courrier peplums

SEPTEMBRE - OCTOBRE 2004

 

 

 
2 Septembre 2004
A PROPOS DES BIOGRAPHIES TÉLÉVISÉES
Sabah a écrit :
 
La raison pour laquelle j'ai voulu voir Jules César d'Uli Edel était la présence de Christopher Walken, mais j'ai vraiment aimé le film malgré les erreurs flagrantes concernant la vie de Jules César. J'ai aimé le jeu des acteurs et particulièrement celui de Jeremy Sisto que je connaissais peu.
Pourriez-vous m'indiquer son site officiel (après de longue recherches je n'ai pas réussi à le trouver) ou éventuellement un site complet comportant ses films ou sa biographie ?
 
 
RÉPONSE :
 
Des «biographies» filmées comme Jules César, mais aussi le Napoléon (2001) d'Yves Simoneau, avec Christian Clavier dans le rôle-titre, ou encore Hitler - La naissance du Mal (2003) de Christian Duguay constituent d'intéressants objets de réflexion sur les limites du genre. Impossible de retracer toute une vie en 3 ou même 4 heures. Alors, on condense, on fait des choix et trop souvent on passe du coq à l'âne...
J'ai relativement apprécié Jeremy Sisto, mais l'air ahuri de Christopher Noth, dans le rôle de Pompée m'a par contre fort agacé. Quand à Christopher Walken, que j'avais adoré dans dans Les Chiens de Guerre, je l'ai trouvé un peu chevelu pour incarner ce vieux romain conservateur de Caton d'Utique !
Je ne suis pas spécialiste en fan-sites d'acteurs, mais sur imdb.com vous devriez trouver leurs filmos assez complètes.
 
 

 

 
30 septembre 2004
COMPLÉTONS LE CATALOGUE DES DVD (1) : NÉFERTITI
Ivan Mitifiot a écrit :
 

D'abord bravo pour votre site de référence extrêmement exhaustif. En tant que fan de péplums, je ne peux que me réjouir qu'un tel site puisse exister. J'ai depuis quelques temps un DVD que vous n'avez pas référencé dans votre liste.

Il s'agit de Nefertiti reine du Nil de Fernando Cerchio sorti chez MAX FILMS en zone 2.
Je l'ai acheté à la FNAC à Lyon, lors d'une opération promo. Le film est en version française et en version italienne sous-titrée en français, malgré le fait que la jaquette ne mentionne pas la version originale.
Le format du film est respecté 2:35 et compatible 4/3. La copie est assez belle, et le transfert très beau. Le menu est animé mais, par contre, il n'y a aucun bonus.

 
 
RÉPONSE :
 

Merci de réagir, et merci aussi pour les compliments ! J'avais entendu parler d'un DVD Nefertiti, mais on m'avait dit qu'il sortirait chez Opening, ainsi que Hannibal et La muraille de feu. Mais je ne l'avais ai jamais vu en rayon.

Nefertiti est actuellement sur la liste des "possibles" de chez Fabbri, mais il y a dessus 41 titres et seuls les 15 premiers sont "certains" (j'ai vu sur DVDrama qu'ils en prévoyaient 30... wait and see).

 
 

 

 
1er octobre 2004
COMPLÉTONS LE CATALOGUE DES DVD (2) : KALIDOR, CONAN LE CONQUÉRANT, KRULL, ROI-SCORPION…
Ivan Mitifiot a écrit:
 

Pour la Collection Fabbri, mieux vaut attendre en effet, il y a toujours des changements dans ce genre d'opération. Il y a des titres que j'attends avec impatience comme L'enlèvement des Sabines, et surtout Maciste et les 100 gladiateurs.
Je me suis abonné à la collection, alors que j'ai déjà pratiquement tout ce qui est déjà disponible en DVD dans le commerce. Tant pis, quand on est fan, on est fan.

Par contre, j'ai vu que dans la catégorie heroic fantasy, il manquait en zone 2 :

Kalidor la Légende du Talisman, sorti chez Studio Canal, avec une excellente et très précieuse interview-carrière de Richard Fleischer de 51', une bande annonce française et une autre américaine.

Conan le Conquérant chez Swift Video, le pilote de la série de 1997 d'une durée de 90 mn, réalisé par Gerard Hameline, avec un making of de 30' et des notes de productions sur l'oeuvre de Robert E. Howard. (La série TV 1998 quasi complète (?) a été diffusée en juillet-août 2000 sur TF1. Le culturiste allemand Ralf Moeller (Hagen, dans Gladiator) y tenait le rôle de Conan - N.d.M.E.)

Krull, sorti chez Columbia-TriStar Home Video et dans la collection «Les plus grands films de science-fiction», avec pléthore de bonus : commentaire audio de l'équipe du film, bande annonce, galeries de photos, la bande dessinée tirée du film (38'), article de Cinefantastique retranscrit sous forme de commentaire avec système de pop up, et le making of (22').

Le Roi Scorpion, sorti chez Universal dans une version longue avec mode de visionnaire interactif, commentaire audio sous-titré en français, scènes inédites, making of des effets spéciaux, making of sur les lieux de tournage, préparation des costumes, le travail avec les animaux, clip vidéo et bandes-annonces.

Et puis bien sûr les 3 volets du Seigneur des Anneaux en édition prestige 2 DVD, et les deux premiers volets en édition collector 4 DVD.

Par contre, je déplore en général le manque de films érotiques en péplums. Je ne parle pas des films porno, que je considère sans goût, mais des films érotiques. Quel dommage...

 
 
RÉPONSE :
 
Sur la liste des 41 films que m'ont communiqué les Editions Fabbri, Maciste et les 100 gladiateurs n'est plus repris, mais je vois qu'il a été ou devrait être publié en VO italienne dans la collection de Fabbri-Italie Kolossal sous son titre original Maciste l'eroe di Sparta. Dommage pour nous. Notez aussi que les dix derniers titres de cette fameuse liste ne sont rien d'autre que la reprise des dix péplums édités par L.C.J. en vidéo, puis en DVD. En fait, la plupart de ces DVD ont déjà été publiés ailleurs, dans des collections plus onéreuses. C'est donc l'occasion pour les afficionados d'acquérir les pièces qui leur avaient échappé, et avec les mêmes bonus.
 
 

 

 
20 Octobre 2004
CIRCÉ, MÉDÉE, CANIDIE, LOCUSTE ET LE BOUILLON D'ONZE HEURES
Lorraine Delatour a écrit :
 
Actuellement en terminale, je prépare avec une amie mes travaux personnels encadrés (TPE de terminale). Nous avons pris pour sujet l'étude de la pratique des poisons dans l'Antiquité. Outre l'aspect scientifique traité grâce à la chimie, nous abordons le contexte politique et social romain par le latin. En fait, nous avons ciblé notre recherche sur les affaires de poisons (crimes mais aussi autres utilisations) dans l'Antiquité, à Rome, et plus largement celles citées dans des textes latins. Mais nous manquons de références : existerait-il des films comportant des scènes relatives à de tels crimes, qui pourraient être assez fiables pour être exploités ? Par «fiables», j'entends des films dont les scènes seraient basées sur des thèses historiques reconnues comme valables - ou plus ou moins valables -, et non des fictions romanesques...
Je possède déjà la série BD des Murena, mais si vous aviez d'autres références bibliographiques, elles nous seraient également très utiles !
 
 
RÉPONSE :
 

Du venin de serpent à la ciguë
Circé et Médée dans la mythologie grecque, Canidie et Locuste dans l'histoire romaine, autant de noms demeurés associés au «bouillon d'onze heures». Sans oublier Hannibal qui, de même que Cléopâtre, s'empoisonna pour échapper aux Romains, et Mithridade qui se... «mithridatisait» ! Il n'y a pas de films sur Mithridate, et le suicide d'Hannibal n'a pas été évoqué à l'écran. Par contre celui de Cléopâtre est montré avec plus ou moins de bonheur dans la plupart des versions. Dans le matériel publicitaire de certain film érotique (celui de Cesare Tod), le petit aspic est devenu un superbe boa s'insinuant entre les seins de la reine d'Egypte; dans Joy et les Pharaons, Sara White l'actrice softcore qui doit incarner Cléopâtre se livre à une petite plaisanterie pour effrayer ses camarades cinéastes en couvrant de serpents son corps dénudé, feignant avoir été mordue. Mais dans La bataille de Corinthe, le cruel Diéos (John Drew Barrymore jr) et dans La vengeance d'Hercule, le méchant roi Eurysthée (Broderick Crawford) possèdent chacun une fosse aux serpents où précipiter leurs ennemis. Basique comme méthode, mais efficace.

Roberto Rossellini a reconstitué d'après l'Apologie de Socrate l'exécution du philosophe, avec tout le rituel lié à l'absorption de la ciguë, comme marcher pour activer la circulation sanguine (Socrate, TV, 1970). Cette scène décrite par Platon avait du reste inspiré le romancier Pierre Louÿs dans Aphrodite (rééd. Le Livre de Poche).

Les vésicants
Connaissez-vous le petit livre de Roland VILLENEUVE, Poisons et empoisonneurs célèbres ? Il avait été réédité en poche chez J'Ai Lu, dans la collection à couverture rouge (J'Ai Lu l'Aventure mystérieuse, nČ A 235). Du marquis de Wavrin, l'ethnologue belge qui voyagea chez les Jivaros et décrivit la préparation du curare... à Ian «James Bond» Fleming qui dans une des aventures de son agent secret détaillait sur plusieurs pages toutes sortes de poisons végétaux (j'ai oublié le titre du roman, mais j'avais été frappé d'apprendre qu'une simple brochette de viande grillée sur une baguette de laurier pouvait être mortelle), le poison fascine. Dès les origines du cinématographe (décembre 1895), Alexandre Promio, chef opérateur des Lumière, réalisa un film d'une minute, Néron essayant le poison sur ses esclaves (1896), qui fut le premier péplum de l'histoire du cinéma. Désireux de ne pas demeurer en reste, Georges Méliès tournera lui aussi un Néron et Locuste : un esclave empoisonné (an 65 de notre ère), troisième volet de La Civilisation à travers les âges (1907-08) série qui, en images animées, était une sorte de Musée Tussaud de ces crimes et atrocités qu'au nom de la Civilisation si volontiers l'Homme commet ! On empoisonne beaucoup dans les péplums et dans les films historiques en général. Ainsi dans Angélique et le Roy, où l'on voit mise en oeuvre une robe imprégnée d'un de ces poisons florentins dont on cherche toujours, et vainement, la composition. Le contact vésicant avec la peau est mortel. A l'époque j'avais feuilleté le roman correspondant d'Anne et Serge Golon mais il ne contenait pas d'informations vraiment transcendantes. Un film italien sur la guerre 14/18 montrait semblables effets sur la peau du gaz vésicant ypérite (Fraulein Doctor, sorti dans les années '70). Ce poison nous rappelle, bien sûr, la fameuse tunique de Nessus qui consuma le corps d'Hercule. Dans Les Dieux aux Epées de bronze (Julliard, 1966), Costa De Loverdo s'interrogeait sur les poisons contenus par la tunique de Nessus, qui causa la mort du fils de Zeus. Il n'y avait pas que le venin de l'Hydre de Lerne, car elle contenait aussi du sperme du centaure qui avait tenté de violer Déjanire; l'auteur y évoquait les capacités toxiques des ptomaïnes mêlée à du sang corrompu... Qu'ajouter, sinon deux petites choses :
1) il y a dans la Thébaïde de Stace une impressionnante description d'un enfant mordu par un «dragon», un serpent venimeux, dont la chair entre instantanément en putréfaction (sauf erreur, il s'agissait du fils du roi d'Argos, Archémore, que sa nourrice Hypsipylè avait un instant quitté des yeux);
2) une autre version de la robe empoisonnée concerne Médée, la magicienne de Colchide : celle qu'elle offre à sa rivale Glaucè s'enflamme au contact de la peau et met le feu au palais de son père, le roi de Corinthe (la scène est évoquée à l'écran par P.P. Pasolini dans Médée dont le DVD sort ce mois-ci).

Si vous avez parcouru mon site, vous avez dû voir sous NÉRON un chapitre sur les poisons où, du point de vue de la chimie, je me réfère au Néron de Georges-Roux.

Les décérébants...
Parmi tous les poisons possibles et imaginables, il y a les drogues qui annihilent la volonté, depuis les potions haïtiennes qui rendent idiot, des fameux «zombis-jardin» (cf. Charles H. DEWISME, Zombis ou Le secret des morts-vivants, Grasset, 1957) jusqu'au lotos de l'Odyssée qui, aux marins d'Ulysse, fit oublier le souvenir de leur patrie. Dans Hercule et la Reine de Lydie, Omphale verse au héros un philtre d'amour qui lui efface momentanément la mémoire et le détourne de sa mission. On songe au borbor des femmes touarègues, que Frison-Roche évoque souvent dans ses romans sahariens et dans la compositions desquels entrent des débris humains telle de la cervelle putréfiée (La montagne aux écritures, La piste oubliée, Djebel Amour). De Maciste dans les Mines du Roi Salomon à Hercule à la Conquête de l'Atlantide, nombre de films exploitent ce thème du poison qui asservit le héros à la volonté de qui le lui administre (Maciste et le Trésor des Tsars, Le triomphe de Maciste...) : à la base, nous retrouvons toujours associé au thème de la «dévoreuse d'hommes» (Messaline, ou Antinéa de freudienne mémoire) le mythe de Circé qui change les mâles en pourceaux, notamment dans les nombreuses versions filmiques de l'Odyssée d'Homère. L'antidote donné par Hermès à Ulysse était le molu, une variété d'ail sauvage qui, quelque part, fait songer au folklore des vampires.

Canidia
Tite-Live (Hist. rom., VIII) rapporte une affaire d'empoisonneuses qui impliquait une vingtaine de femmes de l'aristocratie romaine et aboutit à 70 condamnations à mort (en -331). En 82, Sylla promulgua une lex cornelia de sicariis et veneficiis (renouvelée par Jules César, lex julia...) interdisant dans la pharmacopée l'usage de certaines plantes comme l'aconit et la mandragore, tandis qu'au temps d'Auguste, Horace fit passer à la postérité le nom de Canidie, une empoisonneuse qui exerçait ses talents dans le quartier populaire de Suburre (cf. HORACE, Ep., V). Elle devait générer chez Bulwer-Lytton le personnage de la sorcière du Vésuve Canidie, qui administrait au héros des Derniers Jours de Pompéi une drogue, soi-disant philtre d'amour, qui le faisait sombrer dans la démence. Canidie est incarnée par Marcelle Rovena dans la version 1948 de Marcel L'Herbier [existe en DVD chez L.C.J.]. La sorcière du Vésuve apparaît également dans la version 1926, mais pas dans celle de 1959 (1).

Locuste
Outre la BD Murena que vous citez, et qui la met spécialement en valeur, Locuste figure dans plusieurs films relatifs à Agrippine et Néron (lequel, du fils ou de sa mère, étaient ses commanditaires ? Tantôt l'un, tantôt l'autre, dit-on), notamment sous les traits de Mme Sturla empoisonnant Britannicus dans l'Agrippine de Guazzoni (1911) et dans Le fils de Locuste de Feuillade (également 1911) sous les traits de Renée Carl. Un quiproquo faisait que le poison n'était pas absorbé par celui à qui il était destiné, mais par son propre fils : l'empoisonneuse était donc punie par là où elle avait péché ! Ave Ninchi incarna également Locuste dans Messaline (Gallone, 1951), où elle empoisonnait Claude, ainsi que Ann Tirard, aux côtés de Néron, dans «The Romans», douzième épisode de la populaire série-TV britannique Doctor Who (1965).

Dans Néron Tyran de Rome (Nerone e Messalina, Primo Zeglio, 1949/1953), c'est Bella Starace Sainati qui incarne Locuste. Comme Néron, poète, est indifférent au pouvoir comme aux ambitions politiques, sa dominatrice de mère le harcèle et songe même à le faire périr. Voici comment Ernest PETITJEAN («Néron, tyran de Rome», Amor Film Hebdo, nČ 58, 30 mars 1955) raconte la scène :

«Elle [Agrippine] aurait voulu que Néron eût l'énergie de Britannicus, qui plaisait tant aux soldats. S'approchant de son fils, elle lui reprocha sa mollesse. D'une voix indifférente, le jeune prince répliqua :
- Que m'importe le pouvoir ! Je n'ai aucune ambition politique.
Furieuse, car elle comptait régner sous son nom à la mort de Claude, Agrippine jeta d'un ton menaçant :
- Je te ferai fouetter par un esclave, battre à coups de verge !
- Comme il vous plaira, ma mère, fit Néron d'un air tranquille.

Exaspérée, l'impératrice rentra dans ses appartements, puis alla voir Locuste, une vieille femme qui passait pour connaître l'avenir et savoir préparer d'excellents poisons, qui tuaient sans laisser de traces.
- Locuste, dit Agrippine, Néron régnera-t-il ?
- S'il règne, répondit Locuste d'une voix lente, il te tuera !
- Qu'il règne ! conclut simplement l'impératrice; puis, se penchant vers l'empoisonneuse, elle demanda à voix basse :
- Es-tu sûre de l'effet de la poudre dont tu m'as déjà parlé ?
- J'en suis certaine. L'homme que tu veux faire mourir ne vivra pas une heure après l'avoir absorbée.
- En ce cas, prépares-en pour le repas de demain soir.
- Bien, maîtresse. Tes ordres seront exécutés.

Le lendemain, Locuste prépara un plat de champignons, que l'empereur Claude fut le seul à manger. Bien entendu, il mourut dans la nuit.» (E. Petitjean)

Le film de Primo Zeglio est rien moins qu'une adaptation scrupuleuse de l'Histoire. Aussi Néron y condamne-t-il à mort son rival Britannicus sans le moins du monde chercher à se dissimuler. «La domination de sa mère et la présence de Britannicus à ses côtés, pesaient à Néron, ne pouvant supporter nulle contrainte.

Un jour, à l'issue d'un conseil, auquel Britannicus avait pris part, l'empereur accusa soudain le jeune prince :
- Tu conspires contre moi ! jeta-t-il d'un air soupçonneux.
- Tu sais bien que non, répliqua Britannicus avec indignation.
- Je ne te crois pas. Allons, saisissez-vous de lui !
Des prétoriens s'emparèrent du fils de l'empereur Claude et le désarmèrent.
- Comme juge suprême, fit Néron d'un air implacable, je vais prononcer la sentence.
Il fit semblant de réfléchir, puis déclara :
- Je te condamne à mort.
Un esclave apporta aussitôt un cratère de métal contenant du vin empoisonné.
- Bois, dit seulement l'empereur.
Docilement, d'un air indifférent, Britannicus prit le cratère d'argent et, sans hâte, but le vin empoisonné. Quelques minutes plus tard, il s'écroula aux pieds de Néron : le breuvage, habilement préparé par Locuste, avait fait son oeuvre.»
(E. Petitjean)

La version la plus conforme à la représentation traditionnelle de l'empoisonnement de Britannicus - leg de nos grands tragiques - est sans doute celle d'Anno Domini (Stuart Cooper, série TV 1983, 10e épisode). Tigellin, le préfet du prétoire, a organisé une petite sauterie pour l'empereur et ses amis. Sans doute son cuisinier est-il belge, car tout commence par une spécialité folklorique de notre bonne ville de Grammont : les petits vairons frétillants dans un verre de frais vin blanc, que l'on avale vivants. On reconnaît ici la «patte» de Mannekenpix, le «Cuisinier des Titans» (!) (2). Nous transcrivons la scène.

(Musique. Deux serviteurs apportent des plateaux de poissons)
TIGELLINUS (maître d'hôtel) : Pêchés ce matin même en mer devant Ostie. J'ai supervisé la cuisson moi-même. (Il montre un vase d'argent porté par le second esclave) Et... là-dedans tu vois de tout petits poissons... vivants. C'est un plaisir de les sentir glisser dans la gorge. (Gloussements voluptueux de Néron) Surtout qu'ils... ils remuent en descendant. (Rire ravi de Néron) Notre empereur veut essayer ce plaisir peu courant ? (Musique)
NÉRON (hésitant) : Essaie avec Sénèque, d'abord. Il a besoin de plaisirs. (Sur le lit d'à côté, Sénèque semble dubitatif) Il a passé une longue vie à s'en priver ! Un poisson froid ! (Il se tourne vers le lit de Britannicus). J'ai une surprise, pour mon cher beau-frère... Britannicus... (Il lui porte une coupe de vin chaud) Goûte cette boisson, préparée en Bretagne, tu dois l'apprécier. Sens-là bien.
BRITANNICUS : Merci, je préfère de l'eau.
TIGELLINUS (mielleux) : L'eau... est un breuvage dangereux !
NÉRON (insistant) : Essaie, essaie ce vin aromatisé. Il est délicieux ! Il est parfumé aux herbes sauvages !

(On fait venir le goûteur de Britannicus. «Attention, dit Néron candide et cynique à la fois, c'est peut-être un poison lent.» Britannicus se décide enfin à boire. Le vin est trop chaud. Complaisamment Tigellin le coupe avec un peu d'eau fraîche. C'est elle qui contient le poison... «L'eau... est un breuvage dangereux !», on ne le répétera jamais assez.)

Une profession méconnue : goûteur !
Si vous voulez illustrer votre exposé par un extrait de film, je ne saurais trop vous recommander - facile à trouver en DVD ou en VHS - Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre avec Clavier, Depardieu et Bellucci, ou, plus ancienne, la version dessin animé Astérix et Cléopâtre. Tous les poncifs du genre ont été rassemblés dans la scène du gâteau de Cléopâtre et de l'esclave goûteur. La séquence est d'autant plus cocasse si l'on veut bien se souvenir de la manière dont la dernière des Ptolémées mit fin à ses jours...

Bon sang de boeuf ne saurait mentir...
Démasqué par Jason, le roi Pélias absorbe un poison mortel dans le final des Travaux d'Hercule (Pietro Franscisci, 1957) [existe en DVD]. Ce qui est amusant de noter, à propos de Pélias s'empoisonnant, c'est qu'il utilise un de ces poisons foudroyants, tel qu'on aime à les imaginer - alors que le cyanure ni rien d'autre semblable n'existait à l'époque.

Or, dans le mythe grec, Æson était en train de faire un sacrifice aux mânes de son père Cretheus, dont il désirait évoquer l'âme et solliciter les conseils. Pélias, survenant, le contraint à boire le sang encore chaud du taureau immolé - si vous vous référez uniquement aux textes latins, voyez donc les Argonautiques de Valerius Flaccus...

Adstitit, et nigro fumantia pocula tabo
Contigit ipsa gravi Furiarum maxima dextra;
Illi avide exceptum pateris hausere cruorem
Argonautiques, I, 816-818

Soudain accourt la plus terrible des Furies, tenant deux coupes fumantes de sang du taureau. Æson et son épouse les saisissent, et en boivent avec avidité la liqueur.
(Idem, traduction Ch. Nisard)

... ce n'est plus Pélias qui s'empoisonne, mais il contraint Æson et Alcimède à le faire, lesquels s'étaient parjurés en prétendant que leur fils et héritier Jason était mort. Telles sont les propriétés que les Anciens prêtaient au sang du taureau. Et c'est pourquoi Æson s'étranglera en buvant ce sang supposé mortel pour les parjures, impies etc.
Roland Villeneuve en parle dans son bouquin, du reste.

Malheureusement, le cinéma a réduit à peu de choses ce superbe passage nécromantique, aussi ne pouvons-nous que rêver à ce qu'aurait pu en tirer un Mario Bava (directeur de la photo sur ce film) s'il avait eu droit de regard sur le scénario. C'est-là - en fait - un paradoxe du péplum italien. Dans la première moitié des années soixante, les mêmes réalisateurs (Freda, Ferroni, Margheriti etc.) faisaient constamment des allers-retours du péplum grand public, clean, au plus névrotique fantastique-gothique, «enfants non admis», avec cadrées soft toutes les perversions imaginables d'âmes tourmentées. A l'intersection des deux genres, l'hammerien Hercule contre les vampires de Mario Bava, péplum-gothique unique en son genre constitua une heureuse exception. De ceci le réalisateur et critique italien Domenico Paolella s'est expliqué dans un article demeuré fameux («La psychanalyse du pauvre», Midi-Minuit Fantastique, nČ 12, mai 1965, pp. 1-10). Mais là, nous nous éloignons des poisons...

 
 

 

 
20 Octobre 2004
OÙ L'ON SE FORMALISE DU FORMAT DVD (ULYSSE, DE MARIO CAMERINI)
Ivan Mitifiot a écrit:
 

J'avais acheté, il y a quelques années, le DVD d'Ulysse de Camerini chez Film Office - Canal+ Image. Le DVD était assez maigre, ne proposait qu'une VF, et la copie était en 1:33 (4/3).

Les Editions Fabbri proposent une version 16/9 de Studio Canal. Je voudrais simplement savoir quelle était la version d'origine. A-t-elle été respectée ?

Il existe, en ce moment, une fâcheuse tendance à tronquer les films pour que ceux-ci s'adaptent au format 16/9 des nouvelles télés. C'est l'effet pan and scan inversé. On ne rogne plus l'image à gauche et à droite, mais en haut et en bas. Pouvez-vous me dire quel est le format d'origine de ce film ? Je vous pose la question à vous, parce que je ne vois pas à qui la poser, les fans absolus de péplums sont une espèce précieuse, mais très rare.

 
 
RÉPONSE :
 

Merci, cher Ivan. Je vous sers quelque chose à boire ? Mais trêve de bavardages. Bien que réalisé en 1954 - sortie à Paris le 23 décembre 1954 -, en plein boom du CinémaScope à Hollywood, Ulysse fut tourné dans le format standard de l'époque, c'est-à-dire en 1:66, si j'en crois IMDb qui précise encore que le procédé cinématographique fut le 3-D (Tridimensionale Christiani).

  Rapports Aspect
ratio
Ecran cinéma standard 15/9 1:66
Ecran CinemaScope 23/9 2:55
Ecran TV standard 4/3
(= 12/9)
1:33
Ecran TV large 16/9 1:77

Notez que le générique ne mentionne que le procédé couleur (Technicolor), mais pas de format particulier comme ça commençait à devenir l'usage. Il ne s'agit donc pas d'un film «écran large». «Il arrive que les deux associés [Dino De Laurentiis & Carlo Ponti] confient leur production à une filiale des distributeurs américains, la Paramount notamment, pour établir avec l'industrie hollywoodienne les liens qui permettront la réalisation d'Ulisse, avec Kirk Douglas, premier film italien interprété par une major star de Hollywood», peut-on lire sous la plume d'A. Farassino et T. Sanguineti (3). Mais n'est-il pas vrai que la Paramount attendit 1954 et la comédie musicale White Chritsmas pour opposer sa réplique, la Vista Vision, aux premiers films en CinémaScope qu'avaient été, en 1953, La Tunique (20th Century-Fox), Les Chevaliers de la Table Ronde (M.G.M.) et Le Calice d'Argent (Warner) ? Pour la Lux Film italienne, le passage au scope certainement était encore prématuré. En fait, dans Le Fils du chiffonnier, Kirk Douglas se souvient que le tournage d'Ulysse commença le 18 mai 1953 à Porto Ercole (baie de Naples) et d'avoir, dans cette période, refusé un rôle dans La Tunique que lui proposait Zanuck (4). Ce qui laisse à entendre que le tournage de l'européen Ulysse démarra un peu avant celui du premier «CinemaScope» américain...

En tout cas, les dictionnaires et répertoires spécialisés (Gremese, Bolaffi) ne spécifient rien de particulier à ce sujet; deux ans plus tard, par contre, une nouvelle production épique de la Lux I Fatiche di Ercole affichera «Dyaliscope (5)».
Notez que différents matériels publicitaires d'Ulysse ont parfois indiqué «CinémaScope» (j'ai ainsi d'anciennes photos cartonnées allemandes) ou «Superscope», ce qui à mon avis ne veut pas dire grand-chose (6) - encore que la prudence s'impose, étant toujours possible de tirer des copies dans des formats particuliers (ainsi pour La Tunique/The Robe, IMDb indique deux formats : 2:55 CinemaScope et 1:37 Spherical).

Quand au boîtier Fabbri, il indique bien, en effet un «Format 2.35 Cinémascope - Ecran 16/9 Compatible 4/3». Lorsque je visionne ce DVD sur mon écran 4/3 j'ai, effectivement, une bande noire en haut et en bas mais l'image me paraît tout-à-fait correcte, rien de perdu hors-champ. Notez je ne suis pas très expert (7) dans ces questions de formats et de pan and scan (quelle horreur, en effet !, mais je puis vous assurer que l'image de ce DVD est plus complète que telle vidéo enregistrée à la TV).

 
 

 

 
27 octobre 2004
LA NOSTALGIE, CAMARADE : SERGE GAINSBOURG, TRAÎTRE DE PÉPLUMS
Michel Balance a écrit :
 
Je serais intéressé de connaître les titres des films (péplums), dans lesquels a joué Serge Gainsbourg.
 
 
RÉPONSE :
 

Serge Gainsbourg a incarné les ministres félons Warkalla dans Samson contre Hercule (Sansone) et Mevisto (ou Ménisto) dans Hercule se déchaîne (La Furia di Ercole), tous deux de Gianfranco Parolini (alias Frank Kramer), avec Brad Harris respectivement dans les rôles de Samson et d'Hercule. Ces deux films ont été tournés simultanément en 1962, dans les mêmes décors et costumes aux studios Dubrava Films, à Zagreb (Yougoslavie), mais sont sortis à un an d'écart.
Il avait précédemment incarné le cruel Corvinus, préfet du prétoire et familier de l'empereur, acharné à persécuter les chrétiens dans La révolte des esclaves (La rivolta degli schiavi) de Nunzio Malasomma en 1960 (tourné à Madrid). Dans ce remake de Fabiola, Corvinus-Gainsbourg était tellement taré qu'il essayait sur lui-même les instruments de torture, pour être certain que ce soit bien douloureux !

Gainsbarre a évoqué son éphémère carrière de traître en jupettes dans une émission de Frédéric Mittérand, «Que reste-t-il de nos péplums ?», 9 juillet 1984. Il y avait des filles, des filles... des filles... Et je ne savais plus dans quel scénar je jouais [le matin dans «Hercule», l'après-midi dans «Samson», ou l'inverse] !

gainsbourg
On a pu retrouver l'«Homme à la Tête de Choux» dans d'autres films d'aventure/espionnage. Je me rappelle l'avoir vu jouer les comparses dans Estouffade à la Caraïbe aux côtés de l'allemand Frederic Stafford (connu comme OSS 117).
gansbourg
 
 


 

NOTES :

20 octobre 2004 : Circé, Médée, Canidie, Locuste et le bouillon d'onze heures

(1) Bien que l'affaire du poison soit un des principaux ressorts du roman de Bulwer-Lytton, il n'est pas exploité dans toutes les versions cinématographiques. Je ne suis pas sûr non plus qu'il existe dans la version TV de 1983/1984 (mais il faudrait vérifier). - Retour texte

(2) Dans Astérix chez les Belges, bien sûr ! - Retour texte

20 octobre 2004 : Où l'on se formalise du format DVD (Ulysse, de Mario Camerini)

(3) Alberto FARASSINO et Tatti SANGUINETI, Lux Film. Esthétique et système d'un studio italien, Editions du Festival international du film de Locarno, 1984, p. 144. - Retour texte

(4) «Il fut conféré à Michael Wilding», ajoute Kirk Douglas, op. cit. Relevons toutefois que Wilding ne joua pas dans The Robe (1953), ni dans sa suite Demetrius and the Gladiators (1954), mais qu'il incarna Amenophis IV Akhénathon dans une autre production de Zanuck, The Egyptian (1954)... Tout le problème des «Mémoires» d'artistes ou autres personnalités ! - Retour texte

(5) Le Dyaliscope est un système anamorphoseur d'origine française, désignant un procédé de scope très utilisé en Europe (Vincent PINEL, Vocabulaire technique du cinéma, Nathan-Université, coll. «Réf.», 1996). - Retour texte

(6) Le SuperScope est un procédé de format large lancé par RKO en 1954 (V. PINEL, op. cit.). - Retour texte

(7) Merci à Rosalba, qui vit au XXIe s., et qui sur toutes les questions touchant à la technologie est un peu ce que la nymphe Egérie fut pour le bon vieux roi Numa. - Retour texte