en 1936. Officier dans la Reichswehr, il n'adhéra jamais au NSDAP quoique sympathisant du régime. Sous le IIIe Reich, il demeura comme précédemment le secrétaire du Comité allemand d'organisation des Jeux olympiques (COJO) (N.d.M.E.). - Retour texte

(14) Carl DIEM, L'idée olympique dans la nouvelle Europe, Institut Terramarre, Berlin W8, 1943 (BN 8 Z 29 375 (5)), p. 14. (Note BROHM, op. cit., p. 379). - Retour texte

(15) Cité par J.-M. BROHM, op. cit., pp. 427-428 - d'après les textes réunis dans L'Idée olympique, discours et essais, Stuttgart, Karl Hofmann Verlag, 1967.- Retour texte

(16) Cf. Pascal BLANCHARD et Gilles BOËTSCH, «Bêtes de scène. Les zoos humains», in «France coloniale, deux siècles d'histoire», Histoire & Patrimoine, n 3, Toulouse, Milan Presse, 2005, pp. 59-61; Pascal BLANCHARD, «Des zoos humains aux expositions coloniales», in «La colonisation en procès», L'Histoire, n 302, octobre 2005, pp. 62-65. - Retour texte

(17) N'eut été le caractère sordide et raciste (enfin... on peut le voir comme ça, quand on n'a pas de bon avocat) de cette exhibition, la dissection et la production de pièces anatomiques (ô mânes de Vésale !) n'a rien que de très banal, rien de vraiment choquant en soi. Même si de nos jours encore une exhibition, comme le Körperwelten (2001) du Prof. Gunther von Hagen - son procédé de plastination permettant l'admirer 200 corps humains écorchés-morts - n'aurait rien de choquant, même si elle suscita malgré tout quelques réactions mitigées... - Retour texte

(18) Ainsi, dans la Chine de 1900 où les endroits fréquentés par les Blancs étaient «Réservés», c'est-à-dire «interdits aux chiens et aux Chinois» - seuls les Japonais y étaient tolérés car relevants d'une puissance industrielle qui, avec les Blancs, participait au dépeçage du Céleste Empire. - Retour texte

(19) P. de COUBERTIN, Mémoires Olympiques, Comité International Olympique, Lausanne, 1931 - cité par Wikipedia («Les J.O. d'été de 1904»). - Retour texte

(20) BROHM, op. cit., p. 408, citant : G. ROULAND, «Les Sports et la colonisation en Algérie», in Congrès International de psychologie et de physiologie sportives, Imprimerie E. Tosco et C, Lausanne, 1913, pp. 173 et 174. - Retour texte

(21) J.-M. BROHM, op. cit., p. 424. - Retour texte

(22) Adolf HITLER, Mein Kampf, Munich, 1933, p. 469-470, in Ibid. (Note de D. Bolz.) - Retour texte

(23) Dans son prodigieux roman Les Bienveillantes, Jonathan LITTELL glose avec beaucoup de pertinence sur la théorie linguistique arbitrairement transposée sur le plan biologique par les théoriciens nazis. - Retour texte

(24) Martin BERNAL, Black Athena. Les racines afro-asiatiques de la Civilisation classique (1987), Presses Universitaires de France, tome I, L'invention de la Grèce (1785-1885), 1996 - tome II, Les sources écrites et archéologiques, 1999. - Retour texte

(25) Les Grecs revendiquaient la dette dont ils étaient redevables vis-à-vis de Danaos l'Egyptien, fondateur d'Argos, et de Cadmos le Phénicien, fondateur de Thèbes, qui leur enseigna l'alphabet. - Retour texte

(26) Se basant sur les légendes locales frisonnes, Jürgen Spanuth situe Basiléia, la Ville Royale de l'Atlantide à huit kilomètres au large d'Héligoland (heiliges Land, «l'île Sainte»), laquelle par ailleurs était encore au Haut-Moyen Age, et sans doute bien avant, le siège d'un culte au dieu germanique Fositès, qu'il rapproche bien entendu du grec Positès, Poséidon.
Nommé pasteur de Bordelum (Schleswig-Holstein) le 30 juillet 1933, il se passionna pour les pré- et protohistoire(s) nord-européennes et s'intéressa aux légendes frisonnes. Après l'intermède de la Seconde Guerre mondiale, qui le vit d'abord mobilisé dans la Kriegsmarine, puis versé dans l'infanterie (blessé devant Léningrad en avril 1942, prisonnier des Soviétiques en 1945, évadé), Spanuth conçut sa théorie entre 1946 et 1948, mais ne put faire plonger un scaphandrier qu'à l'été 1952. Celui-ci y découvrit par 7/9 m de profondeur des amas rocheux qui seraient les vestiges d'une double enceinte. Selon Spanuth, l'orichalque était l'ambre; il y aurait eu également des gisements cuprifères.
Alors qu'il explorait la zone, la RAF vint bombarder le site, un îlot désertique que les Britanniques, qui l'avaient conquis, étaient en train d'évacuer (il s'agissait de déstocker des munitions accumulées pendant la Deuxième Guerre mondiale). A partir de cet incident, les partisans de Spanuth élaboreront une théorie du complot judéo-maçonnique visant à détruire les preuves d'une Atlantide aryano-germanique dans la mer du Nord. Ca ferait un beau scénar pour une aventure de Blake et Mortimer ou d'Indiana Jones, n'est-ce pas ?...
Cf. Jürgen SPANUTH, L'Atlantide retrouvée ? (Das Enträtselte Atlantis), Plon, 1954, 241 p., trad. Henry Daussy; Jürgen SPANUTH, Le secret de l'Atlantide. L'empire englouti de la mer du Nord (Die Atlanter, Tübingen, 1976), Copernic, coll. «Réalisme fantastique» [dirigée par Jean Mabire], 1977, 355 p., trad. François Ponthier. Ce dernier titre contient, en postface, une biographie de Spanuth par Alain de Benoist. Voyez aussi Jean MABIRE, Thulé. Le soleil retrouvé des Hyperboréens, d'abord paru chez Robert Laffont (coll. «Les énigmes de l'Univers», 1975), rééd. chez Pardès, 2002 [épuisé] - que nous n'avons pas consulté et ce n'est pas faute de l'avoir cherché. Mabire, croyait erronément qu'Héligoland, position avancée de l'Allemagne en mer du Nord, aurait abrité une base de sous-marins. - Retour texte

(27) Hans GLAUNUNG, Amtsblatt, 1936, Nichtamtlicher Teil, S. 145 f., cité in Hajo BERNETT, Nationalsozialistische Leibeserziehung, op. cit., p. 32. Alex Scobie souligne que Hitler «dut importer des symboles politiques en Allemagne et justifier leur présence sur la base d'une fausse ascendance raciale, [à savoir] le mythe que les Grecs et les Romains (à l'exception des Étrusques) étaient les ancêtres des Allemands» (Alex SCOBIE, Hitler's State Architecture, op. cit., p. 92). (Note de D. BOLZ, op. cit., p. 230.) - Retour texte

(28) BArch, R 43 II/729, BI. 196. Lettre de Pfundtner à Lammers, 22.02.1935, p. 1. (Note de D. BOLZ, op. cit., p. 248.) - Retour texte

(29) Organisationskomitee für die XI. Olympiade Berlin 1936 e.V. (éd.), XI. Olympiade Berlin 1936. Amtlicher Bericht, Bd. I, op. cit., p. 129. (Note de D. Bolz.) - Retour texte

(30) Comme le souligne le Reichssportführer von Tschammer und Osten dans une lettre à Hitler, la reprise des travaux archéologiques à Olympie devaient permettre de rappeler que «les fouilles des années 1875-1881 à Olympie sous la direction du professeur Curtius, étaient la première grande action culturelle entreprise par le Ier Grand Reich allemand uni sous Bismarck». Von Tschammer und Osten ajoute que «l'achèvement [des fouilles] par le Troisième Reich prouverait au monde que l'aide à la culture humaine est considérée comme un devoir allemand». Le site d'Olympie attire déjà de nombreux visiteurs et si les fouilles étaient reprises «d'innombrables membres de tous les peuples visiteraient cette action culturelle du Troisième Reich». Et «au final, l'achèvement proposé des fouilles d'Olympie serait admiré en Grèce et par tous les autres peuples de culture, et élèverait un monument à la gloire du Troisième Reich en dehors de ses frontières». BArch, R 43 II/729, Bl. 292. Lettre de von Tschammer und Osten à Hitler, 11.12.1935, p. 1-3. Pour accomplir ces travaux, un financement d'une hauteur de 300.000 reichsmarks est extrait des entrées financières apportées par les Jeux olympiques. Après avoir accepté la poursuite les fouilles, Hitler charge le ministre de Prusse et du Reich pour la Science, l'Éducation et l'Instruction populaire d'organiser l'expédition. BArch, R 43 II/729, Bl. 294. Lettre de Lammers au ministre de Prusse et du Reich pour la Science, l'Education et l'Instruction populaire, 28.12.1935 (Une autre copie de la lettre se trouve dans: BArch, R 43 II/1229, Bl. 49). (Note de D. Bolz.)- Retour texte

(31) BArch, R 43 II/1229, Bl. 59. Note de Pfundtner sur la réunion du 24.07.1936 concernant la poursuite des fouilles d'Olympie, p. 5. (Note de D. Bolz , op. cit., p. 234.) - Retour texte

(32) Nous ne retiendrons pas le Tokyo Olympiad (Tôkyô Orimpikku, 1965) de Kon Ichikawa, en dépit de la superbe musique de Toshirô Mayuzumi, par ailleurs également compositeur de la B.O. de The Bible... in the Beginning de John Huston : il ne s'agit que d'un reportage filmique. - Retour texte

(33) Thésée et le Minotaure (Silvio Amadio, 1960). - Retour texte