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AOÛT - SEPTEMBRE 2008 (1/3)

 

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COURRIER AOÛT - SEPTEMBRE 2008

NEWS AOÛT - SEPTEMBRE 2008

[20 juin 2008]
NOUS AVONS REÇU

Albin de Cigala, Vrbi et orbi. Roman des temps postnéroniens
Préface et dossier de Claude Aziza

La fin de Quo Vadis ? voyait le patricien Marcus Vinicius et sa tendre Lygie, sauvés des griffes de l'infâme Néron, réunis dans l'extase amoureuse autant que christique. Tandis que Pierre, marchant dignement vers le supplice, prononçait au seuil du trépas la bénédiction solennelle : «Urbi et orbi». Tout était bien sur terre et aux cieux. Hélas ! Néron trépassé, trois autres empereurs avaient passé, avant que le sage Vespasien ne prenne les rênes du pouvoir et ne confie au vaillant Vinicius le commandement d'une légion dans la Judée révoltée. Tandis que sa bien-aimée, sauvée de la jalouse Poppée, tombait aux mains de la perfide Bérénice qui l'envoyait, elle aussi, en Judée comme... Grande Vestale.
Les deux fiancés se retrouvent dans l'arène romaine. Echapperont-ils aux crocs léonins ? Aux flammes de Jérusalem ? Aux laves de Pompéi où ils cherchent un asile à leur amour impossible ?
Voici revenu le temps des martyrs de l'arène !

Editeur : Les Belles Lettres, 226 p.

urbi et orbi - albin de cigala

Les auteurs

  • Albin de Cigala, docteur en théologie, fut le traducteur de Quo vadis ?, best-seller international d'Henryk Sienkiewicz (1846-1916).
  • Maître de Conférences honoraire de langue et littérature latines à la Sorbonne Nouvelle (Paris III), Claude Aziza a publié aux Belles Lettres, d'Alexandre Dumas : Isaac Laquedem (2005), Mémoires d'Horace (2006) et E.G. Bulwer-Lytton, Les Derniers Jours de Pompéi (2007). Il est aussi collaborateur à L'Histoire et au Monde de la Bible.
 
 

26 août 2008

NEWS - DVD : Le Roi-Scorpion 2 - Guerrier de Légende [dvd]

Le Roi Scorpion 2 était programmé pour sortir en salle dans la foulée de La Momie III. Il semble que le distributeur y ait renoncé, le film n'étant finalement exploité qu'en DVD. Voici donc la jeunesse et les premiers exploits de Mathayus l'Akkadien, issu d'une civilisation qui - jusqu'ici - n'avait jamais retenu l'attention des cinéastes.

Déjà le premier volet du Roi Scorpion trahissait la civilisation pharaonique des Momie I & II de Stephen Sommers dont il était censé être une préquelle. Le Roi Scorpion I (Chuck Russell, 2002) se déroulait dans une improbable Gomorrhe, rehaussée de lointains éléments égyptiens pour accueillir les exploits du héros «akkadien» Mathayus. Déjà réalisateur de Resident Evil : Extinction, de Highlander et, en 2000, d'une curieuse Malédiction de la Momie (Talos) avec Jason Scott Lee, Russell Mulcahy nous a concocté ce Roi Scorpion II, préquelle de la préquelle, qui nous conte la jeunesse de Mathayus, fils d'Ashur, qui faisait partie de la garde d'élite du roi de Nippur, Hammourabi. Le scénario inverse les codes du Roi Scorpion I où Mathayus était incarné par le catcheur-culturiste Dwayne Johnson «The Rock». Pour le second opus, Mathayus-jeune est interprété par un Michael Copon qui assurément n'a pas inventé les anabolisants; l'impressionnant Randy Couture - champion d'Ultimate Fighting - se réservant celui de son antagoniste, l'usurpateur Sargon, qui en échange du pouvoir a conclu un pacte avec la déesse de l'amour et de la mort, Astarté (1). «La mort a pour moi le visage d'une enfant / Au regard transparent / Son corps habile au raffinement de l'amour / Me prendra pour toujours» (Serge Gainsbourg, Cannabis).

roi scorpion 2

Sargon d'Akkad
Une petite parenthèse à son sujet. Le Sargon du film a été considérablement trituré par les scénaristes, mais certains éléments historiques ont été conservés. Sargon Ier d'Akkad, régna 55 ans entre 2335-2279 av. n.E. Sa capitale était Agade, mais il conquit également Uruk, Umma et Nippur. Toute sortes de traditions semi-légendaires entourent son règne, mais il aurait été le fils d'un jardinier, et il aurait renversé son roi Ur-Zababa. Il réunit les royaumes du nord, Akkad, et du sud, Sumer. Exposé enfant - comme Moïse - il dut son ascension au fait que la déesse de l'amour Ishtar (Astarté, dans le film), l'ayant aperçu, en tomba amoureuse et le soutint dans sa quête du pouvoir.
A ne pas confondre avec le roi d'Assyrie homonyme, Sargon II (721-705), le fondateur de l'éphémère Khorsabad, qui vécut beaucoup plus tard.

Ceci précisé, la référence à Akkad est sommaire. Quelques personnages portent le bonnet caractéristique. Ne parlons pas de l'architecture et autres accessoire. Des références à Astarté et à Shamash, le dieu du soleil, des noms comme Hammourabi, Gilgamesh et Gudea, ou qui sonnent «Moyen-Orient» comme Molokh, Abalgamash... ou Sargon. La référence au pétrole. La description des Enfers semble en concordance avec ce que nous en dit la fameuse épopée de Gilgamesh ; un monde de boue et de pourriture - mais on n'y trouve pas la putride morbidité latine de Lucio Fulci (L'Aldila). L'historicité n'est évidemment pas le premier souci de Russell Mulcahy. Le cheval n'était pas encore connu des Akkadiens, qui attelaient à leurs chars de guerre des onagres ou ânes sauvages; dans le film, bien entendu, ils chevaucheront d'honnêtes canassons bien anachroniques... Quant à Cnossos, elle n'aura pas même la décence de faire «approximativement minoen», mais sera plutôt hellénistique. Aristophane de Naxos, le poète grec de service, cite abondamment Hérodote - dont il a le même mésusage que John Huston dans L'Homme qui voulut être roi - et lui fait dire tout ce qu'il veut, notamment sa «description» des Enfers. Connu du grand public (à défaut d'avoir été lu), le nom du Père de l'Histoire est rassurant.

Le Minotaure
Curieuse idée que d'introduire le Minotaure dans ce film, surtout que les décors crétois rappellent davantage la Grèce hellénistique que la Crète minoenne. En 1910, John Stuart Blackton avait tourné The Minotaur (Theseus and the Minotaurus) pour la Vitagraph. Il faudra ensuite attendre un demi-siècle pour revoir sur nos écrans un Teseo contro il Minotauro (Silvio Amadio, 1960), bientôt suivi d'un Ercole contro Moloch (Giorgio Ferroni, 1963) qui n'osait pas dire son nom, puisque le Minotaure y devenait «Moloch». Peu après, le Minotaure refera une courte apparition dans le Fellini-Satyricon. Il reviendra dix ans plus tard dans un film fantastique gréco-britannique, La Secte des morts-vivants (Land of the Minotaur) de Costa Carayiannis (1979) avec Donald Pleasence et Peter Cushing - excusez du peu - has been égarés dans un laborieux nanar.
Dans les années '90, deux épisodes de la série-TV Legendary journeys of Hercules mettront encore en scène le Minotaure : Hercule et le Labyrinthe du Minotaure/Hercules in the Maze of the Minotaur et L'épée de la vérité/The Sword of the Veracity. Plus proche de nous, un curieux téléfilm anglo-germano-luxembourgeo-franco-espagnol, The Minotaur (CLICK & CLICK) (Jonathan English, 2006 ), reprendra le mythe grec sous les couleurs de l'heroic fantasy où Thésée devient «Théo» avec aussi quelques vieux routiers has been, dont le nom sonne bien au générique (Rutger Hauer, Ingrid Pitt...). Cette version-ci n'est pas inintéressante, loin de là, et nous ne pouvons nous départir de l'idée qu'elle a dû inspirer Russell Mulcahy et ses collaborateurs.

Quand au thème du Labyrinthe, rappelons seulement : Labyrinthe de Jim Henson, avec David Bowie et Jennifer Connelly (1986), film de fantasy, et Le Labyrinthe de Pan (El Laberinto del Fauno), de Guillermo del Toro (SP, 2006).

Roi Scorpion 2 - Guerrier de Légende (Le) [dvd]

Etats-Unis - Afrique du Sud - Allemagne, 2008

Scorpion King 2 : Rise of a Warrior (The)

Prod. : Universal Pictures / Coul. / Aspect Ratio : 1.78 : 1 / Sound Mix : Dolby Digital / 109'

Fiche technique
Réal. : Russell MULCAHY; Scén. : Randall McCORMICK (scén.) & Stephen SOMMERS (personnages); Images : Glynn SPEECKAERT; Prod. : Nina HEYNS (line producer), Stephen SOMMERS (producer), Jörg WESTERKAMP (co-producer), David WICHT (co-producer); Montage : John GILBERT; Casting : Anna FEYDER, Manuel PURO, Jeremy ZIMMERMAN; Production Design : Tom HANNAM; Art Direction : Jonathan HELY-HUTCHINSON; Set Decoration : Fred Du PREEZ; Costumes : Dianna CILLIERS; Musique : Klaus BADELT.

Fiche artistique
Michael COPON (Mathayus) - Karen Shenaz DAVID (Layla) - Simon QUARTERMAN (Aristophane de Naxos)) - Tom WU (Fong) - Andreas WISNIEWSKI (Pollux) - Randy COUTURE (Sargon) - Natalie BECKER (Astarté) - Jeremy CRUTCHLEY (Baldo) - Shane MANIE (Jesup) - Chase AGULHAS (Noah, jeune) - Pierre MARAIS (Mathayus, jeune) - Warrick GRIER (général Abalgamash) - Az ABRAHAMS (roi Hammourabi) - Vaneshran ARUMUGAM (émissaire gudéen) - Mike THOMPSON (Molokh) - Wayne SHIELDS (soldat à l'œil noir) - Robin SMITH (grand prêtre) - Diane WILSON (femme dans marécage) - Nathan FREDERICKS (soldat) - Sean HIGGS (nouveau grand prêtre) - Amira QUINLAN (concubine [non-créditée]) - Clodagh QUINLAN (concubine [non-créditée]).

DISTRIBUTION
EU/ 19 août 2008 (MPAA: Rated PG-13 for violence, and sexual content including references.
FR/ DVD : sortie 26 août 2008
Blu-Ray : sortie 25 novembre 2008

NOTES
Extérieurs : Atlantis, Western Cape (South Africa).

VIDÉOGRAPHIE
DVD : DVD 9 / Pal / Zone 2 / Nombre de disques: 1 / Langues : français, anglais - Sous-titres : français / Distributeur : Universal Pictures International France / Sortie DVD : 26 août 2008.
Blu-ray : 25 novembre 2008.

SCÉNARIO
Comme son père Ashur, le jeune Mathayus rêve d'un jour faire partie des Scorpions Noirs, la garde d'élite d'Hammourabi roi de Nippur. Mais Ashur ne veut pas que son jeune fils entre dans cette garde au sein de laquelle, pour honorer son serment de fidélité, il avait parfois dû commettre des crimes. Jaloux d'Ashur, le général Sargon le fait périr en lui envoyant des scorpions. Mathayus qui est malgré tout entré dans cette garde, a juré de le venger. Après six années d'initiation, il rentre à Nippur où Sargon a pris le pouvoir après avoir assassiné le roi juste et bon, Hammourabi.
Pour vaincre Sargon - qui, avant conclu un alliance avec les forces de l'Au-delà est invincible -, il faut à Mathayus une arme exceptionnelle. Après que son jeune frère Noah ait été assassiné par une flèche magique tirée par Sargon, il s'embarque en compagnie de son amie d'enfance Layla, qui ambitionne de devenir une guerrière, et du poète-hableur Aristophane de Naxos.
Celui-ci lui recommande de s'emparer de l'«épée de Damoclès», que la déesse Astarté - déesse de l'amour et de la guerre - détient aux Enfers, dont elle est aussi la reine. L'entrée des Enfers se trouve au centre du Labyrinthe de Cnossos, antre du Minotaure. Le trio se fait donc capturer et jeter en prison, en attendant d'être donné en pâture au monstre mi-homme mi-taureau. Ils se lie avec une bande de brigands illyriens - dont le chef Pollux a autrefois combattu aux côtés de son père, Ashur - ainsi qu'avec le Chinois Fong. Mais le Minotaure tué, Pollux n'accepte de continuer avec Mathayus que lorsque Ari(stophane) lui fasse miroiter des promesses de pierres précieuses enfouies dans le monde des morts - comme le raconte Hérodote, qui y est allé (ah bon ? Lui aussi ?).
L'Enfer est un monde d'illusions, de forêts sinistres jonchées de cadavres en décomposition. Pendant qu'Astarté s'explique avec Mathayus et Layla jalouse, Fong et Ari réussissent à s'emparer de l'«épée de Damoclès». Astarté aimerait garder ce vivant quelques temps auprès d'elle, mais Ari presse ses amis. Ils n'ont le droit de séjourner dans le royaume des morts que pendant une heure, sous peine d'être transformés en statue de pierre (ce qui arrivera au cupide Pollux resté à la traîne pour détrousser quelque squelette décharné).

Rentré à Nippur, Mathayus - avec l'aide d'Ari - expédiera Sargon ad patres, malgré le concours que lui apporte sa protectrice Astarté. Layla et Fong, de leur côté, empêcheront les gardes de Sargon, d'offrir en holocauste toute la population de Nippur rassemblée dans l'amphithéâtre, qu'ils ont emplie de pétrole. Mathayus, l'ancien «Scorpion Noir», monte sur le trône et entre dans la légende cinématographique hollywoodienne !

Liens Internet


NOTE :

(1) Il aurait été plus correct de lui conserver ici son nom akkadien, Ishtar (son nom sumérien, Inanna étant trop peu connu du public). Astarté/Ishtar est la déesse de l'amour et de la guerre, non des Enfers (ce rôle étant dévolu à sa sœur, Ereshkigal). C'est un travers de notre société d'assimiler la guerre et la mort. La guerre a toujours été un art de vivre, et la mort un manque... de savoir vivre - comme l'a dit un autre avant nous. - Retour texte

 
 

2 septembre 2008

NEWS - DVD : Le Signe de la Croix (The Sign of the Cross, Cecil B. DeMille, EU - 1932)

Avec Fredric MARCH - Elissa LANDI - Claudette COLBERT - Charles LAUGHTON - Ian KEITH - Arthur HOHL

Synopsis
L'incendie de Rome fomenté par Néron est attribué aux chrétiens. Le préfet de Rome, Marcus Superbus, s'éprend de la jeune Marcia qui se révèle être chrétienne. Tigellin, qui jalouse Marcus, voit là l'occasion de se débarrasser de son rival qu'aime par ailleurs l'impératrice Poppée...

Bonus
«La révolte des opprimés» : présentation du film par Luc Moullet - Galerie photos - Contenu DVD-Rom - Liens Internet

DVD Zone 2 / Format d'image : 1.37 / Format vidéo : 4/3 / Dolby Digital / Langue : anglais 2.0 mono / Sous-titres : français / Couleur : Noir et Blanc / Durée : 122'
Editeur : Wild Side Video (sortie : 2 septembre 2008)

Nous avons déjà consacré un dossier au Signe de la Croix; rappelons seulement que le film est tiré de la pièce homonyme de Wilson Barrett (1895), à qui Henryk Sienkiewicz avait cédé les droits d'adaptation théâtrale de son roman Quo Vadis ?.

signe de la croix - cecil b. de mille
 
 

28 septembre 2008

NOUS AVONS REÇU

Emmanuelle GRÜN, Silences et non-dits de l'Histoire Antique, Yvelinédition, septembre 2008

Quand le miroir de nos origines devient troublant
«Jamais nos livres d'école nous ont appris qu'au cours de la Rome antique s'élevaient des immeubles aux baies vitrées et qu'on connaissait déjà le chauffage central, le tout-à-l'égout et les automates. Même silence sur la pratique d'une chirurgie avec anesthésie et les chiffres d'une espérance de vie plusieurs siècles avant Jésus-Christ. Silence également sur les thèses héliocentriques, les premières conquêtes des airs et les théories sur l'existence d'un Nouveau Continent.

Silence encore, sur les débuts épiques d'une démocratie qui fut, en réalité, très égalitaire au point d'interdire la contrainte par corps. Silence enfin sur une éthique ancienne qui raconte le Chaos et sur des cultes passés qui, en fait, n'ont jamais été remplacés par une nouvelle religion monothéisme, car le changement fut ailleurs...
Il est permis de violer l'histoire à condition de lui faire un enfant ironisait Alexandre Dumas. Victime d'une forme très moderne de révisionnisme, l'histoire gréco-romaine devient à la fois absurde et insipide. Derrière cela, une dangereuse remise en causes des acquis de la Renaissance qui ont pourtant fait sortir l'Europe des tourments du Moyen Age.
Sorte de miroir trouble qui révèle les travers de notre époque, notre passé antique, loin de déranger seulement un point de vue religieux, remet aussi en question une position scientifique, une approche philosophique, ainsi que des opinions historiques ou un point de vue social. Aussi, plus que jamais est-il urgent de redécouvrir nos racines gréco-romaines et d'une manière plus générale, ce que fut de cette mystérieuse période de l'Antiquité au cours de ces trois millénaires qui amorcent la longue marche de l'histoire de l'humanité»
[quatrième plat de couverture].

NOTRE AVIS
«Dès l'enfance, notre époque nous habitue à des images négatives de la Grèce et de Rome. Images de cités décadentes constituées de tyrans, d'homosexuels dévergondés, d'esclaves et de prostituées», écrit Emmanuelle Grün. C'est faire peu de cas des Humanités Anciennes, bien sûr, mais celles-ci ne sont sans doute plus ce qu'elles avaient été... et ce ne sont pas les péplums qui risquent d'en restaurer l'image, eux qui préfèrent - et c'est bien naturel : que demande le Peuple ? - montrer les turpitudes d'empereurs aussi cruels et dépravés que Caligula, Néron ou Commode. Ne l'eussent-ils pas été, il n'y aurait pas matière à film.

Nous nous sentons vieux, tout d'un coup. Les distributeurs automatiques (1), la machine à vapeur d'Héron (éolipyle), les portes qui s'ouvrent toutes seules grâce à un ingénieux mécanisme (ci-dessous)... nous avions découvert tout ça à dix ans... tout bêtement en lisant notre illustré favori (2). Il y eut ensuite les BD de Jacques Martin, qui nous laissèrent entrevoir tout un potentiel de possibilités technologiques - mais ça, comme aurait dit Kipling, c'était une autre histoire !

ouvre-porte antique
 
ouvre-porte antique

L'ouvre-porte automatique décrit par Héron d'Alexandrie : en haut vu par une BD didactique fin des années '50; en bas, schéma technique extrait de l'ouvrage d'Emmanuelle Grün.
L'air dilaté par une vive chaleur pulse à travers un tuyau un contrepoids (en l'occurrence de l'eau) qui met en mouvement un jeu de poulies actionnant les portes.
Bien sûr, certaines applications ne dépassèrent jamais le stade de la théorie ou de la maquette. Ainsi, par exemple, telle statue de la reine Arsinoé «qui flottait dans les airs»
(3)...

Il est vrai qu'en ces temps-là, à l'époque bienheureuse des Pilotoramas et des «Histoires vraies de l'Oncle Paul», les publications destinées à la jeunesse étaient autrement plus informatives et culturelles que les crétineries postsoixante-huitardes qui visent à lobotomiser nos chères petites têtes blondes virtuelles en improbables Che Guevarra de Prisunic. Les bienfaits du rénové et du nivellement par le bas !
Il était grand temps, sans doute, qu'Emmanuelle Grün vienne - pour le public le plus large - repréciser quelques notions qui, in illo tempore, faisaient naturellement partie du programme «Latin-Science (4)» en Humanités, et - donc - ne devaient sans doute pas être de très grands mystères (5).

«Pourquoi un livre sur les mécaniciens grecs ? s'interrogeait déjà, voici quarante ans, Bertrand Gilles, historien des techniques. L'oubli relatif dans lequel ils sont tombés, si l'on fait abstraction de quelques allusions souvent mal interprétées, serait une première justification». Concédons à cet auteur que, depuis le romantisme, l'Antiquité a mauvaise presse, tandis que le Moyen Age se voyait paré de toutes les vertus. Les Derniers jours de Pompéi (1834), Quo Vadis ? (1895) décrivaient complaisamment la persécution des martyrs... Aussi ne sont-ce pas les péplums - fond de commerce de ce site - qui contrediront l'auteur des Mécaniciens grecs (6).

Donc, on n'invente jamais que ce que l'on a oublié, rappelle en substance Emmanuelle Grün, en prenant la main du lecteur pour l'emmener se balader entre l'avéré et l'hypothétique. Le Moyen Age a clairement été une période de déclin, tandis que notre civilisation actuelle a tout raté du fait de son matérialisme effréné et ses conséquences écologiques. Oui, les Grecs ont pressenti - au moins théoriquement - toutes ces découvertes, scientifiques ou autres, dont nous sommes si fiers aujourd'hui : la machine à vapeur, l'héliocentrisme, l'atome, l'Amérique. Du reste, en concevant des cycles de civilisation (les kalpas «ères cosmiques» subdivisés en yugas «grands âges» hindous, les races d'or et l'argent etc. hésiodiques), les Anciens ont eu une vision cyclique de l'aventure humaine qui fait la nique aux conceptions linéaires issues de la Bible. Le Sphinx de Guizeh est peut-être plus ancien qu'on ne le croit, même si pour les trois pyramides, l'auteur, malgré tout, s'en tient à la chronologie traditionnelle qui en place la construction aux alentours de 2700 av. n.E. Courbant son échine luisante de sueur, le fellah égyptien a donc bien construit les pyramides à la force du poignet mais avec l'aide de... chevaux (nous qui pensions déjà que c'était avec des mammouths !). Le savoir-faire des Anciens, qui ne disposaient que de moyens très simples, reste inégalé. Point n'était nécessaire de faire intervenir ici des Extraterrestres (7), comme auraient voulu le faire accroire les chantres d'une certaine «archéologie romantique».

Mais nous ne saurions nous départir de l'impression que le petit essai d'Emmanuelle Grün nous parle d'une Antiquité idéale, à la frontière de la science fiction, une Antiquité sur les marches du virtuel, qui rappelle invinciblement le délicieux petit roman de Lyon Sprague De Camp, De peur que les ténèbres..., contant l'intrusion d'un homme du XXe s. dans une Rome à la charnière de l'Antiquité et du Moyen Age. Particulièrement intéressantes étaient les interpolations scientifiques du héros de Sprague De Camp, Martin Padway, un archéologue américain tombé par hasard dans une faille temporelle alors que tranquillement il visitait la Rome de Mussolini.
Padway commence par «anticiper» le procédé de la distillation - jusque là inconnu - pour confectionner un Brandy qui va bientôt lui procurer les moyens financiers, puis encore «inventer» avant leur heure l'imprimerie, les télécommunications ce nerf de la guerre, rationaliser le système de mesures, l'habeas corpus et, peut-être même, la poudre à canon ! Bien sûr, il va se cogner à toutes sortes de problèmes épistémologiques, mais à force d'ingéniosité...

Pour l'auteur des Silences et non-dits de l'Histoire antique, dix siècles d'obscurantisme séparent l'Antiquité de la Renaissance. Comment reconstituer ce passé «volé en éclats» ? «Etant donné les troubles des événements passés, on peu aussi se demander si des inventions n'ont pas été totalement effacées de la mémoire collective. Et si l'aviation (CLICK & CLICK) avait connu ses premiers balbutiements plusieurs siècles avant l'ère chrétienne ? Et si l'inventeur du premier cinéma avait été un contemporain de Platon et d'Ovide ? Que l'on veuille rêver ou simplement s'intéresser à de prudentes suppositions, cela reste de l'ordre du probable; en effet, impossible d'exclure des hypothèses tant que l'on prospecte dans les pénombre de l'oubli» (Silences, p. 134). Une lanterne magique le premier cinéma ? Le mythe de la caverne ? L'oiseau mécanique d'Archytas de Tarente, le premier avion ? A moins que ce fussent les ailes d'Icare et Dédale... On peut toujours y rêver avec la complicité de quelques romanciers de science-fiction !

En des pages fébriles qui, parfois, ressemblent à des notes de cours, Emmanuelle Grün dresse l'inventaire des acquis réels ou potentiels de l'Antiquité, ce qui implique aussi bien l'invention de la céramique ou du verre, que celle de mécanismes aussi sophistiqués que le «computer» d'Anticythère (8) ou la naissance de la démocratie...

Peut-être, donneront-elles au lecteur curieux l'envie d'aller voir plus loin, de vérifier, de gratter, de forer... et peut-être de nuancer ce que ces pages le plus souvent écrites au conditionnel peuvent, parfois, avoir d'excessives. Le Moyen Age - par exemple - ne saurait se résumer à cet obscurantisme qu'allégrement dépeint J.-J. Annaud dans Le Nom de la Rose, d'après le roman d'Umberto Eco, et à la mise sous séquestre d'ouvrages interdits comme ce deuxième livre de la Poétique d'Aristote (lequel Aristote en ces «Ages obscurs», justement, fut révéré par tous les intellectuels tonsurés - il n'y en avait guère d'autres, à l'époque. Bien naturellement, en Occident, des œuvres se perdirent ou furent falsifiées et ne revinrent en force qu'après la chute de Constantinople sous les coups des Musulmans et l'exode des érudits byzantins, ouvrant une ère nouvelle : la Renaissance.

L'historiographie moderne aurait entretenu cette idée d'une Antiquité obscurantiste, soumise à l'arbitraire de tyrans alors qu'en réalité elle fut toute démocratique, pétrie de philosophie, tandis que sa médecine la soustrayait aux épidémies qui ravagèrent le Moyen Age ? Nous, on veut bien, mais n'oublions pas qu'à Rome - par exemple - le témoignage d'un esclave n'était recevable que s'il avait été recueilli sous la torture. Pour être philosophes, les Grecs méprisaient pas pour autant le travail manuel, ni ce qui le facilitait (encore une idée reçue !). Et en matière d'hygiène, les hommes du Moyen Age appréciaient les bains autant que leurs aïeux de l'Antiquité (ne confondons pas avec la malpropreté du XVIIe s., qui les considérait comme débilitants). Quant à Marc Aurèle et Claude II le Gothique, ils périrent bien d'épidémies de peste. C'est un peu ce qui nous gène dans ce Silences et non-dit qui, destiné à un large public, ne s'embarrasse pas de notes de bas de page ni de bibliographie.

Table des matières
I - Il était une fois le chaos originel
Etude : A - Fragments. B - Le récit fondateur. C - Le Chaos originel d'un continent à l'autre. D - Énigmes et splendeurs oubliées des débuts de l'histoire à travers le monde.
II - Connaissances des sages et prouesses des savants
Etude : A - Les débuts de l'astronomie. B - Les premiers pas de la physique. C - A l'aube des mathématiques. D - Et la médecine fut... E - Quand a-t-on découvert l'Amérique ?
III - Aspects et singularités d'un matérialisme oublié
Etude : A - Meubles et accessoires dans les rituels du quotidien. B - Techniques et mécaniques. C - Inventions extraordinaires et énigmatiques. D - Les dédales de l'eau. E - Ciel mer et terre. F - Inventions incroyables en d'autres horizons.
IV - Le Bien et le Mal, éthique antique
Etude : A - Aux origines du bien et du mal : un texte qui explique comment on définissait la morale dans l'Antiquité gréco-romaine. B - On dit que... : des préjugés sur les mœurs grecs et romains, revus et corrigés. C - Les sept Sages : les présocratiques.
V - Une religion sous silence
Etude : A - Les particularités oubliées d'une religion ignorée : à quoi croyait-on chez les Grecs et les Romains et comment ces croyances ont évolué ? B - Qu'est-ce qui a changé ? : les héritages gréco-romain et celtique dans les croyances et religions actuelles.

L'auteur

  • Emmanuelle Grün est née le 10 Avril 1966 à Paris. Ses études de Lettres Modernes, à Paris X-Nanterre, lui ont fait découvrir un aspect inattendu de la civilisation gréco-romaine. Pour elle, ce sera le début d'un long travail d'investigation de plus de dix ans, période au cours de laquelle elle rencontrera différentes associations spécialisées dans l'histoire antique, ainsi que des enseignants en histoire, archéologues, conservateurs de musées... Devenue professeur de Français Langue Étrangère, elle poursuivra ses recherches et, en réponse à une demande, elle décidera de publier la «partie silencieuse» de ce passé. Les difficultés seront d'une part, de rassembler des informations rares et inédites pour certaines, et d'autre part de simplifier des textes anciens peu accessibles à un large public.
silences et non-dits - emmanuelle grun


NOTES :

(1) Le distributeur automatique d'eau lustrale d'Héron d'Alexandrie est décrit dans ses Pneumatica, I, 21 (texte repris dans Mathésis, p. 90). - Retour texte

(2) «La Magie», in Mickey Magazine (Bruxelles), nÁ 389, 20 mars 1958. - Retour texte

(3) Cette statue de la reine Arsinoé divinisée en «Vénus Zéphyritis», sculptée par Timocharès [ou Dinocharès], semblait flotter dans les airs à l'intérieur de son temple. Un aimant dans le plafond attirait vers le haut sa chevelure de fer, tandis que des chaînes sous ses pieds la retenait à proximité du sol (PLINE, H.N., XXXIV, 42).
Cf. documentaire Arte Meurtres, pouvoir et passion. Les Ptolémées (Mord, Macht und Leidenschaft. Die Ptolemäerinnen), de Wolfram Giese (2002), objet d'une «soirée Thema», a été écrit en relation avec un ouvrage d'un archéologue allemand du Prof. Dr Michael Pfrommer, Les reines du Nil (Königinnen vom Nil, Mainz (Mayence), Verlag Philipp von Zabern, coll. «ARTE Edition», 2002), lequel du reste offre en couverture la maquette de ce fameux temple d'Arsinoé, une tholos, avec sa statue flottant en apesanteur entre les colonnes... A noter, sur le site Arte, la question dubitative : «Spéculation qui ne se justifie pas nécessairement sur le plan scientifique ?» - Retour texte

(4) «Une décision ministérielle particulièrement heureuse a comblé une réelle lacune en inscrivant au programme de culture grecque de la section «Latin-Sciences» la lecture de textes scientifiques», écrivait Georges Lurquin en avant-propos de son Mathésis. Manuel de culture grecque. Initiation à la pensée scientifique, op. cit. - Retour texte

(5) G. LURQUIN, Mathésis, Anvers, De Sikkel, 1957; B. FARRINGTON, La science dans l'Antiquité, Payot, coll. «Petite Bibliothèque», nÁ 94, 1967; B. GILLE, Les mécaniciens grecs. La naissance de la technologie, Le Seuil, 1980; «Archimède», Les Pères fondateurs de la Science, Les Cahiers de «Science & Vie», HS nÁ 18, décembre 1993. - Retour texte

(6) B. GILLE, Les mécaniciens grecs, op. cit. - Retour texte

(7) Jean-Pierre Adam défend, du reste - bas-reliefs à l'appui - la thèse du travail de milliers de manœuvres n'en déplaise aux rêveurs farfelus (J.-P. ADAM, L'Archéologie devant l'imposture, R. Laffont, 1975). - Retour texte

(8) Le «mécanisme...», la «mécanique...», l'«horloge...», le «computer d'Anticythère» a fait brainstormer pas mal de monde. Cf. Ivan VERHEYDEN, «La mécanique inattendue d'Anticythère», Kadath. Chronique des civilisations disparues, nÁ 1, mars-avril 1973, pp. 6-10.
Pour rappel, cet instrument comportant 36 roues dentées retrouvé en 1900 par des pêcheurs d'éponges grecs au large d'Anticythère, par quarante mètres de fond, à bord d'une épave romaine venant vraisemblablement de Rhodes et coulée aux alentours de 85 av. n.E. (soit pendant la Guerre contre Mithridate et du pillage de la Grèce par Sylla), est probablement l'unique mécanisme grec matériellement connu. On l'a d'abord pris pour un astrolabe. Mais l'objet est plus sophistiqué et paraît être une représentation de notre galaxie basée sur la théorie héliocentrique de Méton. A noter que Cicéron semble parler de ce genre d'engin, dont il attribue l'invention soit à son ami Posidonios (CICÉRON, De natura deorum, II, 88), soit à Archimède - dont le planetarium aurait été inclus dans le butin personnel du consul Claudius Marcellus, après la prise de Syracuse, et depuis conservé dans sa famille (CICÉRON, De Re Publica, I, 22). Plus de détails sur Wikipedia et Nizza Guillaume blog. - Retour texte